Plaidoyer de Scholz à Pékin pour un rapprochement malgré la controverse

Par AFP | Publié le 04/11/2022 à 02:20 | Mis à jour le 05/11/2022 à 06:35
sholz arrive en chine

Le chancelier allemand Olaf Scholz a plaidé vendredi à Pékin pour "davantage" de coopération avec la Chine, malgré une défiance de l'Occident vis-à-vis de la deuxième puissance mondiale, et les deux pays se sont opposés à tout emploi de l'arme nucléaire en Ukraine.

"Nous ne sommes pas des partisans d'un découplage" des relations économiques avec la Chine, a déclaré le dirigeant allemand avant un entretien avec son homologue Li Keqiang à Pékin.

"Mais il est aussi clair pour nous que cela est lié à des relations économiques équitables, avec une réciprocité, à la question d'une ouverture réciproque aux investissements", a-t-il ajouté.

Très controversé, ce déplacement de quelques heures était le premier d'un dirigeant de l'Union européenne et du G7 en Chine depuis le début de la pandémie il y a près de trois ans.

La visite, qui survient juste après la reconduction du président Xi Jinping à la tête du Parti communiste chinois et de son pays, était vue d'un oeil critique en Allemagne, mais aussi en France, à Bruxelles et Washington.

Lors d'un entretien avec le président Xi Jinping, Olaf Scholz avait indiqué vouloir "développer davantage" la coopération économique avec Pékin, malgré les avertissements sur une trop forte dépendance de son pays vis-à-vis de la Chine.

"Nous nous rencontrons à un moment de grandes tensions causées notamment par la guerre de la Russie en Ukraine", a souligné M. Scholz, alors que la Chine revendique sa neutralité -- vue par les Occidentaux comme un soutien tacite au Kremlin.

Le chancelier a demandé au président Xi de faire jouer "son influence" sur la Russie afin qu'elle mette fin à sa "guerre d'agression" contre l'Ukraine.

- Opposition au nucléaire -

L'Allemagne et la Chine ont conjointement annoncé vendredi leur opposition à toute idée de frappe nucléaire, alors que Moscou a plusieurs fois évoqué cette menace en Ukraine.

"La guerre en Ukraine crée une situation dangereuse pour le monde entier (...) et en Chine aussi on sait qu'une escalade aurait des conséquences pour tout le monde", a déclaré à la presse Olaf Scholz.

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"Il était très important pour moi (...) de dire clairement qu'une escalade" de la guerre "sous forme de l'usage d'une arme nucléaire tactique est exclue", a souligné le chancelier.

"Je suis très content que sur ce sujet au moins un accord ait été trouvé", a relevé M. Scholz.

Le compte-rendu chinois mentionne également l'opposition de Pékin.

"Si Scholz à Pékin et l'UE à Bali (au G20) parviennent à ce que la Chine fasse pression sur Poutine en ce qui concerne l'Ukraine et les armes nucléaires, alors le voyage aura vraiment valu le coup", a estimé sur Twitter l'Allemand Wolfgang Ischinger, ancien diplomate et expert des questions de sécurité.

Renouant avec les visites en Chine de son prédécesseur, la démocrate-chrétienne Angela Merkel (12 voyages en 16 ans de pouvoir), le social-démocrate Scholz était accompagné d'une délégation d'industriels, dont les patrons de Volkswagen et BASF.

Or, la dépendance de la première économie de l'UE à la Chine, où les entreprises allemandes réalisent une part importante de leurs profits, est de plus en plus remise en question.

La ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock s'est prononcée pour "ne plus dépendre d'un pays qui ne partage pas nos valeurs", au risque de se rendre "politiquement vulnérables au chantage".

- "Une légitimité" -

"La Chine et l'Allemagne doivent se respecter mutuellement" et "résister conjointement aux interférences" dans leur relation, a insisté Xi Jinping devant son invité.

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"Nous espérons que l'Allemagne poursuivra une politique positive à l'égard de la Chine", a dit M. Xi, cité par la télévision nationale CCTV.

Avant sa visite en Chine, le chancelier allemand avait esquissé les grandes lignes d'une nouvelle stratégie, plus prudente à l'égard de Pékin.

"Si la Chine change, nos relations avec la Chine doivent changer aussi", avait admis le chancelier allemand, dans une tribune parue dans la presse.

Une inflexion saluée le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken : "Le chancelier a exposé en termes très clairs les objectifs de sa visite à Pékin dans cette tribune", a-t-il commenté lors d'une réunion du G7 en Allemagne, se disant "tout à fait d'accord" avec les positions exprimées dans ce papier.

M. Scholz s'était entretenu mardi en vidéoconférence cryptée et sécurisée avec des avocats chinois spécialisés dans les droits de l'Homme, dissidents du régime, selon l'entourage du chancelier.

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En raison des conditions sanitaires strictes imposées par le régime chinois pour combattre la pandémie, une rencontre de visu à Pékin était très compliquée.

A sa descente d'avion, la délégation allemande, qui compte une soixantaine de personnes, a été accueillie par la garde militaire et du personnel de santé en combinaison intégrale pour effectuer des tests de dépistage du Covid-19.

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'édition Pékin.

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