Les remèdes populaires irlandais, une médecine entre magie et folklore

Par Lepetitjournal Dublin | Publié le 05/07/2022 à 12:44 | Mis à jour le 06/07/2022 à 00:18
Les remèdes populaires irlandais

Bien avant l'écriture, les premiers chasseurs-cueilleurs ont compris que certaines plantes pouvaient être utilisées à leur avantage. Ce fut le début de ce que l'éthnobotaniste Malcom Stuart* qui étudie l'utilisation des plantes dans la culture humaine - a décrit comme "le plus long essai clinique de l'histoire de l'humanité".

Pendant la grande majorité de l'histoire de l'humanité, dans le monde entier, la médecine populaire était la seule disponible.

Dans le grand mythe irlandais de la bataille de Moytura, un médecin guérisseur connu sous le nom de Dian Ceacht, qui pourrait être un ancien dieu guérisseur, aurait à guérit un roi malade de divers troubles de l'estomac.

Les premières lois irlandaises Brehon, un code juridique et médical civil qui a perduré aux XVIe et XVIIe siècles, contenaient une prescription sur la manière de traiter une personne atteinte de maladie mentale - duine le Dia, ou "personne avec Dieu", devait se voir accorder des droits et une protection, et sa communauté avait un devoir de diligence à son égard.

La première tradition chrétienne irlandaise a vu l'émergence des léproseries, lorsque le traitement des malades est devenu une préoccupation monastique.

Une grande partie des connaissances médicales étaient héréditaires, transmises au sein de certaines familles : les O'Lee de l'ouest du Connaught, par exemple, étaient considérés au 15e siècle comme des medicine man ; ils s'appuyaient sur la tradition populaire, l'apprentissage formel et des sources continentales et classiques. Ce que l'on appelle aujourd'hui les remèdes de grand-mère dont certains sites modernes mettent à l'honneur.

 

L'oseille apaise les piqûres d'orties…

La médecine populaire n'était pas toujours détenue par des spécialistes : de nombreux profanes pratiquaient également des remèdes. De la même manière, aujourd'hui, toutes les connaissances médicales ne sont pas détenues par des médecins professionnels.

Un remède populaire très connu consiste en l'utilisation d'une feuille d'oseille crépue (Rumex crispus) pour neutraliser les piqûres d'orties. Ce concept s'est répandu au moins jusqu'au Royaume-Uni.

Beaucoup soutiennent que l'effet est lié au pH contrasté des feuilles et des orties. Pas tout à fait ; des études montrent que cela a plus à voir avec l'humidité de la sève libérée en frottant les feuilles contre la peau. Mais ça marche, et c'est tout ce qui compte, non ?

Heureusement, ces feuilles miracles (qui stoppent rapidement la sensation de brûlure) poussent à côté des orties, elles ne sont donc jamais trop difficiles à trouver ! 

…Mais l'ortie peut aussi soigner !

Si vous étiez riche dans l'Irlande ancienne, vous pouviez vous tourner vers une variété de pommades, de macérations, de potions et de sortilèges coûteux pour soulager la douleur de votre arthrite.

Cependant, avant l'avènement des soins de santé universels (et en gardant à l'esprit que ces "remèdes" avaient généralement un effet placebo au mieux…), se procurer ces remèdes pouvait engloutir vos économies assez rapidement.

Si, comme la majorité des Irlandais du Moyen Âge, vous n'étiez pas riche, vous pouviez vous tourner vers un remède absolument gratuit et que l'on trouvait en abondance : l'ortie. Les personnes souffrant d'arthrite se fouettaient les articulations avec des orties, consommaient de la soupe d'orties ou broyaient des feuilles d'orties sur le membre affecté.

Cela peut sembler barbare, mais de nombreuses personnes continuent à ne jurer que par ce remède. En effet, des essais modernes sur l'efficacité des orties dans le traitement de l'arthrite ont montré qu'elles réduisaient de manière tangible les douleurs articulaires. Ne balayez donc pas trop vite d'un revers de main les remèdes populaires !

Les piqures d'abeilles ou de guêpes ont aussi leurs remèdes…

Toujours selon les grands-mères irlandaises, il suffirait d'une application de bicarbonate de soude, d'oignons, d'ail ou même d'urine pour une piqûre d'abeille.

Alors seriez-vous prêt à vous uriner dessus pour vous soigner ? Non ? Alors utilisez un peu d'ail écrasé dans du bicarbonate de soude pour effectuer un mini-pansement réparateur.

Un savoir acquis de manière empirique…

Bien que l'espérance de vie ait été nettement plus courte avant l'avènement de la médecine officielle, les guérisseurs populaires ne se sont pas lancés aveuglément dans l'aventure : ils ont observé ce qui semblait fonctionner et ce qui ne fonctionnait pas. La connaissance populaire du monde végétal a, par exemple, joué un rôle important dans le développement des essais antipaludéens.

Le miel…

Dans la médecine populaire irlandaise, le miel a longtemps été présenté comme un remède contre le rhume. Il était mélangé à du jus de citron et cuit en une pâte épaisse avec de la farine. Posé en cataplasme sur la gorge et sur le dessus du nez, il avait le pouvoir d'exfiltrer la maladie pour l'hiver.

Il était également mélangé avec des feuilles et des racines de pissenlit comme édulcorant dans un thé pour traiter les maladies des voies urinaires. Ce remède contre les calculs dans la vésicule biliaire ou les voies urinaires a été collecté à dans le Comté de Galway : "Racines de pissenlit bouillies pendant huit heures, une pinte de whisky ajoutée, du miel ajouté pour sucrer, le mélange est filtré et mis en bouteille. Trois verres par jour."

Un autre remède irlandais impliquant le miel est utilisé pour traiter les ulcères aphteux, qui se produisent sur la muqueuse à l'intérieur de la bouche.

Dans le Comté de Leitrim, ils sont traités avec un écouvillon de miel et de borax (un sel d'acide borique). Il est utilisé comme préparation dans le traitement de l'eczéma infantile, mélangé à une part égale de crème épaisse, ou mélangé à du babeurre épais.

Le miel irlandais était jusqu'à une époque récente utilisé comme moyen de traiter les furoncles, rien n'est dit s'il ne fonctionne pas encore de nos jours.

La pomme de terre crue

Ne vous moquez pas sans savoir. Oui, nous sommes bien conscients que tout le monde pense que les Irlandais ne vivent que de pommes de terre, de whisky et de Guinness (faux, évidemment, à tous points de vue). 

Mais il y a un remède de bonne fame - (du latin “bona fama”, c'est-à-dire de bonne renommée, ce qui n'a rien de diffamatoire envers les femmes) - qui suggère qu'une brûlure peut être apaisée en coupant une pomme de terre crue en deux et en l'appliquant sur la zone affectée. Vous voilà avertis !

La pomme de terre toujours, surtout lorsqu'elle est préparée en purée bien épaisse serait un excellent remède à la gueule de bois… On peut faire confiance aux irlandais s'ils nous certifient que cette méthode fonctionne, entre Guinness et Whisky ils ont eu bien des occasions de la tester…

Toast sec et brûlé : Croyance ou folklore ?

Celui-ci n'est pas le repas le plus attrayant, surtout si vous avez la bouche sèche avant de le consommer. En fait, des toasts secs et brûlés ne sont jamais vraiment attrayants, bouche sèche mise à part. 

Dire que les infirmières irlandaises ne jurent que par lui depuis des générations, et nous n'allons pas tenter de les contredire.

Dans la tradition irlandaise, des toast brûlés auraient été donnés aux patients des hôpitaux ou à ceux qui avaient l'estomac malade, des problèmes de ventre aux nausées en passant par l'angine streptococcique… Il serait également un remède miracle pour retrouver l'appétit. Il est vrai qu'après lui n'importe quel aliment doit sembler délicieux.

Alors que la médecine traditionnelle irlandaise est, sans doute, en déclin, la médecine traditionnelle chinoise est devenue une industrie florissante en Irlande, avec des praticiens ouvrant des boutiques dans tout le pays. Ainsi, l'histoire de la "médecine populaire irlandaise" naturelle se poursuit, bien que dans une veine commerciale, et le titre "médecine populaire en Irlande" serait peut-être plus approprié.

L'estomac toujours…

Dans le cas des troubles de l'estomac, les anciens Irlandais croyaient qu'un brin de menthe ou de lavande noué autour du poignet ou porté autour du cou pouvait calmer les maux de ventre. Si le raisonnement qui sous-tend cette croyance n'est pas tout à fait clair, il est probable que l'idée a quelque chose à voir avec l'odeur.

La menthe et la lavande ont toutes deux une odeur agréable et fraîche, alors que les troubles de l'estomac produisent souvent des senteurs plutôt… désagréables.

Ainsi, même si les herbes ne pouvaient pas guérir le trouble en question, elles pouvaient en atténuer les effets nauséabonds, ce qui devait être un véritable remède pour ceux qui vivaient avec la personne malade…

 

Le septième fils, une superstition irlandaise

En Irlande, on pense depuis des siècles, que le septième fils d'un septième fils serait capable de voir l'avenir et de guérir toutes sortes de maladies. Lorsqu'un ver est placé dans la main gauche d'un septième fils d'un septième fils, le ver (selon la légende) se ratatine et meurt. C'est la preuve que ce dernier est un medicine man.

C'est ainsi que vous savez que la personne est vraiment ce qu'elle prétend être. Une fois que vous avez localisé votre septième fils d'un septième fils, vous pouvez lui demander de charmer les verrues, de faire tomber le feu de la fièvre, de guérir la rage et de soigner un mal de tête persistant (entre autres choses).

Mais attention, dans certaines régions d'Amérique du Sud, les septièmes fils de septièmes fils sont considérés comme des loups-garous… Vu sous cet angle, il vaut mieux naître en Irlande.

Ceci n'est bien sûr qu'un tout petit aperçu, nous ne vous avons pas parlé, de la main d'un cadavre comme remède à toute les maladies, ou encore des bougies ou des mégots pour traiter les brûlures, ou bien encore qu'il faut absolument orienter la tête de lit d'un malade au Nord et non pas au Sud ou à l'Est… Mais cela fera l'objet d'une autre histoire…

À votre tour maintenant, vous connaissez d'autres remèdes irlandais ? Partagez-les dans les commentaire pour en faire profiter la communauté !

 

*(Malcom Stuart - ed. The Encyclopedia of Herbs and Herbalism. London: Orbis, 1979).

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