Députée de la 10e circonscription des Français de l’étranger, figure engagée de la Francophonie parlementaire et actrice de terrain sur les grands enjeux internationaux, Amélia Lakrafi dresse pour Le Petit Journal le bilan d’une année dense, marquée par des combats concrets en faveur de l’éducation, des droits des femmes et de l’efficacité publique.


Depuis 2017, Madame Amélia Lakrafi est « notre » députée, celle qui représente la 10ème circonscription, celle des Français établis hors de France, couvrant 49 pays d'Afrique et du Moyen-Orient. Engagée pour la promotion de la francophonie et la défense des droits des femmes dans ses propositions législatives, elle soutient l'éducation et le développement économique pour les Français de l'étranger, tout en contribuant à des initiatives globales pour la paix et la sécurité internationale. Elle est aussi nommée Présidente déléguée de la section française et Vice-Présidente de l’APF depuis 2023, élue Déléguée générale de l’APF en mars 2025. Elle agit auprès d’institutions telles que l'AEFE, les Alliances françaises, l’OIF, l'AUF et tant d’autres. Elle a également fondé le CCAFI, le Cercle des Clubs d'Affaires Francophones à l'International, plateforme fédérant les clubs d'affaires déjà existants dans le but de stimuler les échanges et les opportunités auprès des entrepreneurs francophones hors de France. Au sein de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Madame Lakrafi a travaillé à la législation sur l’aide au développement, y renforçant l’engagement de la France, et est constamment investie en particulier dans les relations Afrique – France, la situation au Liban et au Moyen-Orient, et d'autres enjeux majeurs tels que le commerce extérieur, la cybersécurité et la lutte contre les violences faites aux femmes expatriées. Un engagement forgé autant par le terrain que par les rencontres humaines, au plus près des réalités vécues par les Français établis hors de France.
Résumer son parcours force l’admiration et tient du défi entre entrepreneuriat, action politique, parlementaire, défense de la francophonie et du droit des femmes, écoutons-là tenter de résumer les 12 derniers mois !
Lepetitjournal.com/dubai : Depuis notre première interview en avril 2022, vous avez encore rajouté des cordes à votre arc, pourtant déjà bien fourni : deux mots sur votre action au sein de la Francophonie ?
Amélia Lakrafi : Depuis que je suis déléguée générale de l’APF je dirais que ce que j’ai retenu de plus important c’est que partout, et en totale opposition avec le discours que l’on entend en métropole, on attend la voix de la France, on se tait quand le président Macron va parler, on écoute ce que la France a à dire. C’est quelque chose que les Français de l’étranger perçoivent très clairement sur le terrain, souvent bien avant que cela ne soit audible depuis Paris.
Cette différence est flagrante entre la communication franco-française et la réalité du terrain. C’est une réalisation à la fois violente, décevante, pourquoi se saborder de la sorte ? mais aussi rassurante : nous avons une vraie place sur la scène internationale, il faut en être fiers.
Vous savez que je suis née le jour même de la journée internationale de la francophonie ? C’est sans doute pour cela que je ressens cette responsabilité comme quelque chose de presque intime, pas seulement institutionnel.
C’est un rôle que j’ai pris énormément à cœur et qui m’a apporté beaucoup, parce que sur le terrain on est témoin de cela justement : de la force de cette influence. Pensez par exemple que le Ghana a demandé à rejoindre le réseau de la francophonie, alors même que son président ne parle pas le français… Mais il reconnait la valeur de ce réseau qui lie aux grandes valeurs des Droits de l’Homme, à la liberté d’expression, à la liberté de la presse.
Comment définiriez-vous votre approche ?
Je ne suis pas là pour voyager aux frais du contribuable, comme toujours dans ma carrière politique j’apporte du bon sens et une efficacité entrepreneuriale, et ce n’est pas un mot dont il faut avoir peur : les corps politiques doivent être efficaces, depuis quand a-t-on perdu ce besoin essentiel de vue ?
Donc je modernise, je nettoie, j’organise, j’innove !
Parce que derrière chaque organisation qui dysfonctionne, il y a toujours des citoyens qui attendent trop longtemps, ou qui renoncent.
Mais je mets aussi à disposition pour toutes les sections des formations, des opérations qu’il est possible de répliquer. Par exemple à Maurice nous avons mis sur pied le Parlement des Jeunes : 6 jeunes de 20 ans pour chacun des 5 pays de la COI, une semaine à apprendre et pratiquer le parlementarisme, débattre, présenter leurs textes : vous imaginez l’impact sur le long terme, sur ces jeunes ? Ce qu’ils vont ramener chez eux de cette expérience ? C’est incroyable… et c’est réplicable !
Qu’est-ce que la casquette de DG de la Francophonie parlementaire vous permet d’aborder ou d’accomplir, au-delà de l’agenda qui lui est propre ?
Comme je l’ai dit je voyage peu, mais quand les présidents des Chambres en Afrique me demandent, j’y vais. Officiellement je n’y porte pas ma casquette de député, mais c’est justement pour cela que beaucoup de paroles se délient, que les lignes bougent, que les dynamiques changent et
l’on peut assoir dans la même pièce les représentants de pays dont les présidents ne s’adressent qu’à peine la parole, comme le Rwanda et la RDC par exemple, et comme la Palestine et Israël.
Dans ces moments-là, je mesure à quel point une parole non officielle peut parfois ouvrir plus de portes qu’un discours très formel.
Je peux passer des messages, et je suis écoutée, on avance. C’est un outil phénoménal, un outil de diplomatie profonde et efficace, le fameux “soft power” mais pour qu’il fonctionne réellement il faut aussi une ouverture sincère de partage : par exemple mettre à disposition une boite à outils législative. Il faut bien comprendre que les fonctionnaires occidentaux dans leur grande majorité ont eu accès à des formations de très haute compétence. Ce n’est pas toujours le cas ailleurs. Cette boite à outil est ouverte : c’est un cadre, une source inspirante et fiable de modèles (de textes de loi et résiliations) à adapter, un gain de temps et d’efficacité incommensurable. L’idée n’est pas d’imposer des modèles, mais de faire gagner du temps à des parlementaires qui veulent agir vite et bien.
Un exemple concret : nous y avons déposé un texte de budgétisation basé sur le genre. (adopté par le Maroc et le Rwanda dès 2011!). Pourquoi est-ce nécessaire : au Rwanda par exemple on s’est rendu compte que la majorité des femmes agricultrices n’avaient pas le permis de conduire, d’où une disparité forte en termes d’accès aux outils, et le fait qu’elles passaient à côté des aides. Un budget “genré” va leur donner priorité pour qu’elles accèdent aux mêmes droits, aux mêmes machines-outils, aux mêmes aides que les hommes. Un autre exemple : si le budget consacré au sport n’est pas détaillé par genre, vous risquez d’avoir un budget en apparence bien utilisé mais consacré à 100% à des stades de foot. Où iront les jeunes filles ? Certainement pas jouer au foot dans un terrain qui va être monopolisé par les hommes. Il faut donc aussi investir dans des terrains de badminton, des piscines, des salles de basket, des pistes de vélo… Alors oui, l’offre est diversifiée et prend en charge hommes et femmes à parité. Nous avons aussi sur ce modèles de « boites à outil » des textes pour les Déchets Plastiques, ou pour la prise en charge des violences faites aux femmes.
Des combats dont vous êtes particulièrement fière ?
D’avoir lancé la réflexion sur la création d’une MIPH, une maison internationale du handicap pour permettre aux français de l’étranger d’y accéder sans affronter le casse-tête de se rattacher à une commune (dont beaucoup d’ailleurs ne savent pas qu’ils y ont droit). D’avoir inspiré Santexpat de prendre en charge les 3 mois de carence qu’affrontent les femmes victimes de violences qui sont rapatriées. Et vraiment je dirais d’avoir mis au centre de débats et sous les projecteurs ce fameux et affreux « angle mort » qu’était la condition de la femmes victime à l’étranger. Pour moi, nommer un problème n’a de sens que si l’on s’engage à le résoudre.
Le mot ne vous plait pas ?
Non : s’il y a un angle mort on l’adresse, on le résout, on déplace les choses, on ne se contente pas de constater et d’accepter… c’est chose faite : nous avons désormais une convention signée entre The Sorority et 3 ministères, et qui reçoit entre 3 et 4 cas par semaines directement envoyé par les consulats. Voilà : plus d’angle mort mais une visibilité, un budget acté et des changements concrets dans la prise en charge. C’est ça, pour moi, une politique utile : une chaîne claire entre le signalement, la prise en charge et la protection.
Une autre victoire qui me touche c’est d’avoir fédéré lafibrefde.org toutes les associations de bienfaisance et d’entraide à l’étranger, dont le rôle de soutien est essentiel : cela a permis de les réunir sous un label et de les identifier, de valoriser leur action et de garantir une meilleure répartition des aides. Du concret, encore. Trop de Français de l’étranger découvrent leurs droits au moment où ils sont déjà en difficulté.
Finalement ce qui vous satisfait le plus c’est l’essence du service public : agir pour le bien commun, hors des partis pris politiques ?
Je remarque en vous parlant que ce que je retiens de mon bilan ce sont effectivement des satisfactions, des victoires « gratuites », rien qui influe sur les votes ou les partis, mais des victoires tellement importantes car elles touchent à la condition des plus faibles, aux changements sur le terrain qui vont impacter ceux qui en ont le plus besoin. Qu’il y a-t-il de plus passionnant, de plus gratifiant, de plus intéressant que cela : agir là où les décisions sont vraiment impactantes, agir pour le bien de tous ?! Je ne sais pas, je n’ai pas encore trouvé !
Quand on voit ces jeunes repartir avec une nouvelle confiance, parfois même une vocation, on comprend que l’investissement politique le plus rentable est souvent celui qu’on fait sur la jeunesse.
C’est souvent loin des projecteurs que se jouent les décisions les plus déterminantes.










