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KHALED IGUE - Club Afrique 2030, un laboratoire d'idée au service du développement de l'Afrique

Par Lepetitjournal Cotonou | Publié le 02/05/2016 à 22:00 | Mis à jour le 03/05/2016 à 09:11

 

Khaled Igue a 33 ans et est béninois d'origine. Il a fait ses études à Paris et Chicago et travaillé chez Areva sur les questions énergétiques. Il s'engage aujourd'hui pour le développement de l'Afrique avec le think tank qu'il a créé Club Afrique 2030. Lepetitjournal.com l'a rencontré lors d'un passage à Cotonou. 

Lepetitjournal.com/cotonou : Bonjour Khaled, merci d'avoir accepté de répondre aux questions dupetitjournal.com. Pouvez-vous nous dire qui vous êtes Khaled ? Quel est votre parcours, quels sont vos liens avec le Bénin ?

 

Khaled Igue : Bonjour, je suis béninois d'origine, j'ai 33 ans et j'ai grandit au Bénin jusqu'à l'âge de 19 ans, à Cotonou. Puis j'ai rejoint Paris pour faire une prépa et j'ai intégré une école d'Ingénieur, l'INSA (Institut National des Sciences Appliquées). Diplômé en 2008, je suis parti pour Chicago faire un double diplôme. Je suis ensuite revenu à Paris où j'ai commencé à travailler pour Areva durant 7 ans. J'ai travaillé dans l'énergie et les politiques énergétiques des grands pays comme l'Angleterre, l'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, la République Tchèque, la Finlande, le Japon.

De par mes origines, j'ai toujours eu une appétence pour le développement de l'Afrique et je me suis dit qu'il fallait que je revienne un peu sur le continent et que je travaille pour le continent. J'ai ainsi rejoint AREVA au Niger qui exploite les mines au Nord du pays. Alors que j'étais chez Areva, j'ai voulu aller plus loin dans mes connaissances théoriques en terme de développement et en économique, et j'ai ainsi obtenu un diplôme en économie à Paris 1, suivi d'un diplôme en affaires publiques à Sciences Po Paris.

A la suite de ça, j'ai voulu m'orienter plus vers du conseil sur les politiques de développement et j'ai rejoint une entreprise qui s'appelle Eurogroup Consulting, un cabinet de conseil français en stratégie organisationnelle. Je suis resté un an, puis j'ai rejoint depuis quelques mois l'OCP (Office Chérifien des Phosphates) qui s'est donné pour mission, sur la base des relations sud-sud prônées par sa Majesté le roi du Maroc, d'accompagner les pays africains dans le développement du secteur agricole. Ce secteur est prioritaire car il nourrit 70% de la population africaine et attire plus de 40% des exploitations. L'ambition de l'OCP est de relever le défit de la malnutrition alimentaire en Afrique en accompagnant les pays dans le développement de leur agriculture et en les aidant à mieux connaître le sol qu'ils exploitent. On y forme ainsi les cadres du secteur agricole qui vont accompagner cette transformation.

En ce qui me concerne, je suis orienté plutôt réflexion, car je me dis que si, du jour au lendemain, il y a une famine dans un pays, il y aura toujours des gens capables d'apporter leur aide ou des denrées alimentaires (riz, du maïs). Il y a déjà beaucoup d'ONG, qui sont en place dans les pays du Sud et qui apportent de l'aide alimentaire. En revanche que ce soient les ONG ou les politiques, en cas de crise, ils ont tous, malheureusement, le nez dans le guidon. Pris dans le feu de l'action, ils n'ont pas le temps de prendre du recul. Il faudrait que des organisations les accompagnent dans des réflexions à plus long terme pour que ce genre de problème ne se reproduise plus. C'est pourquoi il y a 3 ans, j'ai lancé l'initiative de créer un think tank, Club Afrique 2030.

Club Afrique 2030 est un laboratoire d'idées sur les questions de développement. Nous avons défini des axes de travail qui sont la santé, l'éducation, l'énergie, l'industrie. Nous faisons donc des recommandations et organisons des débats entre la société civile et les décideurs sur des idées de modèles économiques.

C'est une association qui est basée à Paris, mais qui a ses représentants également au Bénin et dans d'autres pays africains. Nous avons 12 représentants pays, qui sont des personnes relais, qui remontent à Paris les problématiques liées au développement dans chacun des pays. Ces représentants sont également des facilitateurs dans leur pays pour le chemin que doivent suivre les recommandations faites par le Club. Ils définissent à qui ces recommandations doivent s'adresser pour être entendues.

Nous faisons ainsi souvent des recommandations auprès des gouvernements, auprès du secteur économique ou de la société civile (associations qui ont des projets).

 

Quelle est l'organisation de ce Club Afrique 2030? Quelles sont les méthodes de travail ?

Voici d'abord un aperçu de l'organisation physique de l'association. Il y a donc la direction à Paris, les représentants pays et des experts spécialistes des différents domaines que gère l'association, qui sont des sachants qui vont accompagner la réflexion.

L'association travaille sous deux axes. Tout d'abord, nous faisons des rapports, des publications. Nous organisons ensuite des débats desquels vont ressortir des idées qui seront formalisées avant d'être présentées aux décideurs, selon le pays concerné et la problématique. Sur la questions du développement agricole par exemple, nous allons nous diriger plutôt vers le Burkina Faso ou le Bénin qui aujourd'hui souhaitent être accompagnés dans cette réflexion. Sur la question de l'éducation, nous irons voir la Côte d'Ivoire, qui est en train de travailler sur le plan de formation. Sur la question de la démocratie, nous irons plutôt voir le Niger.

 

Comment êtes-vous accueilli dans les différents pays ? Est-ce que le travail est facile avec les instances en place ? Sont-ils habitués à travailler avec des think tank ?

Aujourd'hui on peut dire qu'il y a une ouverture grâce à la nouvelle génération qui est plus connectée, plus informée. Les instances dirigeantes se rendent donc bien compte qu'il existe de nouvelles idées dont il faut se servir pour avancer ou faire avancer les choses et aller plus vite dans le développement auquel cette nouvelle génération aspire. Les instances dirigeantes prennent donc très au sérieux les recommandations qui sont faites. Après les appliquer est autre chose car il y a des agendas politiques à respecter.

 

Avez-vous à ce jour, des success stories par rapport aux recommandations qui ont été faites ?

Nous avons aujourd'hui 3 ans de recul. Nous avons, la première année, organisé beaucoup de débats qui ont fait émerger un grand nombre d'idées. La deuxième année nous nous sommes beaucoup concentré sur les questions de l'énergie en lien avec la Cop21 organisée à Paris. Au Bénin ces questions énergétiques sont d'une importance capitale. On a pu constater cela avec le projet « lumière pour tous » qui a été lancé à plusieurs reprises et notamment repris durant la campagne présidentielle. On voit bien que les gouvernements ont pour souhait de tester les recommandations qui leur ont été faites. En 2016, nous nous sommes ainsi lancé comme objectif de travailler sur les questions d'agriculture et d'entrepreneuriat.

 

Au delà de ce qui a été déjà dit, quel est le profil des personnes engagées dans ce Club de réflexion ?

Le club est très ouvert. Vous avez aujourd'hui des ingénieurs, des économistes, des médecins. C'est une équipe multiculturelle avec des français, des béninois, des nigérien, des togolais, des binationaux ou des locaux des pays des 12 représentations.

Nous partons en effet du principe que pour être efficace, il faut un dynamisme de toutes les énergies qui militent en faveur du développement de l'Afrique. Il faut que toutes les parties prenantes puissent se mettre autour de la table pour discuter.

On peut ainsi dire que nous sommes un think tank africain, même si toutes les idées sont bonnes et que nous sommes ouverts à accueillir toutes les expertises. Nous nous considérons comme une plateforme de toutes les synergies.

 

Merci pour ce témoignage qui est très complet, avez-vous d'autres choses à ajouter ?

Oui, merci. Je souhaiterais ajouter, qu'il faudrait qu'il y ait de plus en plus d'organismes de réflexion, car il n'y en a en fin de compte que très peu sur le continent africain, notamment en Afrique Subsaharienne. Il faudrait trouver un modèle pour que ces organismes trouvent une place plus pérenne dans la réflexion sur les grandes questions politiques et pour qu'ils se développent. Ce n'est qu'ainsi que les parties prenantes pourront prendre conscience de leur nécessité pour avancer dans le sens d'une croissance concertée. Il Faudrait beaucoup plus d'initiatives pour que cela puisse arriver.

Nous cherchons enfin des organismes qui ont développé des expertises sur des sujets autres que ceux que nous évoquions et qui souhaiteraient s'associer à nous pour développer nos pôles d'expertise et de recommandations.

 

Parfait, merci beaucoup Khaled pour cet entretien et très bonne fin de journée.

Pour en savoir plus sur le think tank Club Afrique 2030, rendez-vous sur le site http://club-2030.com/

 

Florence Bourreau (www.lepetitjournal.com/cotonou) mardi 3 mai 2016.

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