Trois flocons et puis s’en vont…

Par Clément Renisio | Publié le 10/01/2021 à 18:10 | Mis à jour le 17/01/2021 à 16:50
Photo : @benjamin Arce
neige Copenhague janvier 2021 blanc luge société danoise

 

Un fin manteau neigeux a recouvert le royaume mercredi matin. L’épisode est modéré et circonscrit dans le temps, comme c’est généralement le cas pour à peu près tout ici. Quelques heures poétiques de précipitations hivernales : Cinq à dix centimètres de fine et onctueuse pellicule blanche recouvrent le bitume de Copenhague. C’est charmant, les premières heures du jour sont belles et cristallines, ma fille saute de joie. Mon fils, qui a globalement saisi l’idée, lui emboîte le pas et saute avec détermination, en conformiste enthousiaste.

 

L’hiver nous a semble-t-il rejoint pour de vrai, et tombant le masque, a enfin dévoilé son visage blanc d’éternité nordique. Les danois savent à quoi s’en tenir et gardent un œil avisé sur les prévisions météorologiques. Ni une ni deux, ma compagne a procédé la veille à l’acquisition en ligne d’une superbe pelle à neige qu’il m’est revenu d’aller réceptionner au point Click and collect de notre boutique d’outillage favorite. Ainsi, étions-nous parés dans la perspective des gigantesques travaux de déblaiement du lendemain.

Les danois sont gentils et ont le sens du bien commun, de l’espace collectif. Ils déblaient systématiquement la neige tombée devant leur propriété. Hors de question d’être accusé de négligence par des voisins sourcilleux. Peut-être encore moins de prendre à leur charge les frais d’assurance d’une promeneuse de chien ayant glissé sur une neige non déblayée, le long du trottoir immédiatement accolé à leur propriété. Gentils et pragmatiques. Quatorze heures trente, veille de l’épisode neigeux, la pelle tant convoitée est donc acquise et attend patiemment sa prise de fonction, dans un coin de l’entrée. Nous avons bien fait, l’article est en rupture de stock, comme chaque année lorsque des chutes de neiges sont annoncées. Les danois sont également des gens prévoyants.

La météo avait vu juste. L’épisode a lieu, dans la pureté froide, silencieuse et obscure de la nuit de janvier. Réveil enthousiasmé, enfants d’humeur primesautière - on l’a dit - et outil spécialisé immédiatement disponible à l’entrée en action. D’humeur gaillarde et enjouée, sans aucun doute galvanisé par cette première neige de l’année, je prends l’initiative du déblayage. Méthodiquement, je gratte, pousse et regroupe en petits monticules, la mince couche de poudreuse sur les pelouses déjà maculées. L’opération est rondement menée. J’ai ma bonne conscience citoyenne pour moi et l’assureur de mon côté.

En début d’après-midi, la neige a cessé de tomber, mais l’éclat scintillant de son manteau demeure. Quelle merveilleuse journée. Ma compagne est alors saisie d’une autre idée. Pourquoi ne pas nous procurer une belle luge en plastique rouge, équipée de son frein à main central jaune ? Eh oui, pourquoi pas ! Seulement voilà, d’autres ont visiblement eu la même idée. Et ils étaient nombreux. Nous aurions dû y penser hier et combiner l’achat à celui de la pelle. Notre outilleur favori propose également de fort belles luges rouges à frein à main central jaune sur son site web. Mais cette fois-ci, rien à faire, plus aucune d’entre elles n’est disponible et le délicieux service Click and collect ne m’ouvrira pas les bras, même affublé de mon plus beau masque chirurgical.

Après tout, ce n’est pas vraiment une surprise. En règle générale, lorsqu’une idée traverse l’esprit de Maja, qu’il s’agisse d’un projet de sortie, d’un événement public ou d’une activité à accomplir de toute urgence, je sais que l’ensemble de la population du royaume est sur le coup. Encore et toujours ce je-ne-sais-quoi d’un mimétisme social pavlovien aussi charmant qu’exaspérant, circularité cyclique et conformité visible des envies et des besoins… Petit pays charmant et uniforme, population homogène et systématique dans ses comportements. Ma douce compagne prendra finalement contact avec son frère qui dispose, lui, d’une luge bleue au frein à main jaune, toujours central. Se l’est-il procuré via le click and collect de notre outilleur favori en amont du mouvement de foule et de la rupture de stock ? Il faudra que je lui pose la question. Les enfants sautent encore plus haut que ce matin à l’annonce d’une aventure un temps écartée, et qui finalement leur tend les bras. Je décide de rester en cuisine mais partage intérieurement leur joie.

Ensemble, ils revêtiront leurs combinaisons destinées au franchissement de plateaux himalayens, leurs bottes quadruple isolation, et iront gaiement dévaler le talus de quatre mètre cinquante d’altitude qui fait l’angle de notre rue. Il reproduiront cet exercice jusqu’à l’épuisement total, dans les rires et les hurlements, et sillonneront sans fin les crêtes vertigineuses de ce minuscule géant, poudré pour l’occasion.

J’ai toujours – et assez secrètement – admiré la prodigieuse appétence des danois pour l’instant présent, leur capacité à jouir d’un moment, de ce qui est beau, heureux, agréable, maintenant et tout de suite.

Le lendemain, la neige aurait quasiment disparu.  

 

 

Collage de photos par Benjamin Arce          

 

 

 

Clément Renisio Petit Journal Copenhague Danemark

Clément Renisio

Parisien d'origine, je vis à Copenhague depuis dix ans. En couple avec une architecte franco-danoise, j'ai travaillé dans différents secteurs, parmi lesquels ceux du luxe, du marketing digital et du tourisme. Je suis père de deux enfants.
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