Jeudi 9 décembre 2021
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Infrarouges, une aventure invisible à Copenhague par Martin Dedron

Par Martin Dedron | Publié le 22/04/2021 à 18:15 | Mis à jour le 29/10/2021 à 17:52
Photo : ©Martin Dedron
hyperose : une photo infrarouge de l'église de marbre à Copenhague

L’attrait pour l’infrarouge est né chez moi pendant les premiers cours de physique-chimie du collège. Me demandant à quoi pouvaient bien ressembler les couleurs que l’on ne peut pas percevoir, je gardais en tête la lubie d’un jour les voir.

 

En été les réflexions infrarouges apportent une brillance particulière aux feuillages, mais à Copenhague ceux-ci se font toujours attendre passé fin mars. L’expérimentation de cette plage d’ondes commence sur le toit, soleil direct.

 

Photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Plongeon en toi ©Martin Dedron 

 

Premier élément à remarquer dans la photographie infrarouge est le hotspot : 

 

Photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Abomination ©Martin Dedron 

 

Comme on le voit sur ces clichés et comme on le verra sur les clichés suivants, une « bonne » optique pour la photo de portrait ou de paysage ne le sera pas forcément en infrarouge, pour cause de cette anomalie laissant apparaître un épais vignettage s’épaississant à mesure que se ferme le diaphragme. Mais les défauts en art n’en sont jamais totalement.

 

Photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Ça fait rien ©Martin Dedron

 

Second élément à prendre en compte est la couleur. Cela ne vous aura pas échappé : l’infrarouge est la partie non-visible des rayonnements lumineux, de plus faible fréquence que les ultraviolets aux antipodes du spectre. Si quelques rayons de lumière visible peuvent dans l’absolu parvenir dans le capteur, le filtre Hoya R72 que j’utilise bloque ceux de fréquence inférieure à 720 nanomètres (d’où son nom). Il n’y a techniquement pas grand-chose de plus à savoir : la balance des blancs doit être ajustée, et hop ça roule.

Photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Emportées par la vague de fréquence ©Martin Dedron

 

Ca roule et passe au rouge. Aïe. Exit les tons naturels : ceux-ci ne passent pas. D’où la nécessité d’un équilibrage, passant soit par un le monochrome, soit par une atténuation du rouge en teintes de jaunes et bleus – en fonction de la chaleur souhaitée - , soit par une exploitation surréaliste des teintes qui ne sauraient en aucun cas être vraiment celles que je vous donne à voir.

Photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Un arrangement ©Martin Dedron 

 

Ici nous voyons un lever de soleil à Amager Strand lorsque les glaces régnaient encore sur les eaux. Je vous invite à lire mon article précédent pour en voir mes clichés traditionnels.

 

photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Divergion ©Martin Dedron 

 

Le troisième et dernier point à prendre en compte est la durée d’exposition. Le capteur est fait pour avaler de la lumière visible et l’infrarouge en est exclu : les vieux boîtiers non-traités offrent une tolérance bien plus grande ; cependant, avec un filtre si opaque -tenu en face du soleil on ne voit presque rien au travers- il ne faut pas espérer capturer la netteté à main levée.

Ma première sortie au coucher de soleil pour prendre les néons de Dronning Louises Bro se reflétant sur les lacs fut couronnée d’insuccès : malgré les trois minutes d’exposition et l’ouverture au maximum, trop peu de lumière dans le full frame. Quelques traits et encore, il suffit de tenter l’équilibrage des couleurs pour qu’ils fondent dans les réglages de la chaleur.

Si après cet article vous êtes tentés par la photographie infrarouge, courrez vers un aperçu surexposé : la lumière n’est pas ce qu’on croit quand on ne peut pas la voir. Elle demande également une focalisation un brin plus proche, le coup de main venant avec l’expérimentation et les ratés.

photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Turbokaneda336-b par Martin Dedron 

 

Pour procéder nous avons donc besoin soit de super pouvoirs, soit d’un trépied. J’ai opté pour le Manfrotto fautes d’araignées nucléaires, quoiqu’on ait des virus dignes de SF dans les parages. Un problème de taille apparaît vite dans certaines conditions, notamment celles du cliché TurboKaneda 336-B ci-dessus : à environ 300mm de focale, le moindre mouvement cause un grand décalage sur le résultat final. Avec le vent incessant balayant les pieds de l’Opéra sur lesquels s’appuyaient ceux de mon trépied, j’ai dû hausser l’iso, causant un certain bruit toujours préférable au flou : ici la quête des structures est de mise, et se rapprocher de celle qu’on voit nous offrira une plus grande ouverture à l’abri du souffle du large.

 

Photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Personal été ©Martin Dedron

 

Tous ces éléments pris ensemble, le vignettage, les couleurs, je les ai combinés pour créer ce dernier cliché. Superposant deux expositions j’en ai gardé la différence d’alignement comme cadre : le hotspot y met en valeur l’église, que j’ai placé au centre.

Le long temps d’exposition donne lieu au phénomène de ghosting et le fantôme d’une voiture sur la gauche est un intérêt de plus donné à une photo de bâtiment qui y gagne en vivacité ; on voit qu’il s’y passe quelque chose et même on voit au travers de ces choses qui y passent.

L’infrarouge bien géré apporte une réflexion particulière dont s’habillent sans qu’on les voit les choses usuelles, et j’ai choisi de finir cet article sur ce cliché étant à mes yeux le plus abouti que j’ai pu faire de la superbe Marmorkirke.

 

photo infrarouge de Copenhague par Martin Dedron
Hotlines ©Martin Dedron

 

 

L’été viendra en d’autres radiances

 

 

 

 

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Martin Dedron photographe

Martin Dedron

Je suis à Copenhague dans le cadre de mon Bachelor de design graphique à l’Académie Royale des Beaux-Arts. La photo est pour moi plus qu’un outil, c’est une démarche, c’est l’idée de cueillir ce que la vie a de plus beau !
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