En mai à Copenhague : marie-toi, jeune fille !

Par Violaine Caminade de Schuytter | Publié le 10/05/2022 à 18:30 | Mis à jour le 10/05/2022 à 18:30
Photo : ©Violaine Caminade de Schuytter
Rencontre avec une mariée à Copenhague qui se baigne

Dans une carriole tirée par un vélo, deux enfants bien accoutrés accompagnés d’une mariée les genoux resserrés contre elle, me doublent en allant à fière allure. On échange un grand sourire, bien que je ne sois pas de la noce. C’est à la fois simple et gai. Je n’ai pas le temps de me ranger sur le côté pour sortir mon appareil car elle a déjà filé vers l’unique qui l’attend sur le seuil d’une mairie, d’une église, que sais-je, d’un restau, à moins que le marié ne soit le conducteur de la carriole. Il est trop tard pour inspecter l’homme à tout faire afin de déterminer s’il a la tenue requise pour le rôle capital que je lui attribue sans même l’avoir consulté. Je reprends mon chemin, un brin rêveuse donc et comme emportée par le sourire de la mariée.

 

Mais arrivée à mon but, l’aire de baignade, c’est un autre spectacle tout aussi matrimonial ou presque qui se prépare. Décidément les mariages fleurissent en ce samedi de mai : un cortège d’amies escorte en effet une jeune fille coiffée d’une couronne blanche. Je comprends qu’elle est  acculée à se rafraîchir les idées avant le grand plongeon dans ce que l’on sait être une décision au long cours. Elle ne se fait pas trop prier. Il faut dire que le soleil brille. L’humeur est enjouée. Mais un deux trois…ce n’est pas une mais toute l’équipe ou presque qui se déshabille et saute à qui mieux mieux dans l’eau qui n’est plus si froide. L’étape du tour - bord de Marriott - avait été préparée, rien à redire à l’organisation : chaque baigneuse a troqué sa couronne festive contre un bonnet de bain en plastique transparent moins seyant. Cela sent l’achat en gros. Mais l’uniforme s’arrête là car couronne mise à part, la blanche restant l’apanage de la future mariée, cela va sans dire - le protocole n’est pas exigeant, l’apparence décontractée, du moins en cet événement qui n’a pas encore l’apparat de la noce. Lorsque je demande poliment à prendre une photo, la jeune fille du jour se laisse prendre sans faire de manières. On m’explique qu’elle va se marier. Il faudrait manquer vraiment de perspicacité pour ne pas l’avoir deviné ! Mais on sent la jubilation de celle qui profère cette bonne nouvelle. Ce n’est pas une information qu’elle donne, c’est l’art de sonner les cloches verbalement, car les ballons  en décoration sont trop peu bavards et ne jouent qu’à demi leur rôle d’annonceur public.

 

carriole d'un vélo décorée pour un mariage à Copenhague
Carriole décorée ©Violaine Caminade de Schuytter 

 

 

Toute attendrie par ce manège bon enfant, je m’éloigne et vais m’adresser à d’autres baigneurs pour ne pas importuner une nouvelle fois l’heureuse élue afin de savoir si la baignade fait partie des incontournables épreuves traditionnelles danoises de l’enterrement de vie de jeune fille. Non, non. Mon contentement en est d’autant plus grand, comme si en être témoin était un privilège octroyé par ce jour.

Finalement en bonne enquiquineuse je reviens m’immiscer, bien que sans couronne et dépareillée en âge, dans le flot des jeunes filles pour demander la permission de publier dans un journal - en précisant « français », encouragée en effet par la chanson de Jane Birkin qui accompagne les ébats aquatiques de ces demoiselles danoises.  On me répond d’un air entendu que si c’est pour un journal français…La mimique est éloquente : le oui va sans dire. Que ne passerait-on pas à la France, du moins à en croire l’inflexion de voix valorisante de cette danoise bien lunée il est vrai en ce jour J moins …? Macron, autre couronné du jour, peut bien parler solennellement lors de cette même matinée aux Invalides, aller piocher à droite ou à gauche les références nécessaires pour tenter de rassembler son monde, ici, pas besoin de grands discours ou de grands noms :  la France c’est la France !

Merci donc à cette jeune danoise pour son consentement donné sans rechigner (au partage de son image) et laissons-la à son bel avenir plein de promesses. Merci aussi à sa joyeuse bande d’avoir redoré le blason d’un rite trop souvent galvaudé qui tourne parfois au mauvais goût, sinon à l’embardée sauvage : l’enterrement de vie de jeune fille. Et longue vie à cette miss qui nous fait voir la vie en rose. Et pour finir quelques confettis photographiques à lancer au passage sur elle.

 

 

Explosion de confettis mariage Copenhague
© Unsplash (Rikku Sama)

 

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Joelle Borgida

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