C’est devant des tableaux du Musée du Louvre que l’étincelle surgit. Inspirée notamment par un portrait de Lucas Cranach l’Ancien, Nadia Pla a construit, au fil de dix années de travail, un roman ancré dans la Cologne du XVIᵉ siècle.


“J’ai plusieurs casquettes”, annonce d'emblée Nadia Pla. Professeure agrégée, elle enseigne depuis 2000 le français, le latin, le grec en collège. En 2011, elle décide de reprendre des études d’histoire depuis la licence, avant de se spécialiser en histoire médiévale. Elle vient tout juste de soutenir sa thèse en novembre 2025, une thèse portant sur la vision de la menstruation au Moyen Âge.
En parallèle, elle a mené à bien un tout autre projet, l’écriture de son premier roman intitulé La Perle rouge, sorti en février 2025. Un travail qui lui aura pris dix ans.
Une vocation née dans les musées
Fille d’artistes peintres, Nadia Pla grandit dans un environnement artistique, entourée de tableaux et habituée des visites au musée. L’envie d’écrire de la fiction l’habite très tôt, dès son adolescence, mais le problème a longtemps été le manque d’inspiration : "Je n’arrivais jamais à trouver d’idées, j’avais l’impression que l’inspiration devait tomber du ciel", confie-t-elle.
Dans les années 2010, l’envie lui vient d’écrire des nouvelles à partir de tableaux. L’exercice lui réussit, cela fonctionne et les idées fusent. Deux tableaux vont alors jouer un rôle central dans la genèse de La Perle rouge. L’un d’eux est un tableau exposé au Louvre du peintre Lucas Cranach l’Ancien : Portrait de Magdalena Luther, fille du réformateur Martin Luther.
Un jour, quand j’avais une vingtaine d’années, je me suis réveillée d’un rêve où j'avais vu un tableau dans mon esprit, je savais que c’était un tableau du Louvre et plus particulièrement de la section allemande, donc je suis restée en extase devant ce tableau en retournant au Louvre - Nadia Pla
À cette même période, Nadia Pla raconte cette histoire à sa fille aînée, âgée de 10 ans à l’époque, et décide de l’emmener au musée pour voir ce fameux tableau qui l’a marquée quelques années auparavant. Peu passionnée par la visite, sa fille décide de lire un livre dans un coin du Louvre, tandis que Nadia prolonge sa déambulation dans la salle. Une fois son exploration de la salle terminée, elle retourne auprès de sa fille qui lui annonce ne pas avoir encore fini son chapitre.
Pour occuper le temps, l’autrice refait un tour dans la salle. Elle ne voit que des tableaux sans intérêt, mais finit par tomber sur un diptyque représentant la famille Gail, une œuvre signée Barthel Bruyn qui a drôlement marqué Nadia Pla.
Je me suis dit mais qu’est-ce qu’ils sont moches, mais comme je n’avais rien d'autre à faire, je suis restée à regarder ce tableau. Et en fait j’ai réalisé qu’il y a vraiment quelque chose dans ce tableau, parce qu’ils ont chacun leur personnalité, leur regard, en plus ils sont sept donc il y a presque un côté conte de fées - Nadia Pla
Ce moment suspendu de partage entre mère et fille, né presque par hasard, devient l’étincelle fondatrice de La Perle rouge où l’on retrouve entre autres les deux tableaux.
Cologne au cœur du récit
Ces tableaux conduisent l’autrice à situer son intrigue dans la Cologne du XVIe siècle. À l’époque, elle ne connaît rien de cette ville, et n’a même pas de lien spécifique avec la langue allemande. Une culture qu’elle connaît mal. À la reprise de ses études d’histoire, il fallait choisir une langue, son choix s’est par conséquent porté sur l’allemand, langue qu’elle étudiera pendant deux ans.
Lors de l’écriture de son roman, Nadia Pla s’est évidemment rendue à Cologne pour s'imprégner de l’ambiance de la ville. Une visite qu’elle décrit comme une expérience heureuse.
C’était un moment de bonheur car j’ai retrouvé tous les lieux que j’ai vus décrits, j’ai pu aller beaucoup au Wallraf-Richartz Museum où beaucoup d'œuvres m’ont inspirée, le musée municipal aussi où il y avait beaucoup d’informations sur la ville - Nadia Pla
Apprendre une ville pour mieux l’écrire
Pour reconstituer fidèlement le contexte historique de son projet, l’écrivaine s’est appuyée sur plusieurs démarches. Premièrement, l’analyse des tableaux dont il est question dans le roman lui a donné de précieuses informations sur l’habillement de l’époque ou encore l’ameublement des pièces. Mais elle ne s’est pas arrêtée à une source visuelle. Pour les vêtements, elle a sollicité l’expertise d’une reconstitutrice française spécialisée dans les habits du XVIᵉ siècle. Pour l’orfèvrerie, un artisan travaillant à la manière médiévale lui a prodigué ses conseils, tandis qu’une enlumineuse l’a guidée sur la peinture, tout comme son père, lui-même artiste peintre.
J’essayais d’avoir quelques experts quand même pour ne pas trop dire de bêtises - Nadia Pla
Une perle rouge aux diverses significations
Au cœur du récit, une mystérieuse perle rouge agit comme un fil conducteur de l’ouvrage. Un objet qui a une double signification : il est à la fois réel et symbolique. Chaque personnage y projette ses désirs. Certains, en quête de pouvoir ou de richesse, y voient un moyen d’assouvir leurs ambitions, d’autres y perçoivent un talisman pour la santé, ou encore la considèrent comme l’emblème de l’amour.
Nadia Pla choisit la cornaline pour représenter cette perle rouge. Par la beauté du nom, mais aussi parce que la cornaline est souvent utilisée pour tout ce qui est régulation des maux féminins, un lien direct avec sa thèse sur les menstruations.
L’idée de la perle rouge comme ligne directrice de son roman lui est venue à la suite de la rencontre de deux tableaux. Après avoir écrit une nouvelle sur le portrait de Magdalena Luther par Lucas Cranach l’Ancien, un tableau qu’elle trouvait sombre, elle a décidé de l’associer avec le tableau de Max Ernst : Au premier mot limpide. Un tableau où l’on voit une main essayer d’attraper une boule rouge à travers un mur.
Le hasard a rendu l’histoire encore plus surprenante. Elle a découvert après coup que Max Ernst était né près de Cologne et que Barthel Bruyn avait un atelier nommé La Petite Escarboucle, une pierre rouge.
Dix ans de travail patient
L’écriture de La Perle rouge a été un projet qui s’est étalé sur dix ans. Il a fallu à Nadia Pla deux à trois ans pour établir le plan global et se documenter, avant de passer à la phase d’écriture qui a duré trois à quatre ans. Viendra ensuite une longue période de relectures et de corrections.
Le gros défaut qu’avait le livre, et qu’il a encore un petit peu, c’est qu’il y a un peu trop de remarques érudites par rapport à la fiction, donc j’ai essayé de supprimer ça pour que ce soit un peu plus fluide. J’ai fait beaucoup de relectures pour vérifier la cohérence - Nadia Pla
Les premiers retours, essentiellement de son entourage, sont positifs. Plusieurs lecteurs ont souligné le caractère prenant du roman et sa facilité de lecture, malgré une entrée en matière complexe. Les rencontres avec le public devraient prochainement prolonger cet accueil positif.
Quant à elle, Nadia Pla travaille à la publication d’un ouvrage documentaire issu de sa thèse. Un nouveau roman est également en préparation : il portera sur Sébastien Stoskopff, peintre alsacien du XVIIe siècle.
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