TEST: 3873

Dans l’ombre de Chiang Mai, Lamphun se cherche une nouvelle jeunesse premium

Par Catherine Vanesse | Publié le 28/02/2022 à 00:00 | Mis à jour le 28/03/2022 à 06:13
Photo : Catherine Vanesse - Tous les vendredis soir, la vieille ville de Lamphun semble sortir de sa torpeur le temps du marché de nuit hebdomadaire
marche-nuit-lamphun

Ville ancienne et vieillissante oubliée dans l’ombre de Chiang Mai, Lamphun semble bénéficier aujourd’hui de nouvelles forces vives qui pourraient lui permettre de conquérir le cœur des jeunes.

Lamphun est peut-être la plus petite province du nord de la Thaïlande, mais elle possède une grande richesse historique et culturelle, son chef-lieu éponyme étant une ancienne capitale régionale fondée il y a plus de treize siècles.

La province est également connue pour ses importantes cultures de longanes et son parc industriel avec près de 900 usines. Située à seulement 25 kilomètres de la "ville nouvelle" Chiang Mai, Lamphun est éclipsée par l’attractivité de cette dernière, et d’ailleurs nombre de personnes qui y ont leur travail vivent dans la Rose du nord. 

Mais celle qui fut connue sous le nom d’Haripunchai, capitale du royaume du même nom, entre le IXe et le XIIIe siècle, mérite mieux, estime Chaiyong Ratana-Angkura, directeur du Lamphun City Lab, une association ayant pour objectif d’être un centre de réflexion et de développement de la ville. Ancien directeur du Thailand Creative and Design Center (TCDC) à Bangkok, initiateur de la Chiang Mai Design Week et ancien rédacteur en chef du magazine Wallpaper, Chaiyong est revenu dans sa ville natale en 2019, après plus de 30 années dans la capitale, pour ouvrir la première galerie d’art de Lamphun, The Temple House, et tenter de redynamiser et rajeunir l’image de l’ancienne capitale môn. 

L’un des plus forts taux de vieillissement en Thaïlande

Car Lamphun fait face à un vieillissement important de sa population. Selon le Département des personnes âgées (DOP - Departement of Older Persons), 38% des habitants de la vieille ville ont plus de 60 ans. Sur l’ensemble de la Thaïlande, Lamphun se classe en deuxième position des provinces ayant le plus fort taux de vieillissement juste après Lampang. 

Lamphun est une vieille ville avec une population âgée et où souvent les jeunes, après être partis étudier à Chiang Mai ou Bangkok, ne reviennent pas par manque d’opportunités professionnelles, et aussi parce qu’il y a peu de choses à faire”, déplore Chaiyong. 

Absence de centres commerciaux, de cinémas, de salles de concerts ou d’expositions, de bars sont autant de freins pour les travailleurs des usines environnantes pour s’installer à Lamphun. Beaucoup préfèrent acheter ou louer une maison à Chiang Mai et faire la navette tous les jours pour aller travailler. 

Des vents favorables issus de la crise du Covid

“L’ouverture de la galerie-café The Temple House en 2019 a été une première étape pour rendre la ville plus vivante, depuis d’autres lieux ‘plus jeune’ ou ‘plus branchés’ ont suivi. Le Covid-19 a ramené de nombreux jeunes en ville”, commente celui qui est également conseiller en développement urbain pour la compagnie ThaiBev, géant thaïlandais des boissons. 

Chaiyong Ratana-Angkura
Avec son café-galerie, Chaiyong Ratana-Angkura espère encourager et inciter d'autres initiatives similaires à Lamphun. Photo Catherine Vanesse

Depuis le début du Covid-19, un peu partout en Thaïlande, de nombreuses personnes ayant perdu leur emploi sont en effet rentrées dans leur ville natale tandis que la tendance au télétravail pousse les autres à travailler d’où ils veulent. 

Sarin Pinthukart, un artisan chocolatier, a décidé d’ouvrir un salon de dégustation de chocolat à Lamphun en avril 2021 après avoir travaillé pendant plusieurs années en tant que graphiste tout en faisant tourner un café dans le quartier Nimmanhemmin à Chiang Mai. “Avec la fermeture de mon café à Chiang Mai à cause du Covid-19 et l’impossibilité de participer à des foires ou des festivals pour vendre mon chocolat, j’ai décidé d’ouvrir ma boutique Tarm à Lamphun dans le centre historique. Je viens d’ici, donc c’est assez confortable et moins cher pour démarrer un nouveau business”, explique le jeune homme de 34 ans. 

À quelques pas de Tarm, le café-bar Yann a également ouvert pendant le Covid-19. Niché à l’étage d’une maison construite dans les années 1960, Yann exploite jusque dans sa décoration le côté "vintage" (ancien) du lieu pour séduire un public jeune. Juste à côté des murailles de l’ancienne ville, Joyyy est à la fois un café-restaurant-bar et un espace de télétravail installé là aussi dans une ancienne maison. Chez Joyyy, on croise tout autant un groupe d'amis en train de se prendre en photo que des Thaïlandais concentrés derrière leur ordinateur. 

Sarin Pinthukart, artisan chocolatier
Sarin Pinthukart, artisan chocolatier derrière la marque Tarm a choisi de revenir s'installer dans sa ville natale. Photo Catherine Vanesse

L’attrait du bâti ancien chez les jeunes Thaïlandais

Pour Chaiyong, ces lieux témoignent avant tout d’un intérêt des plus jeunes à préserver l’héritage architectural de Lamphun : “Les baby-boomers ont souvent tendance à détruire complètement leur maison parce qu’elles sont trop anciennes ou ne correspondent pas aux normes de modernités qu’ils imaginent. C’est ainsi que de nombreuses maisons ont été détruites à Lamphun. Les jeunes de 20 ou 30 ans ont conscience de la valeur de cet héritage architectural et vont plutôt les moderniser sans modifier la structure initiale”. 

L’association Lamphun City Lab a offert au début de l’année 2021 des bourses à des étudiants en architecture de l’université de Chiang Mai afin de réaliser un compte-rendu typographique de la ville, mais aussi pour faire des propositions sur des aménagements utiles et comment reconvertir l’ancienne mairie en un espace public. 

“Après les enquêtes menées par les étudiants, il ressort que les habitants aiment vraiment leur ville, mais que l’on pourrait ajouter des espaces verts, des lieux pour écouter de la musique, des skates parcs, un cinéma, etc. Notre rôle avec Lamphun City Lab va être de discuter avec les autorités provinciales afin d’évaluer ce qui peut être fait et les guider pour que les aménagements répondent réellement aux besoins de la population”, précise le directeur. 

Pour attirer l’attention sur Lamphun et montrer qu’elle a autant à offrir que sa voisine Chiang Mai, Lamphun City Lab espère organiser un festival d’art en novembre ou décembre 2022, pour montrer que la ville est remplie de talents et d’artistes locaux. 

catherine_vanesse-LPJ-Bangkok

Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
0 Commentaire (s) Réagir