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Un voyage différent vers les collines Chin (2/4)

Par Martin Michalon | Publié le 23/11/2017 à 20:00 | Mis à jour le 23/11/2017 à 20:00
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Il est six heures du matin, l’horizon ne fait que pâlir à l’Est, mais déjà je dois m’employer à démarrer ma fidèle moto. Les phares percent l’obscurité mauve des rues de Kalay, grosse bourgade étendue en longues artères plates et sans charme au pied des collines de l’état Chin. Ma destination : la ville de Tiddim, perchée sur les brumes du Nord, halte sur la route de l’Inde, longtemps peu accessible aux étrangers.

Mais déjà la route s’élève en lacets soutenus, tandis qu’un soleil éteint apparaît sans conviction au bout d’un ciel gris et lourd, comme posé en équilibre sur les colonnes de fumée qui montent des toits.   

A l’abri d’un très modeste teashop martelé de pluie et éclaboussé de boue, le contraste apparaît clairement avec la Birmanie centrale poussiéreuse qui m’a amené ici. Les murs de planches bien agencées et bien jointées, le foyer de terre devant lequel se tendent les mains engourdies, la patine de suie qui brunit les habituels posters chinois de paysages trop colorés, les ramenant en quelque sorte à la réalité : tout cela parle d’hivers froids et difficiles. Quant à la patronne des lieux, aux joues rondes et roses comme des pêches, chaudement habillée, riant de grands panaches de vapeur, elle évoque plus une robuste Sherpani népalaise qu’une paysanne de Sagaing ou de Monywa.

Cette touche himalayenne se retrouve dans l’odeur entêtante et les fleurs écarlates des rhododendrons dominant des vallées encaissées : entre les écharpes de brume, un étroit cours d’eau et un jaillissement de pentes sans répit. Parfois, sur un versant, une cabane de bois et un lopin de maïs arrachés à la gravité. Le mince ruban d’asphalte est entrecoupé de chantiers titanesques : il faut alors mettre pied à terre pour un temps incertain. Telles des insectes aux carapaces luisantes et gémissantes, des pelleteuses agrippées à la pente s’affairent à tailler des degrés colossaux dans la pente tandis que des cantonniers maigres, masse à la main, réduisent en gravier des blocs de granite gros comme des machine à laver. 

Crédit: Martin Michalon

Au détour d’un virage, ce que l’on me désigne avec un clin d’œil complice comme une Chin car : un assemblage miraculeux de bois vrillé, une planche où s’asseoir et un volant, actionnant par le biais récalcitrant de quelque cordelette, des rondelles de bois entourées de caoutchouc et faisant office de roues. Une bande de gamins tire péniblement cet attelage d’un autre temps et y charge du bois de feu sur une hauteur déraisonnable, avant de se jucher dessus avec gourmandise et de redescendre vers leur village, haillons claquant au vent, les yeux brillants, fendus de rire. 

Enfin, une couronne de toits au sommet d’une crête fauve : Tiddim. Les rez-de-chaussée sont de briques, formant parfois d’élégantes arcades mélancoliques ; les étages de bois, eux, brillent de tons délicieux, allant du bleu tendre au jaune citron ; les toits à quatre pentes sont souvent ourlés de frises en bois ciselé. Couleurs vives et arcades ; bois sombre et cheminées : des airs de Caraïbes et de Jura, un mélange étonnant et savoureux. Par endroits, des entrepôts voûtés aux briques rongées par le temps évoquent l’ère coloniale, les administrateurs à moustaches et les caravanes de mules vers l’Inde. 

Derrière un rideau de pluie, une gargote où les conversations vont bon train dans une  mêlée de langues chin; les bonnets se penchent au-dessus des bols fumants de porridge au maïs, on se brûle gaiement la langue. Devant une boutique, un commerçant remplit les vastes bâts en bambou tressé de sa moto : le seul moyen de ravitailler son village, au bout d’une piste étroite et glissante. 

Crédit: Martin Michalon

Si l’influence birmane se fait encore bien sentir, les alphabets inconnus qui apparaissent sur certaines devantures, les dialectes qui roulent dans l’air humide et les églises pastel nous rappellent que nous sommes bien dans l’État Chin. Et puis la présence palpable de l’Inde toute proche : les emblématiques paquets de biscuits Parle-G à cinq roupies garnissant les étagères des boutiques locales ; les camions chargés de riz se dirigeant vers l’Ouest. Enfin l’influence occidentale, et plus précisément celle des missionnaires américains. Ici, des milliers de jeunes vont au séminaire, à la chorale, aux cours de théologie, et viennent grossir les rangs de cols romains et de franges sérieuses en première page des calendriers religieux qui ornent tous les intérieurs, même les plus rustiques, le plus souvent aux côtés de Christs format A3, voire d’un poster des 44 présidents des Etats-Unis.

Oui, je suis encore en Birmanie, mais dans cette Birmanie reculée, métissée, composite et surprenante que j’aime tant et qui donne sa richesse au "pays d’or".

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