Jeudi 29 octobre 2020

Un ex-détenu raconte le rackett et la drogue dans les prisons

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 18/05/2020 à 23:00 | Mis à jour le 19/05/2020 à 10:32
Photo : L'entrée de la prison de Mawlamyine
L'entrée de la prison de Mawlamyine en Birmanie

C’est un secret de polichinelle que les prisons birmanes sont le lieu de trafics multiples, et notamment qu’un prisonnier suffisamment riche pour payer ses gardiens échappera à toutes les corvées du quotidien. Mais peu ou pas de témoignages étaient écoutés ou entendus sur ce sujet, d’autant que les condamnés en ayant profité faisaient profil bas lors de leur sortie de prison et que de toute façon les médias faisaient peu écho à ce genre d’affaire de droit commun, portant beaucoup plus leur attention sur les prisonniers considérés comme politiques. Mais voilà que l’arrivée et l’usage des réseaux sociaux associé à la grâce présidentielle de 25 000 prisonniers d’avril dernier pour le nouvel an bouscule un peu le cocotier…

Le journal en ligne Myanmar Now raconte ainsi que San Win, un vieux de la vieille des geôles du pays – condamné pour vol à 36 ans de prison en 2009, passé par les établissements de Myinchan, Insein, Myaungmya et Hinthada avant d’aboutir à Mawlamyine, un véritable tour de Birmanie de ces pénitenciers fameux – s’est confié après sa grâce à un média de la capitale de l’état Mon juste avant de repartir dans son village d’origine, du côté de Mandalay.

 

Payer 200 000 kyats ou devoir faire du travail forcé

Selon l’ancien détenu, les pilules de méthamphétamine pullulent dans les prisons, que ce soit d’ailleurs à Mawlamyine, où elles s’obtiennent pour à peine 5 000 kyats (un peu plus de 3 euros) le cachet, ou dans les autres prisons où il a résidé. Pour la médecin Nang Pann Ei Kham, militante au sein de l’organisation de la vie civile (OSC) Groupe pour une politique autour de la drogue, « il n’y a rien d’étonnant a ce que la drogue circule ainsi dans les prisons : la plupart des prisonniers sont condamnés pour des crimes liés à la drogue, que ce soit du trafic ou de la consommation ». De fait, le trafic de drogue est la principale cause de condamnation en Birmanie aujourd’hui, et un rapport des Nations Unies paru le 15 mai dernier affirme que « dans toute l’Asie du Sud-Est, le trafic de drogue n’a jamais été aussi florissant et répandu », ce qui s’accompagne aussi d’une recrudescence de la consommation, et des crimes commis sous stupéfiant…

San Win rapporte ensuite des faits plus spécifiquement liés à la prison de Mawlamyine. Les personnes provisoirement incarcérées en attendant leur procès – une pratique généralisée en Birmanie - étaient forcées à travailler à moins de s’acquitter d’une somme de 200 000 kyats (environ 135 euros). Quant aux condamnés, ils évitaient les travaux forcés pour 200 000 à 300 000 kyats (135 à 200 euros). Des révélations qui ont entraîné une réaction des autorités fédérales.

 

Des sanctions seront-elles réellement prises ?

Le directeur-adjoint de la Direction des prisons a annoncé qu’une enquête par les services compétents allait être ouverte et que, si les dénonciations de San Win s’avéraient, des sanctions seraient prises. « Mais il ne faut pas perdre de vu qui est cet ancien détenu, un criminel bien connu que l’on ne peut pas croire sur parole ». Une prudence en effet nécessaire et normale, même si le témoignage perturbe beaucoup public et officiels par ses détails, les noms qu’il donne et sa manière très claire d’expliquer les circuits de paiement et d’acheminement des drogues notamment. Un point qui sera facile à vérifier est l’assertion que les gardiens prélevaient 10 % de l’argent que les familles donnaient aux prisonniers pour améliorer leur ordinaire, et demandaient de surcroîts aux détenus de payer pour les services de base du pénitencier : 7 000 kyats pour jeter leurs déchets à la poubelle, 2 000 kyats pour accéder aux toilettes, 5 000 kyats pour prendre une douche… Reste à savoir si une fois le scandale passé, des sanctions seront réellement prises et une réforme du système de détention entreprise. La Birmanie compte aujourd’hui de l’ordre de 65 000 places de prison disponibles pour environ… 65 000 prisonniers. La grâce présidentielle du 17 avril dernier a en effet permis de désengorger les geôles du pays.

 

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