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Un an de travaux forcés pour s’être moqués des militaires

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 31/10/2019 à 22:00 | Mis à jour le 31/10/2019 à 22:00
Photo : Des membres de « Génération du paon » arrivant au tribunal, mercredi 30 octobre
Des membres de generation du paon arrivant au tribunal, mercredi 30 octobre en Birmanie

« Faite l’humour, pas la guerre » n’est pas encore vraiment une maxime birmane, la Birmanie demeurant un pays où il n’est guère facile de trouver un général doté du sens de l’humour, et guère plus facile de trouver un tribunal réellement indépendant… Cinq membres de la célèbre troupe satirique « Génération du paon » viennent de l’apprendre à leur dépend en étant condamnés à un an d’emprisonnement assorti de travaux forcés. Ils sont incarcérés depuis déjà six mois de manière « préventive », depuis que le 10 avril dernier, alors que dans une ambiance festive tout le pays se préparait à célébrer Thingyan (le festival de l’eau, principale fête en Birmanie), ils se sont, dans un de leurs spectacles, moqués de hauts gradés de l’armée birmane et des 25% de députés militaires désignés sans élections, conformément à la controversée constitution actuelle.

En mêlant danse, mime, musique et poésie, suivant les codes de la tradition birmane, les cinq satiristes ont fait rire la foule en ironisant sur les liens entre tous ces militaires de haut rang et de nombreuses entreprises dont les bénéfices sont censés profiter aux hommes de troupes… et ne leur profitent pas tant que cela. Un mélange des genres qui a conduit à l’enrichissement personnel de bien des officiers supérieurs si l’on en croit un rapport récent d’une commission des Nations-Unies. Un mélange des genres qui est aussi un sujet de plaisanterie absolument banal au sein de la population.

Mais cela n’a pas fait rire les gradés en question, et le lieutenant-colonel Than Tun Myint, appartenant à la région militaire de Yangon, a porté plainte contre les artistes pour avoir « insulté l’armée et porté atteinte à sa dignité » lors de leur performance. Et le tribunal de Mayangon a donné raison au lieutenant-colonel en jugeant le 30 octobre 2019 que les humoristes avaient bel et bien « fait circuler des informations susceptibles de mettre en danger ou de démoraliser des militaires, et que le spectacle avait pour objectif de pousser des officiers à remettre en cause leur devoir, ce qui aurait pu entraîner une mutinerie ». Condamnation à un an de travaux forcés. La peine maximale encourue était de deux ans de prison. La libération sous caution n’est pas possible pour ce genre de « crime ».

Pour le lieutenant-colonel Than Htun Myint, « justice a été rendue. Les gens ne doivent pas se cacher derrière la bannière des ‘droits humains’ pour critiquer des soldats qui se battent en première ligne au risque de leur vie. Nous nous en sommes remis à la justice et nous sommes satisfait du verdict ». Ni le lieutenant-colonel, ni aucun des responsables militaires visés lors du spectacle ne combattent en première ligne…

Autre son de cloche du côté des ONGs de défense des droits humains et de la liberté d’expression. Pour Maung Saungkha, de Athan (la voix, en birman), une ONG birmane, « ce verdict est la preuve indubitable que la répression de la liberté d’expression en Birmanie n’a pas pris fin avec la dictature militaire ». Et pour Joanne Mariner, juriste à Amnesty International, « ce verdict est scandaleux. Punir des gens pour une performance satirique traditionnelle en dit long sur l’état de la liberté d’expression en Birmanie. Ce sont des prisonniers de conscience qui ont déjà passé six mois de trop derrière les barreaux, juste parce que les autorités birmanes sont trop susceptibles pour accepter la moindre critique ».

Plusieurs autres membres du groupe font actuellement face à cette même accusation d’avoir « insulté l’armée et porté atteinte à sa dignité » car la même pièce satirique a été jouée dans plusieurs autres lieux de Yangon. Et les autorités utilisent aussi la tristement célèbre loi 66(d) sur les télécommunications qui permet de poursuivre quelqu’un pour la diffusion de son œuvre sur internet… par quelqu’un d’autre ! Ici, comme les shows ont été filmés par téléphone cellulaire et diffusés sur Facebook, des militaires attaquent « Génération du paon » pour diffamation en utilisant cette loi. L’un des condamnés a rappelé que le paon est l’emblème de la Birmanie et que « la troupe ne cesserait jamais d’aimer son pays et de se battre pour un changement de la constitution, pour que les militaires arrêtent de se mêler de politique ».

Pour Joanne Mariner, « les autorités doivent immédiatement annuler cette condamnation, laissez tomber toutes les autres plaintes en cours contre ‘Génération du Paon’ et libérer tout de suite les détenus. Avec des élections générales qui arrivent en 2020, le gouvernement dirigé de fait par Aung San Suu Kyi doit faire usage de tout le pouvoir législatif dont il dispose pour abroger ou amender toutes les lois qui limitent sans raison la liberté d’expression. »

Peu probable qu’elle soit entendue si l’on se fie à la déclaration de Kyaw Tin, le ministre birman de la Coopération internationale, samedi 26 octobre à Bakou lors du 18ème sommet des pays non-alignés, qui se tenait en Azerbaïdjan. Selon lui, « le peuple birman bénéficie de toujours plus de liberté et de droits démocratiques depuis l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement civil voilà presque quatre ans ».

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