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A Myawady, le gouvernement impose des limites au commerce transfrontalier

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 14/06/2021 à 22:00 | Mis à jour le 15/06/2021 à 11:10
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Officiellement afin « de renforcer les contrôles sanitaires et limiter les sorties de devises », Nay Pyi Taw a interdit l’entrée par voie terrestre de produits tels que le savon sur son territoire.

Le nouveau gouvernement commence à avoir recours à une vieille recette historique pour faire face à la crise économique qui s’installe désormais en Birmanie : l’isolationnisme. Un isolationnisme très relatif quand même, qui répond autant à une situation sécuritaire et politique qu’à un défi économique.

 

Favoriser le transport maritime

Globalement, les autorités essaient de limiter le commerce par voie de terre pour favoriser celui par voie de mer, plus facilement contrôlable car les ports et les douanes sont depuis longtemps sous contrôle militaire ou assimilé, bien avant la prise de pouvoir de l’armée par la force le 1er février dernier.

Autre raison pour favoriser le trafic maritime : la plupart des voies terrestres d’approvisionnement sont aujourd’hui sous le feu ou le contrôle de mouvements combattants ethniques – plusieurs camion-citerne d’essence ont par exemple été détruit par des combattants ethniques sur la principale route entre la Chine et la Birmanie – et les trafics frontaliers non-contrôlés alimentent aussi les caisses des nombreuses milices locales qui depuis des années relèvent souvent autant du mouvement rebelle que de l’organisation mafieuse.

 

Garder les devises dans le pays

Cette porosité des frontières et la crise économique ont d’ailleurs amené l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (United Nations Office on Drugs and Crime, UNODC) à lancer un avertissement voilà quelques jours : depuis 2014, la production d’opium en Birmanie a régulièrement baissé mais avec de plus en plus de chômeurs dans le pays, l’organisme estime que le risque est grand d’une production qui repart à la hausse. « L’opium est une économie de la pauvreté », explique un représentant de UNODC, « et pour beaucoup de fermiers qui perdent les débouchés de leurs produits normaux avec la crise, c’est une solution tentante ».

Parmi les premières cibles des mesures limitant le commerce frontalier, la ville de Myawady, entre la Birmanie et la Thaïlande, qui est un double objectif pour le nouveau gouvernement puisque d’une part une grande quantité de biens transite en ce lieu – de l’ordre de 400 camions-remorque chaque jour - et d’autre part toute cette zone est proche des territoires contrôlés par la Karen national union (KNU), dont l’une des brigades armées – la numéro 5 – combat ouvertement l’armée régulière birmane. Les produits interdits ne sont pas ceux auxquels ont pense immédiatement mais ils représentent de grandes quantités et donc beaucoup de devises que le nouveau gouvernement cherche à garder dans le pays. Ainsi, l’interdiction d’importation porte sur le savon, la pâte dentifrice, la lessive, le café et le thé instantanés, les boissons gazeuses, le lait condensé, etc. Officiellement, l’objectif est de « limiter les risques de Covid-19, appliquer enfin les règles sanitaires, utiliser moins de devise et de protéger les producteurs locaux contre une concurrence agressive ».

Concrètement, le commerce local transfrontalier a baissé de 50% après ces mesures, même si « beaucoup de produits continuent à passer légalement, comme le ciment » explique un douanier au quotidien Eleven. Et dans Myanmar Alinn, un dirigeant birman d’affirmer que « dans les ports, les contrôles sanitaires sont plus efficaces car les équipements sont meilleurs. C’est pourquoi nous voulons favoriser le trafic par voie maritime. C’est aussi un meilleur moyen de limiter la contrebande ».

Les grossistes de Myawady relèvent eux que tout cela va leur coûter cher et qu’ils seront donc obligés de le répercuter sur leurs prix de vente. « Tout d’abord, la plupart de nos contrats sont à terme et donc nous devons les honorer même si les interdictions sont elles venues brusquement. Cela nous coûte des amendes du côté Thaïlandais. Ensuite. Par voie de mer, cela signifie louer de nouveaux entrepôts alors que les ports sont souvent saturés, donc plus de coûts, de manutention et de transport puisque ces zones de stockage sont de plus en plus loin des quais. Ensuite, les délais sont supérieurs par mer que part terre et donc l’argent bloqué dans les stocks va tourner moins vite, ce qui coûte encore », estime un grossiste de Myawaddy dans Karen news. Au final, affirme un autre grossiste, « tout cela va juste augmenter les prix et faciliter la contrebande et les trafics en tout genre, qui sont déjà nombreux ».

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