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L’engagement punk : Food and Books not Bombs

Par David Hardillier | Publié le 10/01/2018 à 20:00 | Mis à jour le 22/01/2018 à 05:01
L’engagement punk : Food and Books not Bomb en Birmanie

En Birmanie, nombre d’ONG sont présentes pour aider les populations locales. Certaines viennent en aide au développement d’entreprises, à l’éducation ou aux personnes dans le besoin. Mais il n’est nul besoin d’appartenir à une ONG pour venir en aide aux plus démunis comme le montre la communauté punk de Yangon qui s’est organisée depuis plusieurs années et à créée, entre autres, le programme Food Not Bombs. Rencontre avec Kyaw Kyaw, fondateur du programme et Min Sid, membres de la communauté punk de Yangon.

2007, la Birmanie connait une vague de protestation sanglante. Le jeune Kyaw Kyaw, la vingtaine, vit de près ces évènements et comme beaucoup de ses compatriotes en ressort profondément marqué; "Je ressentais à la fois de la peur, de la tristesse mais aussi de la colère" commente t-il. Aujourd’hui à 30 ans, il a mit ses émotions non pas au profit d’une lutte frontale mais plutôt au service de la communauté. L’homme tatoué et à la crête rouge est le chanteur et guitariste du groupe de musique punk Rebel Riot. Par le biais de la musique, il veut rassembler les gens autour de cette passion. Faites de la musique, pas la guerre  pourrait être le message sous-jacent. Selon lui, la musique est un des vecteurs de rassemblement autour de valeurs nobles. Lors des concerts organisés un peu partout en Birmanie , mais aussi à l’étranger, un discours de paix et de partage accompagne les riffs saturés des guitares et les textes engagés. On ne parle pas ici de violence,  mais plutôt d’entraide,de solidarité et d’engagement face à une situation qui ne lui convient guère. 

Mais dénoncer et décrier est une chose, agir et trouver un moyen de changer les choses en est une autre. Fort de ce constat, une nouvelle initiative germe au sein de la communauté punk qui va déboucher sur la création de Food Not Bombs. Le principe est on ne peut plus simple; distribuer à ceux qui en ont besoin nourriture, eau ou produits de première nécessité. Ainsi, tous les lundis soirs, à 20h, un rassemblement composé de birmans, d’étrangers, punks ou non, se forme près de la pagode Sule et la maraude commence. Entre dix et quinze personnes se retrouvent à cette occasion. Mais attention "il ne s’agit pas de charité, mais d’une activité révolutionnaire, on souhaite montrer que notre humanité est toujours présente". Pour acheter tous ces produits, le programme Food Not Bombs s’appuie sur des donations privées mais également des fonds provenants de la petite entreprise crée par la communauté Rebel Screen Printing, un endroit où vous pourrez imprimer des t-shirt personnalisés et trouver des accessoires punk. Les personnes qui y travaillent sont issus de la communauté punk mais pas que, d’autres personnes sans travail y officient également. Une autre corde à l’arc de Kyaw Kyaw et de la communauté punk. Grâce à cette entreprise où personne n’est chef mais tout le monde dirige, la communauté peut subvenir à ses besoins ainsi qu’aux plus démunis. Là encore, au sein de l’entreprise, c’est l’entraide qui est l’idée dominante. 

Après la musique, la distribution de denrées et l’entreprenariat, la communauté punk s’est lancée dans le programme Books Not Bombs, sur la même idée que Food Not Bombs. Ainsi, les punks de Yangon viennent en aide aux enfants n’ayant pas accès à l’éducation et au matériels nécessaires à l’apprentissage. Car la solution vient effectivement des plus jeunes. "La révolution viendra des enfants, ce sont eux la clé" m’explique Kyaw Kyaw. Ce sont eux qui, en ayant reçu une éducation prônant l’amour, la gentillesse et la compassion, feront en sorte que tout le monde soit accepté tel qu’il est, sans distinction de race, de religion ou d’origine ethnique. Car c’est bien là que se trouve le noeud du problème. C’est le but à atteindre de la communauté: changer les mentalités. Et même si elle sait pertinemment qu’elle ne sauvera pas le monde, au moins, si quelques personnes sont réceptives à ces bonnes idées, de proche en proche, elles pourront se diffuser plus largement.

De la même manière que Kyaw Kyaw, Min Sid est membre de la communauté punk de Yangon. Il a vingt et un ans et joue dans un groupe de musique, Disculture. Il a rejoint le programme Food Not Bombs il y a deux ans. Venir en aide aux plus démunis au sein de la communauté est une évidence dans son esprit. Même s’il rêve d’un avenir tout autre: quitter la ville et s’installer loin de l’agitation, construire sa maison et cultiver son jardin pour subvenir à ses besoins journaliers. Une vie simple en somme. Mais rien n’est facile et il lui faudra attendre de réunir quelques économies avant de réaliser son rêve. Il a abandonné son métier de tatoueur pour fabriquer et installer des fenêtres et des contours de porte en aluminium, plus rémunérateur. Min Sid me parle également d’intégration. En effet, le look punk en Birmanie ne passe pas inaperçu même si lors de notre entrevue, rien ne laissait présager son appartenance à la communauté, en concert ou durant les maraudes, entre le blousons en cuir clouté, la multitude de patch et les grosses chaussures en cuire, l’homme est tout autre et détonne dans le paysage local. "Les gens me prennent pour un fou, se demandent ce que je fais là" explique t-il. Mais qu’importe, l’important n’est pas la tenue vestimentaire même si cela marque l’appartenance au groupe, l’important est le message à faire passer et l’attitude à adopter face à la situation des plus pauvres en Birmanie. Toutes les semaines, ils sont reconnus par ceux qui les attendent dans les quartiers de Downtown ou Hledan.

Plus récemment, Kyaw Kyaw et Min Sid se retrouvent autour du projet DIT: Do it Together, un nouveau projet musical rassemblant des musiciens venus d’horizons musical plus large, afin d’élargir encore un peu plus la diffusion de ces belles idées humanistes. Et tous les trois mois, ils vont dans des villages à l’extérieur de Yangon, vont passer du temps avec les enfants, jouant de la musique avec eux et par la même occasion, apporter tout ce qui peuvent les aider au quotidien. "Je souhaite laisser quelque chose après ma mort" conclut Kyaw Kyaw.

Vous pouvez retrouver toutes les informations nécessaires sur la page du groupe:
Rebel Riot
Food Not Bombs
Rebel Screen Printing

 

 

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