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Le poème de la discorde

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 23/06/2019 à 14:51 | Mis à jour le 28/06/2019 à 11:39
Photo : Le début du célèbre poème sur le cigare de la poétesse de Birmanie Mae Khwe
poème Je t’offre ce cigare

Un programme scolaire constitue un outil idéologique majeur susceptible de cristalliser les angoisses, les colères ou les différences politiques des acteurs sociaux, les débats récurrents en France sur les programmes d’histoire en témoignent. La Birmanie n’est pas en reste et vient de vivre une petite tempête autour d’un classique de sa littérature, le poème “Je t’offre ce cigare”.

L’œuvre de la poétesse Mae Khwe (1781-1836) est normalement au programme des scolaires de ce qui en France serait la 4ème et qui en Birmanie forme le Grade 8, les enfants de 13-14 ans. Mais il en a été subrepticement retiré, officiellement au niveau administratif et sans que le ministre ne le sache. Lequel ministre s’est du coup retrouvé à faire face à l’ire de défenseurs de la culture birmane furieux de cette éviction et dont la désapprobation a rapidement explosée sur Facebook, dans des termes parfois violents... et peu poétique! Les lignes amoureuses de Mae Khwe conte la dévotion d’une femme pour son amant parti au loin, pour qui elle prépare un cigare en cueillant elle-même les feuilles de tabac, en les séchant sous ses draps et en les découpant avec ses dents avant de les lier avec du coton et de le garder pour lui afin de pouvoir le lui offrir. Ce ne sont pas les sous-entendus grivois du texte qui ont dérangé les censeurs mais la crainte que le poème “incite les jeunes à fumer”. En Birmanie, presque un quart des 52 millions d’habitants s’adonne au tabac, lequel prélève 65 000 vies par an, mais aucun programme sérieux de lutte contre le tabagisme n’existe. Plusieurs personnalités nationales se sont érigées contre le politiquement correct de ce retrait, pris au risque que les enfants ne lisent jamais ce chef-d’œuvre de la poésie de cour. Devant la levée de bouclier, le ministre a donc imposé à son administration que le poème reviennent au programme, mais ce sera au niveau du Grade 10, soit l’équivalent de la seconde en France, un âge que les censeurs jugent suffisant pour que les jeunes fassent la part des choses. Comme quoi il faut toujours encourager à l’ire...

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