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« Le français, c’est presque une langue artistique pour moi ! »

Par Ludivine Paques | Publié le 27/11/2019 à 22:00 | Mis à jour le 27/11/2019 à 22:00
reportage cours de francais en birmanie

Les tongs s’alignent sagement à l’entrée de la classe de Grade 7 – l’équivalent de la 5ème française. En pénétrant dans la classe, la moquette bleue étouffe le bruit des pas. Les élèves s’installent avec enthousiasme, puis se lancent les uns les autres un « Bonjour, ça va ? » des plus entraînants. La salle qui regroupe la trentaine d’élèves du cours de français de l’établissement TTC, sur Pyay Road, est équipée d’un tableau blanc et décorée de cartes de France qui ne dépareraient aucune école primaire de l’hexagone. L’ambiance est effervescente mais reste suffisamment calme – les élèves ont le sourire aux lèvres.

Sur une phrase de l’enseignante, ils ouvrent leur manuel sur la leçon d’aujourd’hui : lier les drapeaux des pays voisins de la Birmanie avec leur nom français : le Vietnam, la Chine, le Japon, la France, la Thaïlande… A chaque consigne édictée en français, l’enseignante vérifie la bonne compréhension des élèves par un « ça va ? » à la volée, auquel les élèves répondent par un « oui, ça va » en chœur. Dans ce manuel, élaboré par les équipes pédagogiques de l’Institut français de Birmanie (IFB), sur la base d’un manuel créé au Vietnam, les consignes sont en français. Les clics des stylos de l’IFB résonnent dans le silence tandis que chacun se penche sur son cahier. Les élèves sont équipés de carnets estampillés de l’Institut, jusqu’au sac pour certains, cadeaux de la coopération française.

A Yangon, TTC est la seule école du nouveau programme d'enseignement du français où deux professeures alternent les classes. Ce jour-là, c’est May Htet Aung qui assure la leçon, pendant que Thu Htet Oo apporte son aide pour corriger les exercices et répondre aux questions des élèves. Au premier exercice donné – relier les drapeaux à leur pays -, les murmures vont bon train, et les deux enseignantes passent entre les tables pour se pencher sur les cahiers et vérifier les bonnes réponses. Les élèves sont répartis par tables de 4 à 5. Peu d’aide est apportée – l’exercice est complété en quelques minutes.

Puis vient le moment de la correction. « Je voudrais un volontaire », lance May Htet Aung. Toutes les mains se lèvent, sans exception, ponctuées d’éclats de rires. « Parlez plus fort », encourage l’enseignante. La différence entre les articles « le » et « la » donne un peu de fil à retordre, mais sera maîtrisée dès la fin de la classe. Le cours, d’une durée de 45 minutes, est très rythmé, entre exercices, répétitions individuelle et en groupe, échanges avec les enseignantes. Il y a peu de bavardages. Le seul moment où la discipline se relâche, c’est lors du jeu à la fin du cours. Tandis que Thu Htet Oo tiens dans ses mains un ballon rouge, May Htet Aung brandit les drapeaux appris pendant le cours. Les élèves qui connaissent le nom du pays concerné en français traversent alors la salle en courant pour être les premiers à taper sur le ballon, et avoir l’honneur de donner la bonne réponse devant leurs camarades.

Lucya, tutrice et enseignante de français à l’IFB, observe et prend des notes dans un coin de la classe. Une fois le cours terminé, May Htet Aung la rejoint pour débriefer sur le déroulé et les réactions des élèves. « Là, quand tu as proposé cet exercice, c’était dans quel but ? » interroge Lucya. Pour l’instant, la tutrice et l’enseignante du jour discutent de la classe chaque semaine, mais l’objectif reste de diminuer ce tutorat au fil des semaines et d’amener les enseignantes à gagner progressivement en autonomie.

May Htet Aung, originaire de Maubin, dans la région du l’Ayeyarwady, est venue s’installer à Yangon après l’obtention de son « matriculation exam » (l’équivalent du baccalauréat français), il y a 4 ans. Elle vient de valider sa quatrième année à la Yangon University of Foreign Languages (YUFL) et vise un master en langue française. « Au début, c’était difficile de tout gérer à la fois : je n’avais pas l’habitude d’enseigner le français, alors suivre les cours à l’IFB et continuer mes études en même temps… Mais avec l’aide de Lucya, nous préparons les leçons en amont du cours et ça devient plus facile », explique-t-elle.

Elle raconte s’être lancée dans l’aventure de l’enseignement du français par amour de la langue. « C’est presque une langue artistique pour moi, c’était mon rêve d’enseigner une langue, puisque cela permet d’apprendre les coutumes d’un pays, et puis j’aime les enfants, alors professeure de français, c’est parfait ! » confie-t-elle. Grâce à une bourse de l’IFB, elle a pu aller passer un mois à Vichy, en France, pour apprendre la langue de manière intensive. « C’est entouré de montagnes, et les Vichyssois sont très gentils », raconte-t-elle en précisant que son professeur lui a appris ce nom de Vichyssois lors de son premier jour de cours.

Thu Htet Oo, elle, vient de Yangon, dans le quartier de Takheta, où elle a obtenu sa licence en langue française en 2018. « Je continue mon Master en langue française à YUFL », raconte-t-elle, en insistant sur l’importance du tutorat de Lucya et de son expérience professionnelle dans l’enseignement. « J’ai pu enseigner en stage à des adolescents, comme à l’école aujourd’hui, c’était très formateur » conclut-elle.

Quelques élèves interrogés expliquent, eux, que les cours de français leur permettront d’aller étudier en France, en plus d’être ludiques et différents de leurs autres cours grâce aux nombreux jeux et activités. Des échanges culturels organisés avec l’IFB, comme la visite du musée digital Micro-folies, en intriguent plus d’un, qui profitent de la venue d’une française dans leur classe pour demander si Paris regorge d’autant de musées qu’on le dit. « Entre le Louvre et Pompidou, il y a effectivement un monde ! » affirme May Htet Aung en souriant.

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