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Le célèbre violoniste U Tin Ye n’est plus

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 09/03/2020 à 23:00 | Mis à jour le 09/03/2020 à 23:00
Photo : U Tin Ye
Le célèbre violoniste birman U Tin Ye en Birmanie

Il était le violoniste le plus connu de Birmanie, le seul à avoir réussi à vendre un album aux Etats-Unis ou à avoir participé à des événements musicaux internationaux : U Tin Ye est mort d’une thrombose coronaire le 6 février dernier à l’âge de 79 ans, dans un certain anonymat qui explique que cette triste nouvelle ne soit rendue publique qu’aussi tard. Sans être une « star » connue de tous, U Tin Ye était un grand nom de la scène musicale birmane. Il avait accédé à la célébrité au début des années 90, avec un album intitulé « Morceaux choisis de musique birmane au violon » qui défraya la chronique car des airs traditionnels birman y étaient joués au violon solo avec un accompagnement orchestral de style occidental. Un album qui rencontra un vrai succès populaire, en particulier auprès des jeunes, mais qui créa un tollé parmi les musiciens traditionnels de l’époque, qui parlaient alors « d’hérésie » et avaient accusé U Tin Ye de « détruire la musique folklorique birmane ».

L’artiste avait confiait plus tard avoir durement accusé le coup car il souhaitait juste donner accès à tous à des morceaux souvent confinés à l’écoute de quelques-uns. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il a perçu la reconnaissance, le jour ou de passage aux Etats-Unis, « alors que je regardais des partitions et des disques à la médiathèque de l’Université de Boston, je suis tombé sur mon album. J’étais très étonné et j’ai interrogé les gens pour savoir pourquoi il était là. Après bien des réticences et des refus, le disquaire a fini par m’avouer que le niveau de jeu de violon de mon album n’était pas exceptionnel mais qu’il était quand même suffisamment bon pour être écouté par un public international averti. Or, avait-il conclu, c’est bien la première fois qu’un album birman atteint ce niveau ».

U Tin Ye est né le 10 janvier 1942 à Danupyu, surnommée « la ville des héros » car c’est là qu’est mort le général Maha Bandoola en combattant les Anglais lors de la première guerre anglo-birmane (1824-1826), dans la région de l’Ayeyarwady. « J’avais 5 frères et sœurs et mes parents étaient bien trop pauvres pour me payer des études. J’ai appris les rudiments de la musique avec un joueur de mandoline de mon quartier. Et à l’âge de 14 ans, j’ai eu la chance de pouvoir commencer le violon, et je n’ai plus jamais cessé de jouer depuis ». De fait, après une vie d’instrumentiste et de concertiste, il avait fini par transformer une partie de son appartement de Hledan en école de violon et il y a dispensé des cours jusqu’à sa mort. Preuve de sa proximité avec ses élèves et son époque, il avait même une page Facebook consacrée !

A 18 ans, après avoir gagné un premier concours local, il obtient une bourse et part étudier à l’école des arts de Yangon, où il s’initie à la fois à la musique folklorique et traditionnelle birmane et au classique occidental. En deuxième année, il termine deuxième d’un concours national de violon et se fait ainsi remarquer. Dès lors, il ne quittera plus son archet. D’abord invité à compléter son apprentissage dans des orchestres internationaux – « je me suis énormément enrichi au contact de ces musiciens professionnels de haut niveau » - il se spécialise ensuite dans la transcription pour violon de nombreux thèmes et morceaux traditionnels birmans. Dans les années 2 000, il a ainsi pu travailler avec le guitariste et ethno-musicien de renom Rick Heizman enregistrant un album avec lui. Son meilleure souvenir, affirmait-il, était « lorsque j’ai été invité au festival international de Rondalla, à Quezón, et que j’ai joué devant des dizaines de milliers de personnes aux côtés de dizaines d’autres musiciens spécialistes d’instruments à cordes. Il y avait plus de 100 000 personnes à venir à ce festival ».

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