Mardi 14 juillet 2020

La Birmanie, adepte du coup de la panne… électrique

Par Julia Guinamard | Publié le 27/05/2020 à 23:00 | Mis à jour le 28/05/2020 à 10:53
birmanie panne electrique

Depuis plusieurs semaines, la Birmanie fait face à une crise évidente de l’électricité : à Yangon, qui consomme la moitié de l’électricité du pays, les coupures de courant d’abord quotidiennes frappent désormais plusieurs fois par jour, sept fois dans la même journée le 26 mai dans le nord de la ville, et tout le pays manque maintenant régulièrement de ce fluide aujourd’hui essentiel pour conserver des denrées alimentaires (réfrigération), faire fonctionner des usines (motorisation) ou simplement permettre un éclairage de base. Une situation similaire à celle d’avant 2014/2015 et qui semblait relever du passé…

En cause, l’état du réseau électrique, souvent obsolète et mal entretenu, qui provoque des difficultés de distribution et ainsi que l’insuffisance de la production, en particulier avec les récentes chaleurs qui ont entraîné des pénuries d’eau. Un manque d’eau s’est répercuté sur la production des centrales hydro-électriques, lesquelles représentent aujourd’hui 57% de la production totale du pays. En outre, les projets dits « d’urgence » destinés à éviter les pénuries actuelles ont été mal gérés par le gouvernement, avec à la clef des retards sur toutes les étapes et celle finale de la production/distribution. Si les dirigeants invoquent l’excuse de la Covid-19 pour les derniers délais avant livraison, force est de constater que l’approche en flux tendu, sans vision à moyen et long terme en dehors des grands discours, se paye aujourd’hui au prix de la pénurie d’électricité.

 

Seulement 38% des Birmans sont connectés au réseau principal

Certes, la Covid-19 a indéniablement retardé des chantiers, mais si ceux-ci avaient été décidé plus longtemps à l’avance – le problème de la demande d’électricité ne date pas d’hier et est connu et analysé depuis des années – les effets de la pandémie auraient été nettement moindre sur la production d’énergie du pays. En outre, la Covid-19 a un peu favorisé la conjoncture avec les restrictions de déplacements et le confinement partiel. « La consommation d'énergie n'a pas beaucoup augmenté, en raison de la fermeture de certaines usines et entreprises à cause du coronavirus », explique le directeur général de Yangon Electricity Supply Corporation (YESC). Le retour de la chaleur et la reprise actuelle des activités économiques suscitent la pénurie du moment et tout cela laisse craindre des coupures régulières pendant la saison des pluies.

Avec aujourd’hui une production installée d’environ de 5000 mégawatts (MW) – même si les données diffèrent selon les sources, pourtant toutes officielles… - et une capacité réelle à environ 3 500 MW en mai 2020, la question énergétique est un enjeu majeur pour le développement du pays dont seulement 38% de la population est connecté au réseau principal d’électricité et dont à peine 50% des habitants ont accès à l’électricité. Pour essayer d’anticiper la pénurie de cette année, le ministère de l’Énergie et de l’Électricité (MOEE) a lancé en septembre dernier cinq projets d’urgence pour le réseau électrique qui devaient aboutir le 31 mars. Des projets locaux afin de minimiser les distances de transport du fluide, les pertes en ligne s’élevant officiellement à plus de 25%, officieusement probablement à beaucoup plus, selon les endroits. Aucun de ces projets n’est à ce jour opérationnel…

 

Plusieurs mois de retard sur tous les chantiers

Ces nouvelles centrales fonctionnent au gaz naturel liquéfié (GNL). Trois centrales de GNL doivent renforcer le réseau de Yangon, qui concentre donc 50 % de l’électricité utilisée en Birmanie : une centrale à Thaketa de 400 MW, une à Thanlyin de 350 MW et la dernière à Ahlone de 150 MW. En dehors de la capitale économique, une centrale de GNL de 250 MW est en construction à Kyunchaung, dans la région de Magwe, et une autre de 150 MW dans l’État de l’Arakan à Kyaukphyu. Ces projets de GNL sont menés par l’entreprise hongkongaise Vpower et la chinoise China National Technical Import and Export Cooperation (CNTIC). Officiellement, ils ont été retardés à cause des répercussions du Sars-CoV-2.

La fermeture d’une usine chinoise de citernes de GNL à Wuhan a retardé la production et donc le chantier 100 % chinois de Kyaukphyu. En parallèle, depuis mars, la restriction des échanges puis l’arrêt des vols commerciaux ont empêché l’acheminement d’équipements et l’arrivée des experts qui devaient mettre en service les centrales. La situation se débloque petit à petit et un groupe d‘ingénieurs est arrivé le 22 mai. Le 19 mai, le MOEE a annoncé que la centrale de Thaketa devrait être opérationnelle le 30 mai, celle de Thanlyin en juin et celle d’Ahlone en juillet. La centrale de Kyaukphyu devrait être achevée en septembre. Pour celle de Kyunchaung, le chantier devrait être fini d’ici la fin de l’année.

 

Les limites de la méthode Coué

Selon les données du MOEE, la consommation d'électricité a augmenté de 15 à 19% par an au cours des dernières années. Une augmentation annuelle de 11% est prévue jusqu'en 2030. Pour répondre à la demande, le MOEE s’est engagé à étendre le réseau électrique à une couverture de 55% de la population fin 2020, 75% en 2025 et à tous les ménages d'ici 2030. En juillet dernier, le prix de l’électricité a subi une hausse violente, triplant presque, et créant une colère profonde des utilisateurs. De fait l’électricité était jusqu’alors facturée à un prix intenable tant il était subventionné et bas au regard des coûts réels, mais la hausse s’est faite brusquement, sans campagne d’explication, sans réelle communication. Le gouvernement est donc aujourd’hui attendu au tournant… qu’il négocie mal pour l’instant !

Certes, il vient d’annoncer que le cadeau d’avril des 150 premières unités électriques consommées était renouvelé pour le mois de mai. Ce qui ne fera que peu passer la pilule des coupures à répétition…Quant aux mois à venir, la gravité des coupures de courant reste incertaine, même si tout le monde en attend. Et ce n’est pas le directeur de l’YESC qui rassurera quiconque : « Même si nous n’avons pas encore les 1 000 MW supplémentaires prévus, dans la situation actuelle nous sommes convaincus que nous pouvons fournir une alimentation électrique relativement stable pendant cette saison chaude », disait-il en avril dernier. Juste avant la période des coupures quotidiennes, voire pluriquotidiennes…

 

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