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Dans l’ambre birman, la tête du plus petit dinosaure jamais trouvé

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 12/03/2020 à 23:00 | Mis à jour le 13/03/2020 à 11:50
Photo : Sur la droite, dans la goutte d'ambre, la tête de Oculudentavis khaungraae, le plus petit dinosaure jamais trouvé
Sur la droite, dans la goutte d'ambre, la tête de Oculudentavis khaungraae, le plus petit dinosaure jamais trouvé

Ces dernières années, « l'ambre de Birmanie a donné lieu à de surprenantes découvertes », constate Roger Benson, chercheur en paléobiologie, dans un commentaire publié dans la revue primaire Nature, à côté de l’article scientifique de référence décrivant Oculudentavis khaungraae, le plus petit dinosaure jamais trouvé à ce jour, une sorte d’oiseau caractérisé par une équipe de l’Institut de paléontologie des vertébrés et de paléoanthropologie de Pékin.

Quand on parle dinosaure, on imagine des bestioles géantes et voraces, stupides et condamnées par leur gigantisme même, « mais c’est juste là un des nombreux biais introduit par le processus de fossilisation. Un fémur de 2 mètres de long a plus de chance de fossiliser et surtout bien plus de chance d’être découvert que les os minuscules de la microfaune de l’époque. Et c’est pour cela que ces gouttes d’ambre constituent une source d’informations et de connaissance extraordinaire », explique Jingmai O’Connor, qui a codirigé l’étude du fossile et corédigé l’article paru dans Nature. Et selon la spécialiste, « ce fossile en particulier nous en apprend énormément sur l’évolution des oiseaux, notamment qu’une partie de cette classe d’animaux a commencé à réduire de taille bien avant ce que les scientifiques pensaient jusque-là ».

« On a l’impression qu’il est mort hier »

L’ambre n’est rien d’autre qu’une résine fossilisée, un liquide visqueux et collant produit par certains arbres de l’époque. Bien sûr, une telle matière n’est pas susceptible d’emprisonner un sauropode de plusieurs tonnes mais une bestiole de cinq centimètres de long, c’est une autre histoire… « La résine se détache en suintant le long des troncs, capturant la faune vivant dessus », décrit encore Jingmai O’Connor, « sans cela nous ne saurions rien de ces minuscules organismes, beaucoup plus difficiles à trouver que les gros. Depuis quelques années, la paléontologie est totalement transformée par les découvertes de petits fossiles ainsi conservés. D’autant que comme tous les animaux enfermés dans l’ambre, celui-ci est très bien préservé. On a l’impression qu’il est mort hier, avec tous ses tissus mous piégés dans cette petite fenêtre donnant sur les temps anciens », s’enthousiasme la scientifique. Une fenêtre toutefois limitée car si les résineux, et notamment les conifères, qui sécrètent l'ambre sont apparus au Carbonifère (- 359 ; - 299 millions d’années), ils ne se sont vraiment imposés qu’au Jurassique, il y a 200 millions d'années. Les fossiles prisonniers de l’ambre se multiplient donc seulement à partir de cette période.

Pour Oculudentavis khaungraae, il s’agit d’un morceau d'ambre provenant du site d'Angbamo, dans l’état de Kachin, qui lui a ôté la vie en lui assurant la postérité. A travers la matière translucide, on distingue un crâne de profil dominé par une grande cavité oculaire, suggérant un œil regardant sur le côté, semblable à celui d’un lézard. L’ambre préserve si bien des altérations du temps que sur certains échantillons, il est parfois encore possible d’observer la couleur d'un fragment de peau ou d'un plumage !

Un crâne de 7,1 mm de long

Ici, l’équipe scientifique a étudié le fossile avec une technique de tomographie par scanner, qui lui a permis de mettre en évidence une mâchoire remplie de dents pointues, plusieurs dizaines, qui prouve que bien que petit, l'animal devait être un prédateur qui se nourrissait sans doute de petits arthropodes et d'invertébrés. « Oculudentavis khaungraae ne ressemble à rien de vivant aujourd’hui, note O’connor, et donc il faut faire preuve d’imagination pour comprendre la signification de sa morphologie. Mais son crâne fuselé, ses multiples dents et ses grands yeux suggèrent que malgré sa petite taille, c’était probablement un prédateur qui se nourrissait d’insectes ». L'analyse du crâne révèle aussi une grosse orbite avec une ouverture étroite, semblable à celle d'un lézard, qui ne laisse passer que peu de lumière. Ce qui indique un mode de vie diurne.

Le crâne est minuscule : 7,1 mm de long. Ce qui correspond à un animal de la taille d'un colibri abeille, le plus petit oiseau actuel. Un gabarit qui évoque « un habitat contraint, sans doute une petite île », écrivent les chercheurs dans Nature. En effet, un phénomène évolutif, le nanisme insulaire, provoque le rétrécissement des animaux qui se retrouvent isolés sur des territoires de faible superficie, afin de s'adapter aux faibles ressources de leur environnement. (Ce processus prend du temps, ce qui explique qu’on ne commence qu’aujourd’hui à en distinguer les effets sur les esprits de certains Anglais…).

En attente d’avancée technologique pour récupérer de l’ADN

 « Il y a encore beaucoup de spécimens pris dans l’ambre à étudier ! », se réjouit Jingmai O'Connor, entre autres des grenouilles et des lézards. Pour qui nombre de fossiles étudiés n’ont pas encore révélés toutes leurs informations, faute de technologie non-destructives pour les étudier. « Dans les dix prochaines années, nous devrions disposer de techniques permettant d'accéder à la biochimie des tissus mous, y compris des fragments d'ADN ».

Reste un bémol que met Victoria McCoy, paléontologiste à l’Université du Wisconsin, à Milwaukee : « Tous ceux qui travaillent sur l’ambre du Kachin, y compris moi-même, font face à un problème éthique : les conditions de travail dans les mines d’ambre dont ces fossiles sont issus sont des conditions inhumaines ; en outre, la région est en proie à une guerre civile. Devons-nous continuer à travailler avec des matériaux récupérés dans de telles conditions ? »

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