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HERVÉ FLÉJO – “... Ici j'ai rencontré tellement de gens”

Par Lepetitjournal Birmanie | Publié le 16/10/2016 à 22:00 | Mis à jour le 17/10/2016 à 15:41

" Va voir Hervé Fléjo, ça fait plus de 20 ans qu'il est en Birmanie, alors ?"
Je ne me souviens pas du reste de la phrase. Je n'écoutais déjà plus. J'allais enfin rencontrer le vieux briscard ultime. Le routard à la sagesse infinie qui a tout vu, tout fait...  En fait, j'avais déjà décidé à priori qu'Hervé Fléjo était à l'expatriation en Birmanie ce qu'est Bruce Springsteen à la musique. 

Une histoire d'amour avec la Birmanie
Je n'ai pas été déçu : ?il bienveillant, épaules larges, poignée de main franche et attitude genre ? aujourd'hui j'entrouvre la porte..."  Moi, jeune blanc-bec, aux anges, prêt à boire la parole du saint homme. D'emblée, il annonce la couleur: " La Birmanie, à l'époque, je ne savais même pas que c'était une dictature." Le décor est planté. 
Oui, Hervé Fléjo est en Birmanie depuis 1992. Oui, il a vu beaucoup de choses qu'il peut raconter. Mais prétend-il à un statut particulier ? Non. Comme il le dit lui-même : "J'étais là, c'est tout."

À son arrivée en Asie du Sud-est dans les années 1990, après neuf ans à travailler à la Bourse de Paris, la Birmanie, ce n'était pas forcément son Graal. Seulement voilà, elle s'est trouvée sur son chemin. Et ne l'a plus jamais laissé repartir. Une sorte d'histoire d'amour, déjà vieille d'un quart de siècle et renouvelée chaque jour. Partager cet émerveillement avec les autres, il en a même fait son métier en créant son agence de voyage, Gulliver Travels. " C'est un peu un service que je rends à la Birmanie, mais aussi aux voyageurs", résume-t-il. Une agence spécialisée dans les voyages sur-mesure : au début de chaque projet de voyage, il y a toujours une discussion avec Hervé. Pour faire connaissance, mais surtout mieux cerner les attentes et les besoins de chacun. Tout en faisant en sorte de respecter le pays, ses us et coutumes.
Un concept qui lui tient à c?ur : la Birmanie est à prendre tel qu'elle est, pas comme on veut la voir. Mais depuis le bord du Lac Inya où se trouve son agence, Hervé Fléjo ne se repose pas sur ses lauriers. Depuis son arrivée en Birmanie, ce Breton a multiplié les projets.

De nouveaux projets
Plus au Nord, toujours près d'un autre lac, le lac Inle, Hervé, a créé l'hôtel Thanakha. Et pour mieux maîtriser la filière en amont, depuis un an, il travaille sur un projet de ferme bio. Seul problème : le lac Inle est très pollué.
Hervé ambitionne donc de montrer aux habitants d'autres manières de faire, de les sensibiliser aux pratiques respectueuses de l'environnement et de la biodiversité. Le projet a également une dimension éducative : les Birmans sont inclus dans tout le processus.
Objectif : leur faire découvrir d'autres manières de cultiver, de manger des produits sains.

À terme, il espère rendre son hôtel autosuffisant et, pourquoi pas, vendre ses produits aux autres structures des environs.
D'autres projets ? Hervé n'en manque pas : dans la même logique et sur le long terme, il veut créer un restaurant-école ne servant que du bio. Légumes, produits de la pisciculture, miel, engrais non polluants...
Bref, un ambitieux complexe cohérent et articulé autour de la notion d'alimentation saine.

Mais comment passe-t-on de la bourse de Paris à une ferme bio ? " À la bourse de Paris, j'avais sept semaines de vacances par an. Et je prenais mon sac à dos pour voyager dans des pays comme l'Inde. À chaque fois, quand je revenais, je sentais bien qu'il y avait un décalage...Alors j'ai décidé de prendre une année sabbatique. Pour trouver quelque chose entre l'humanitaire et le business. Je suis passé par le Népal, le Cambodge, puis la Thaïlande, où on m'a parlé de la Birmanie. Comme je m'ennuyais un peu, j'ai décidé d'y aller. Et là, je suis tombé complètement sous le charme des gens..."

Premières années bohème
" J'ai voyagé partout, en mode routard. Puis, un jour, à Yangon, dans un des rares restaurants occidentaux, je me suis mis à fréquenter écrivains, hommes d'affaires, journalistes... Que du beau monde. Comme dans un livre !
Là, déjà, je sentais bien qu'il se passait quelque chose. Et voilà que cette Française, propriétaire du restaurant, m'offre un boulot. Très vite, je suis rentré en France pour régler mes affaires, j'ai dit au revoir à la famille en disant ?on verra?? Et voilà, ça dure depuis 24 ans..." Il y aura aussi la rencontre avec celle qui deviendra son épouse.
" Assez vite, j'ai commencé à organiser des voyages. J'ai accompagné des ONG japonaises pour aller à la recherche de tigres dans les parcs nationaux... La chance de ma vie !
Pendant deux ans, j'ai parcouru les parcs nationaux pour un Birman spécialisé dans le bois. Personne n'y allait, personne ne connaissait... Dans les montagnes, pendant trois semaines, je me suis perdu avec un guide. Pour survivre, on mangeait les oiseaux qu'il chassait avec un arc et des flèches. Ici, j'ai rencontré tellement de gens...
Dans le Sud de la Birmanie, j'ai participé au tournage d'un film sur les éléphants, on a vécu pendant un an sur un bateau avec les Mockens. C'est une ethnie qui est en train de doucement disparaître."

Tant à raconter...
Je l'écoute comme un enfant gourmand à qui on donne, l'un après l'autre, des bonbons sortis d'un sac magique. Et qui, à chaque fois, en redemande. Il va bien pourtant falloir écourter le portrait de cet aventurier qui a su faire partager son ouverture au monde et aux gens. Sans pouvoir évoquer ces autres petites histoires, croustillantes anecdotes. Comme celle de ce bateau qu'il faisait naviguer sur le fleuve sans permission au milieu des militaires et qui fut réquisitionné par le maire de Yangon. Ou celle de la sanglante répression des moines, sous ses yeux, devant la pagode Shwedagon. Ou encore, sur les rives du lac Inya, ses relations de bon voisinage avec une célèbre ?Lady? alors assignée à résidence : lui sur son canoë, elle, dans son jardin alors que les militaires n'étaient pas loin. 
Comme il le dit lui-même : "J'étais là, c'est tout."

Gulliver Travels, #48 (B) Inya Yeik Thar Street, Mayangone Township, Yangon, Myanmar.
Tél.: +95 (1) 655642, +95 (1) 665488 , 09 5017630 - www.gulliver-myanmar.com
Sébastien Lafont-Frugier (www.lepetitjournal.com/Birmanie) Lundi 17 Octobre 2016

 

 

 

 

 

 

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