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SOCIÉTÉ- L’évolution des télécommunications au Myanmar [Episode 2]

Par Justine Hugues | Publié le 13/09/2016 à 22:00 | Mis à jour le 14/01/2018 à 14:30
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Episode 2 : Quand le réseau mobile birman explose les records de croissance mondiaux

Obstacles persistants et arrivée d'un quatrième opérateur : ce qui attend le réseau mobile birman au cours des prochaines années.
Avant que les zones « blanches » ne disparaissent et que le Myanmar ait une couverture aussi bonne que n'importe quel autre pays dans le monde,  plusieurs défis restent à relever.

Yves Monnier est le Directeur Commercial d' Apollo Towers Ltd. Cette entreprise est l'un des sous-traitants des trois opérateurs, construisant et gérant les pylônes permettant la mise en place du réseau mobile.  Elle a récemment été sous le feu des projecteurs médiatiques, pour avoir reçu un prêt de 250 millions de dollars de l'organisme américain « Overseas Private Investment Corporation » (l'équivalent du Proparco français), le premier prêt accordé par OPIC à une entreprise basée au Myanmar.  Selon Yves Monnier, le principal défi à relever est l'amélioration de la couverture en zones rurales et de conflits armés. Or, selon les données du dernier recensement, les dites zones rurales hébergent 70 % de la population. La gestion du cadastre ayant été le cadet des soucis du gouvernement au cours des dernières décennies, c'est souvent un véritable casse tête pour retrouver le propriétaire des terrains pré-identifiés par Apollo. Si l'on ajoute à cela les zones montagneuses ou inondables, l'intouchabilité des terrains militaires, religieux, agricoles et ceux proches des écoles, on comprend mieux pourquoi de nombreuses zones restent encore vierges de pylônes et se voient privées de réseau.

L'accès à l'électricité alimentant les tours est aussi un challenge majeur. Beaucoup d'entre elles tournent sur générateur, avec les coûts prohibitifs et les nuisances sonores que l'on connaît. Aujourd'hui, moins de la moitié des tours d'Apollo sont connectées au réseau électrique, et le ratio diminue encore davantage quand on sait que le lien entre connexion au « grid » et accès au courant est loin d'être automatique.  

Les zones où persistent les conflits armés (Kachin, nord Shan, Sud-Est du Myanmar) sont, quant à elles,  les laissées pour compte de la révolution mobile.  Les risques pour le personnel, ou les problèmes éthiques que posent les négociations avec les parties en conflit, expliquent que les opérateurs y aient des résultats plus limités qu'initialement prévus. 

Enfin,  le niveau d'expertise locale reste un facteur limitant. En effet, bien que, selon le Ministère des Communications et Technologies de l'Information, plus de 3 milliards de dollars ont été investis et près de 50,000 emplois crées en 2015-2016 dans le secteur des télécommunications, la majorité des entreprises se caractérise par capitaux et ressources humaines étrangers. Cela change néanmoins progressivement comme nous l'expliquent Yves Monnier et Patricia Curran. Chez Télénor par exemple, lorsque Petter Furberg a quitté son poste de CFO pour prendre celui de CEO, c'est une birmane qui l'a remplacé.  De manière générale, les politiques RH dans le secteur des télécommunications convergent de plus en plus vers le remplacement des expatriés par des locaux. Cela tombe bien, les birmans formés à l'étranger sont de plus en plus nombreux à vouloir rentrer au pays. Les structures éducatives locales, elles aussi, tentent de suivre le mouvement. 

L'arrivée imminente d'un quatrième opérateur force MPT, Télénor et Oredoo à accélérer leur stratégie commerciale.  
Le vietnamien Viettel, qui a formé un Joint Venture (JV) avec deux entités locales : Myanmar National Telecom Holding et Star High Public Company (ces deux dernières resteront majoritaires, avec 51% des parts), est en bonne voie pour se voir accorder la quatrième licence. Si la fin des négociations entre parties du JV, attendue pour ce mois-ci, se concrétise, il y aura deux opérateurs étrangers et deux opérateurs birmans. La stratégie d'insertion du JV se devra d'être rapide, dans un marché où le nombre de cartes SIM en circulation sera bientôt égal au nombre d'habitants. 

L'entité vietnamo-birmane prévoit d'acquérir 5,000 sites en à peine un an.  Un objectif ambitieux mais réalisable, dans la mesure où l'une des parties possède déjà des tours et plusieurs milliers de km de fibre, permettant de relier les tours entre elles ainsi qu'au c?ur de réseau, tout en étant plus performantes que les câbles téléphoniques classiques. On devrait alors bénéficier d'une meilleure couverture ainsi que d'une nouvelle chute des tarifs. A quand le forfait à 0 kyat ?
Justine Hugues - Mercredi 14 Septembre 2016

 

 

 

 

 

Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
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