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10ème Yangon Photo Festival: rencontre avec Christophe Loviny

Par David Hardillier | Publié le 15/02/2018 à 20:00 | Mis à jour le 16/02/2018 à 03:15
Yangon Photo Festival

Le Yangon Photo Festival, c’est LE rendez vous annuel à Yangon pour l’ensemble des photo-journalistes birmans mais également étrangers. Un festival qui n’a pas son pareil en Birmanie, engagé, révélateur de talents et qui n’a cessé de croître en popularité depuis sa création. Du 16 février au 04 mars 2018, expositions, documentaires photographiques et photo-stories vont se succéder à Yangon. Faisons un point sur la genèse de ce festival et sur l’évolution du photo journalisme en Birmanie en compagnie de Christophe Loviny, Directeur du Yangon Photo Festival.

Cette année, le Yangon Photo Festival a 10 ans. Et en 10 ans en Birmanie, beaucoup de choses se sont passées. Remontons le temps. L’année 2007 a vu la Birmanie se révolter. Les moines bouddhistes se retrouvent dans la rue. La Révolution Safran est en marche et est durement réprimée par la junte militaire au pouvoir à l’époque. Puis en 2008, c’est l’ouragan Nargis qui vient dévaster le pays, apportant des morts par dizaines de milliers et la destruction de nombreuses infrastructures sans oublier les cultures et les forêts. Le choc est terrible. 

Ces deux épisodes récents de l’histoire de la Birmanie, contrairement à ceux survenus plus tôt (il faut notamment se souvenir de la révolte de 1988), sont plus largement diffusés sur les différents médias de l’ère numérique, principalement grâce aux avancées technologiques des caméras et autres appareils portables mais également de l’accessibilité grandissante de l’outil Internet. Mais c’est également l’émergence de femmes et d’hommes courageux, n’hésitant pas à risquer leur vie pour envoyer des images et qui se rendent compte de la portée et de la puissance qu’un contenu multimédia peut avoir. C’est à ce moment là que Christophe Loviny, journaliste et photographe, décide de lancer des cours intensifs de documentaires photographiques. L’idée première de ces cours est triple: il s’agit tout d’abord de former les journalistes, d’apporter une aide à la création de contenu et enfin, de le diffuser. Car les journalistes, à ce moment là, ne possèdent pas encore la maitrise des outils leur permettant de raconter une histoire forte. Et à l’heure des réseaux sociaux qui émergent au même moment "l’image supplante l’écrit", commente Mr Loviny. La manière de diffuser l’information évolue et c’est ce que propose Mr Loviny lors de ces cours intensifs. "Nous passons 10 ans de notre vie à apprendre à écrire, à apprendre l’orthographe et la grammaire mais personne ne nous apprend le langage de l’image désormais utilisé sur les réseaux sociaux. Ce devrait être enseigné à l’école", ajoute Mr Loviny.

Ces cours se passent au sein de l’Alliance Française (qui deviendra plus tard l’Institut Français) à Yangon, par sessions de 8 à 10 jours. Les participants travaillent d’arrache pied et sont mis en situation professionnelle. Il faut réfléchir à un thème fort, investiguer, se poser les bonnes questions, résoudre les problématiques qui en résultent, avant de commencer à faire des photos. Le but est que chaque participant crée une photo-story, un contenu visuel multimédia, informatif, à propos d’un thème fort pouvant induire un changement social positif. Les thèmes concernés sont les droits de l’homme, l’environnement ou la justice sociale. Les contenus ainsi créés sont diffusés lors de la première édition du Yangon Photo Festival et rassemble à l’époque quelques centaines de personnes dans les jardins de l’Alliance Française.

Crédit: Yangon Photo Festival

Dès lors, le Festival ne cessera d’accroître sa notoriété et compte parmi les plus grands festivals en Asie du Sud Est, le plus grand concernant la photographie. En 10 ans, ce sont près de 800 personnes qui ont participé aux cours intensifs, faisant émerger de nombreux talents, certains ayant travaillé depuis pour les plus grands quotidiens ou magazines dans le monde. Le festival constitue un tremplin certain pour ces journalistes et leur permettent de gagner leur premiers prix, décernés par un jury composés de professionnels. Du coté des lieux de diffusions également, les choses ont bien évoluées. Cantonnées dans les jardins de l’Institut Français, les lieux d’expositions et de projections se sont déplacés au parc Maha Bandoola mais aussi dans les centres commerciaux tels que le tout récent Junction City, touchant plus de 100 000 visiteurs pour la neuvième édition, en 2017. Tout ceci a été rendu possible grâce à l’aide du nouveau gouvernement et à l’ouverture progressive du pays depuis 2012. Lors de l’édition de 2017, Aung San Suu Kyi à présidé elle même, comme chaque année, mais pour la première fois en tant que chef d’Etat, le jury récompensant les meilleurs documentaires photographique. Et comme pour prouver le sérieux et la qualité des productions, elle a elle même déclaré "qu’il était parfois difficile de faire la différence entre les photos-stories réalisées par des professionnels de ceux réalisés par des journalistes débutants". Une belle reconnaissance !

Crédit: Yangon Photo Festival

Christophe Loviny, au sein de l’association PhotoDoc (Association de Photographe Documentaire de Birmanie), continue donc à former les futurs journalistes birmans et ce, de manière gratuite. Il s’adresse plus particulièrement aux "sans voix", aux minorités, aux handicapés ou encore aux personnes déplacées. "Tout le monde peut être formé au langage visuel" m’explique t-il, à partir du moment où on donne tous les outils nécessaires à la création de contenu forts. Il part donc animer des formations dans les quatre coins de la Birmanie.

D’autres festivals de photographie, où sont projetées des photos-stories, voient également le jour comme le "Shan State Photo Festival" organisé en décembre dernier à Taunggyi et même le Rhakhine Photo Festival, le mois dernier à Mrauk-U. Un e-magazine, un magazine en ligne sur le réseau social Facebook existe également et permet de diffuser les contenus, certains atteignant plus d’un million de vues! 
Dans l’avenir, Christophe Loviny et ses équipes vont continuer à partager leurs expériences, former au sein des sessions intensives et faire en sorte que les personnes déjà formées deviennent formatrices à leur tour. Ainsi, la boucle serait bouclée. Des projets d’exports du concept peuvent également voir le jour dans des pays d’Asie du Sud Est. Mais pour le moment profitons de cette 10ème édition du Yangon Photo Festival. Les premières projections sur écran géant auront lieu samedi à 17h dans le parc Maha Bandoola. L’inauguration se passe à L’Institut Français de Birmanie ce vendredi, une soirée d’anniversaire gratuite pour fêter en dansant les dix ans du festival. "Un festival c’est avant tout une fête, l’occasion de se faire de nouveaux amis" conclut Christophe Loviny.

Retrouvez toutes les informations sur l’association PhotoDoc et le Yangon Photo Festival ici, sur Facebook et le e-magazine "Myanmar Stories" ici 

 

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