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Quitter la France pour chercher du travail en Espagne : mieux ou pas ?

Par Marion Suffert | Publié le 16/01/2019 à 19:07 | Mis à jour le 17/01/2019 à 11:42
Photo : Photo by Marvin Meyer on Unsplash
emploi espagne

Près de 90.000 Français recensés en Espagne. Ils sont venus en Espagne chercher du travail ? Laissez-nous rire. Ils savent tous que le taux de chômage espagnol est un des plus hauts d’Europe. 

 

Ils débarquent, avec femme, enfants, en masse, généralement sans parler trop l’espagnol. Rarement le catalan. Barcelone, ce n’est pas loin, et en plus c’est moins cher. 

Comment expliquer que Marie, qui parle mal l’espagnol, qui a arrêté de travailler depuis presque deux ans pour installer les petits, qui ignore le vocabulaire des pro, trouve du travail plus vite que Pere, espagnol, catalan, élève de l’école de commerce d’où il faut être ? Pourquoi est-ce que ça serait plus facile pour Marie que pour Pere ?

Marie n’est pas chômeuse. Marie a débarqué en Espagne pour réaliser un projet. Vivre au soleil, profiter de la mer de février á octobre, trouver un environnement chaleureux. Le projet est planifié : d’abord la maison, l’école et les enfants, ensuite l’intégration et la langue, ensuite, un job. Les étapes préalables sont de la réflexion sans stress, de la découverte sans difficultés. L’environnement est à la fois proche et différent. Imaginer un autre futur va de soi. Quand elle décide de s’y mettre, elle y va joyeusement. 

Elle en parle autour d’elle. Elle adapte son discours aux différents types de relations qu’elle a créés. Elle demande naturellement des informations sur le marché qu’elle connaît mal. Elle reconnaît ses manques et ses besoins. Elle demande de l’aide. Elle demande des contacts. On lui en donne. C’est normal. Elle en a besoin.  

Ne pas avoir peur, savoir demander de l’aide, assumer ses manques et vivre sa recherche dans un projet de vie défini, c’est tout ce qui marque la différence de la recherche d’emploi de Marie face à son voisin Pere. 

Pere a été victime d’un ERE, sa perte d’emploi est une rupture, une remise en cause, une perte d’identité ou une trahison. Ses besoins d’aides sont camouflés sous une image d’hyper sécurité. Il se bat entre LinkedIn et les réseaux sociaux pervers de la recherche d’emploi, les coupes de cava de conférences prometteuses. Le temps est un facteur de risque. Il cherche un travail. Le contraire de Marie. 

 

La recherche d’emploi sans un projet de vie, a souvent les conséquences suivantes : 


-    On se sent évalué et jugé par d’autres, qui n’ont ni la légitimité ni les compétences pour décider. 


-    On essaie de se maintenir ou de grimper sur la pyramide de la hiérarchie, en doutant entre le temps ou la disparition. 

 

La recherche d’emploi avec un projet de vie a souvent les conséquences suivantes : 


-    On est près à tout recommencer pour atteindre son objectif. On écoute les babillages des uns et des autres comme d’éventuelles opportunités d’offrir quelque chose de différent. 


-    On se sent boosté par des rencontres imprévues, et surpris de la disponibilité et de la générosité des autres. 

Une sacrée différence. 


Quand on cherche du boulot, on pense trop souvent aux techniques de recherches d’emploi. L’important ce n’est pas d’apprendre des techniques. Bien que souvent, les techniques utilisées para Pere ou Marie sont un reflet de ce que chacun d’entre eux vit dans la recherche d’emploi. 

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marion suffert

Marion Suffert

Consultante Carrière, Développement professionnel, Outplacement. Membre Fondatrice de Vasis Conseil. 30 ans d’accompagnement de personnes en situation professionnelle difficile.
1 Commentaire (s)Réagir
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Pascal PILET lun 21/01/2019 - 09:59

La réalité du chômage est certes beaucoup plus structurelle en Espagne qu'en France. Il faut cependant assortir ce constat objectif de bémols. En premier lieu, les disparités régionales sont extrêmement fortes en Espagne en matière d'emploi. Barcelone, Madrid, le Pays Basque ont des marchés de l'emploi dynamiques et tranchent en matière de Recherche et Développement avec d'autres régions de l'Espagne centrale ou de l'Andalousie. Même au coeur de la grande crise, qui a débuté en 2008, la Catalogne a su préserver tant bien que mal son potentiel industriel et d'exportation. Il n'est d'ailleurs qu'à voir que les jeunes espagnols qui ont alors quitté l'Espagne, ne venaient pas de Catalogne. De ce fait, il est probablement aujourd'hui plus facile à un jeune technicien ou à un jeune ingénieur de trouver un emploi à Barcelone qu'à Perpignan. A noter également que le fait de maîtriser le français, pour peu que l'on se débrouille en espagnol et que l'on ne rechigne pas à apprendre le catalan, ouvre des portes dans un pays où depuis la fin de l'ère franquiste, l'étude du français a été détrônée au profit de l'anglais. Or la France demeure le premier marché extérieur des entreprises espagnoles et a un besoin important de personnes capables d'entrer en relation avec les fournisseurs et les clients en France, vu que la dernière génération espagnole qui avait appris le français à l'école est en train de partir massivement à la retraite. Enfin, lorsque l'on parle du chômage en Espagne, il ne faut jamais oublier que 25 % du PIB est réalisé par l'économie souterraine, ce qui en relativise le niveau réel.

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