S’installer à l’étranger pour entreprendre n’est jamais un simple copier-coller. C’est même souvent l’inverse : une remise à plat, parfois brutale, de ses certitudes. C’est ce qu’a expérimenté cet entrepreneur français et fondateur de NuuBb, installé à Barcelone depuis 2018, après avoir construit pendant plus d’une décennie une activité solide dans l’informatique en France.


Des débuts dans l’informatique traditionnelle
Son histoire commence pourtant de manière classique. Comme beaucoup, il débute en tant que salarié dans une société de services informatiques, une structure « traditionnelle » spécialisée dans la vente de matériel, d’infrastructures et de solutions logicielles pour les entreprises. Une première immersion qui lui permet de comprendre les besoins concrets du terrain, mais qui, très vite, fait émerger une ambition différente.
« Très tôt, j’ai eu envie de proposer autre chose. Une vision plus locale, plus proche des entreprises. »
À une époque où le cloud n’en est encore qu’à ses balbutiements, il fait un pari qui peut sembler audacieux : créer un data center en région, loin des grandes métropoles.
« L’idée, c’était de proposer un hébergement de proximité, sécurisé, avec un vrai accompagnement. »
Le contexte technique n’est pourtant pas favorable. La fibre n’est pas encore largement déployée, les infrastructures sont limitées, et le modèle reste peu répandu. Mais cette intuition, celle d’un numérique plus local et plus résilient, va structurer toute la suite de son parcours.
Barcelone, un choix stratégique et humain
Pendant plusieurs années, il développe son activité en France, affine son offre, consolide son expertise. Puis une envie plus personnelle vient s’ajouter à l’équation : celle de s’ouvrir à un nouvel environnement. Barcelone s’impose alors presque naturellement : « Ce n’était pas un choix de l’Espagne en général, mais vraiment de Barcelone. ».
La ville, avec son dynamisme technologique, ses salons internationaux et son écosystème de startups, représente un terrain d’expérimentation idéal. Mais au-delà de son attractivité économique, elle répond aussi à un besoin très concret : recruter.
« On y trouve plus facilement des profils pour le support client, ce qui était plus compliqué dans notre région d’origine. »
En 2018, il lance donc une nouvelle structure sur place, avec une idée simple en apparence : reproduire un modèle qui fonctionne déjà en France. Mais très vite, la réalité du terrain le rattrape. Car entreprendre à Barcelone, ce n’est pas seulement changer de marché. C’est aussi changer de logique.
« Il ne faut pas penser que ce qui fonctionne en France marchera de la même manière ici. »
Des différences culturelles qui changent tout
Les différences apparaissent rapidement. En France, les entreprises sont souvent plus structurées, avec des budgets définis et des besoins anticipés. En Espagne, la dynamique est différente, plus directe, parfois plus urgente : « Ici, il faut répondre rapidement. Les demandes sont souvent immédiates, moins planifiées. ».
Mais c’est surtout sur un point précis que le contraste le surprend : la sensibilité à la protection des données.
« C’est une demande très forte en Espagne, parfois même plus qu’en France. »
La cybersécurité devient centrale
Un constat qui va progressivement orienter son activité vers un domaine devenu central : la cybersécurité. Aujourd’hui, son entreprise propose bien plus que de simples solutions techniques. Elle accompagne les TPE et PME dans l’ensemble de leur transformation numérique : hébergement, cloud, sauvegarde, mais aussi audit, formation, stratégie de sécurité. « On ne fait pas que fournir des outils. On aide les entreprises à comprendre, à structurer, à protéger. » Dans un contexte où les cybermenaces se multiplient et où les petites structures restent particulièrement exposées, cette approche globale devient un véritable avantage compétitif.
L’importance du réseau à Barcelone
Mais au-delà de l’offre, c’est aussi la manière de faire qui évolue. Car s’implanter dans un nouveau pays, c’est aussi apprendre à reconstruire son réseau. Et sur ce point, Barcelone réserve une surprise de taille. « Les réseaux d’expatriés sont extrêmement puissants ici. »
Chambres de commerce, clubs d’entrepreneurs, médias francophones… les opportunités de rencontres et de connexions sont nombreuses, mais surtout rapides. « Il y a une vraie bienveillance. On s’entraide plus facilement. ». Un élément souvent sous-estimé par ceux qui arrivent, mais qui peut faire toute la différence dans les premières années.
« On peut développer son réseau beaucoup plus vite qu’en France. »
À cela s’ajoute un autre atout, plus subtil : l’image. « Les entreprises françaises sont bien perçues en Espagne. Il y a une forme de confiance naturelle. ». Un capital qu’il faut toutefois savoir exploiter avec justesse, sans tomber dans l’excès de confiance.
Une reconnaissance inattendue
Cette capacité à s’adapter, à repenser son modèle et à défendre une approche différente du numérique ne passe pas inaperçue. Elle lui vaut même une reconnaissance inattendue : être classé parmi les profils les plus créatifs dans le business en Espagne. Une distinction qu’il attribue moins à l’innovation technologique qu’à une vision.
« Dans un secteur dominé par des géants mondiaux, je défends un modèle plus local, plus résilient. »
Une idée qui prend tout son sens pendant la crise du Covid, période durant laquelle les limites des systèmes trop centralisés apparaissent plus clairement. « Le local a repris de l’importance. Les entreprises ont commencé à se poser les bonnes questions. »
L’intelligence artificielle locale comme prochain défi
Aujourd’hui, cette logique continue de guider ses choix, notamment dans les projets à venir. Parmi eux, un enjeu majeur : l’intelligence artificielle. Mais là encore, il refuse une approche standardisée.
« L’objectif, ce n’est pas seulement d’utiliser des outils, mais de permettre aux entreprises d’avoir une intelligence artificielle locale. »
Un sujet stratégique, notamment pour les données sensibles, qui s’inscrit dans la continuité de son positionnement initial. Entre Barcelone, Madrid et le sud de la France, le développement se poursuit progressivement, sans précipitation.
Ses conseils pour entreprendre à Barcelone
À ceux qui envisagent de suivre le même chemin, son discours reste volontairement simple, presque pragmatique. Pas de recette miracle, mais quelques principes essentiels.
S’adapter, d’abord. « C’est la clé. ». S’entourer, ensuite.
« Le réseau est un accélérateur énorme. »
Et enfin, savoir tirer parti de son identité.
« Être français est un avantage ici. »
Entreprendre à l’étranger : transformer plutôt qu’exporter
Au fil de son parcours, une idée s’impose : entreprendre à l’étranger ne consiste pas à exporter un modèle, mais à le transformer.
« À Barcelone, il faut accepter de ne pas reproduire la France. »
Une réalité parfois déroutante, mais qui, pour ceux qui savent l’embrasser, peut devenir une véritable opportunité.
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