Édition internationale

Vincent Cuvillier : « Les entreprises ont besoin de repères solides et de tiers de confiance »

À la présidence de la Chambre de commerce française de Barcelone depuis juillet 2026, Vincent Cuvillier entend renforcer les échanges économiques entre la France et l’Espagne. Directeur de la stratégie de Cellnex Telecom, passé par la direction de sa filiale française, il connaît les deux côtés des Pyrénées. Investissements, entrepreneuriat, attractivité de Barcelone, nouvelles attentes des entreprises : il détaille ses priorités et les ambitions d’une institution vieille de 143 ans.

Vincent CuvillierVincent Cuvillier
Vincent Cuvillier, DR.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 20 octobre 2026

Vous prenez la présidence de la Chambre de commerce française de Barcelone. Quelle sera votre priorité dans les prochains mois ?

Ma première priorité sera de prolonger et d’amplifier la dynamique actuelle de la Chambre. Nous disposons d’une institution solide, d’une équipe engagée et d’un réseau d’entreprises particulièrement actif. Mon ambition est de rendre la Chambre toujours plus utile à ses membres, en favorisant les rencontres, les échanges d’expériences et, surtout, le développement d’opportunités d’affaires entre la France et l’Espagne.

Nous accompagnerons également le renouvellement de notre conseil d’administration, qui compte des entreprises de premier plan comme Vueling, Alpine ou Bureau Veritas. Cette diversité doit nous permettre de mieux représenter toutes les composantes de notre communauté économique : grands groupes, PME, entrepreneurs, start-up et investisseurs.

Enfin, nous continuerons à développer nos commissions. Nous en comptons actuellement huit, qui réunissent régulièrement dirigeants et experts autour de problématiques très concrètes. Une neuvième commission, consacrée au tourisme, verra le jour avant la fin de l’année.

 

Notre Chambre a eu 143 ans en septembre. C’est la deuxième chambre de commerce française la plus ancienne à l’étranger, après celle de Montevideo. Cette longévité est une force, mais elle nous oblige aussi à nous réinventer en permanence.

 

Vous succédez à David Cabero. Dans quel état trouvez-vous la Chambre et sur quels acquis souhaitez-vous vous appuyer ?

Je trouve une Chambre particulièrement dynamique, bien gérée et reconnue au sein de son écosystème. David Cabero et les conseils d’administration successifs ont su préserver son identité tout en la faisant évoluer. Je tiens à saluer ce travail et à poursuivre dans cette même direction.

Notre Chambre a eu 143 ans en septembre. C’est la deuxième chambre de commerce française la plus ancienne à l’étranger, après celle de Montevideo. Cette longévité est une force, mais elle nous oblige aussi à nous réinventer en permanence.

Nous pouvons nous appuyer sur une communauté fidèle, une équipe opérationnelle expérimentée, huit commissions très actives et une programmation qui permet aux entreprises de se rencontrer, de partager leurs problématiques et de faire émerger des projets communs.

Dans un environnement économique et géopolitique de plus en plus mouvant, les entreprises ont besoin d’organisations stables, reconnues et capables de jouer ce rôle essentiel de tiers de confiance. C’est précisément la vocation de notre Chambre.

 

Vous avez développé votre carrière entre la France et l’Espagne, notamment chez Cellnex. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les relations économiques entre les deux pays ?

Les économies française et espagnole sont beaucoup plus interconnectées qu’on ne l’imagine parfois. Nos entreprises partagent des marchés, des infrastructures, des talents et, de plus en plus, des chaînes de valeur communes.

Mon parcours chez Cellnex m’a permis de vivre cette relation dans les deux sens. On parle souvent, à juste titre, des entreprises françaises qui investissent en Espagne. Mais il existe aussi de très beaux exemples d’entreprises espagnoles qui se développent en France et y réalisent des investissements stratégiques.

La Chambre doit représenter ces deux mouvements. L’Espagne compte deux chambres de commerce françaises, à Madrid et à Barcelone. Depuis Barcelone, nous défendons les intérêts des entreprises françaises qui font des affaires en Espagne, mais aussi ceux des entreprises locales qui souhaitent investir et se développer en France.

Cette relation bilatérale est déjà très solide. Notre responsabilité consiste désormais à lui donner encore davantage de visibilité et à faciliter le passage des intentions aux projets concrets.

 

Barcelone accueille aujourd’hui plus de 200 hubs de multinationales. Des entreprises comme Schneider Electric, Danone ou Sanofi y ont implanté des fonctions stratégiques. Cela crée un écosystème extrêmement favorable, qui attire à son tour des talents, des fournisseurs et de nouveaux investisseurs.

 

L’Espagne attire de plus en plus d’entreprises françaises, tandis que les investissements espagnols en France progressent également. Quels sont aujourd’hui les secteurs les plus prometteurs ?

Nous observons plusieurs dynamiques simultanées. De nombreuses entreprises françaises viennent en Espagne pour réaliser des opérations de croissance externe, notamment dans l’industrie, la pharmacie, la santé, les technologies, les infrastructures et les services aux entreprises.

La transition énergétique, la numérisation, la cybersécurité, l’intelligence artificielle et les télécommunications offrent également d’importantes possibilités de coopération. Ce sont des domaines dans lesquels la France et l’Espagne disposent de compétences très complémentaires.

Parallèlement, de nombreux entrepreneurs français choisissent Barcelone pour créer leur entreprise. Ce mouvement est renforcé par la transformation de la ville en véritable métropole internationale, depuis laquelle de grands groupes gèrent leurs activités régionales.

Barcelone accueille aujourd’hui plus de 200 hubs de multinationales. Des entreprises comme Schneider Electric, Danone ou Sanofi y ont implanté des fonctions stratégiques. Cela crée un écosystème extrêmement favorable, qui attire à son tour des talents, des fournisseurs et de nouveaux investisseurs.

 

Barcelone reste-t-elle, selon vous, l’une des meilleures portes d’entrée pour une entreprise française souhaitant se développer en Espagne ?

Sans aucun doute. Barcelone possède une combinaison assez unique : une solide culture entrepreneuriale, une importante base industrielle, un écosystème technologique international, des infrastructures de qualité et une grande capacité à attirer les talents.

Sa proximité géographique et culturelle avec la France constitue également un avantage évident. Mais cette proximité peut parfois être trompeuse : l’Espagne reste un marché avec ses propres règles, ses réseaux, ses pratiques commerciales et ses spécificités régionales.

C’est pourquoi la meilleure porte d’entrée ne se résume pas à une ville : elle dépend aussi de la qualité de l’accompagnement. Je recommanderais à toute entreprise française souhaitant s’implanter en Espagne de s’appuyer sur CCI France Espagne, à la fois sur sa communauté de membres, qui s’entraident et partagent leurs expériences, et sur ses services opérationnels.

Notre programme Booster permet précisément de sécuriser et d’accélérer l’implantation d’un projet : études de marché, recherche de partenaires ou de clients, implantation, domiciliation, recrutement et solutions de portage salarial. L’objectif est de permettre à l’entreprise de tester son marché et de construire sa présence tout en limitant les risques.

 

De nombreux Français envisagent aujourd’hui de créer leur entreprise ou de s’expatrier en Espagne. Quelles sont les principales erreurs que vous observez encore et quels conseils leur donneriez-vous ?

La première erreur consiste à penser que la proximité entre nos deux pays rend l’implantation presque automatique. En Espagne, on ne réussit pas simplement en transposant un modèle français. Il faut comprendre le marché, adapter son approche commerciale et prendre le temps de construire des relations de confiance.

La deuxième erreur est de sous-estimer la diversité du pays. Madrid, Barcelone, Valence, Bilbao ou Séville possèdent des écosystèmes, des cultures économiques et des spécialisations différentes. Le choix du lieu d’implantation doit correspondre à la réalité du projet, de ses clients et de ses besoins en talents.

Enfin, certains entrepreneurs attendent trop longtemps avant de chercher un accompagnement. Mon conseil serait simple : confronter rapidement son projet à la réalité locale, rencontrer d’autres dirigeants et s’entourer de professionnels qui connaissent le terrain.

La Chambre permet précisément d’éviter l’isolement. Elle offre à la fois un réseau d’entrepreneurs expérimentés et des solutions concrètes pour préparer, tester et accélérer une implantation.

 

La Chambre de commerce doit-elle évoluer pour répondre aux attentes d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, de start-up et de PME françaises ?

Bien sûr. Une institution de 143 ans ne conserve sa pertinence que si elle sait évoluer au même rythme que les entreprises qu’elle représente.

Les nouvelles générations d’entrepreneurs attendent davantage de réactivité, des mises en relation qualifiées et des résultats concrets. Elles veulent rencontrer rapidement les bonnes personnes, accéder à une expertise fiable et intégrer des communautés réunies autour de problématiques communes, plutôt que dans une logique exclusivement institutionnelle.

Nos commissions jouent ici un rôle central. Elles réunissent dirigeants et experts autour de sujets comme les ressources humaines, les finances, l’innovation, la communication, le développement durable, la conformité réglementaire ou les talents. La future commission Tourisme viendra compléter ce dispositif.

Nous devons également continuer à favoriser le dialogue entre start-up, PME et grands groupes. La Chambre est l’un des rares espaces où ces différents univers peuvent se rencontrer dans un climat de confiance. C’est précisément l’une des vocations du Prix Entrepreneur Tech, qui vise à mettre en relation des start-up innovantes et de grands groupes, et dont la prochaine édition se tiendra en avril de l’année prochaine. À nous de transformer ces rencontres en collaborations, en investissements et en opportunités d’affaires.

Cette capacité d’adaptation repose aussi sur une force internationale exceptionnelle : notre réseau mondial compte près de 120 chambres dans 95 pays. Une PME accompagnée à Barcelone peut ainsi accéder à un écosystème qui dépasse largement les frontières espagnoles.

 

Je dirai que nous avons réussi si, dans trois ans, nos membres considèrent que la Chambre leur est devenue encore plus utile.

 

Si nous nous retrouvons dans trois ans, au terme de votre mandat, qu’est-ce qui vous fera dire : « Nous avons réussi » ?

Je dirai que nous avons réussi si, dans trois ans, nos membres considèrent que la Chambre leur est devenue encore plus utile. Cela devra se traduire concrètement par une communauté plus nombreuse et plus diverse, davantage de projets franco-espagnols, des commissions encore plus actives et une meilleure capacité à accompagner les entreprises dans les deux sens : de la France vers l’Espagne et de l’Espagne vers la France.

J’aimerais également que nous ayons consolidé le rôle de la Chambre comme interlocuteur de référence des entreprises et des institutions, dans un environnement économique en pleine transformation. Plus le monde devient incertain, plus les entreprises ont besoin de repères solides et de tiers de confiance.

Enfin, la réussite sera collective. Elle reposera sur notre équipe, notre conseil d’administration renouvelé, nos membres et nos partenaires, ainsi que sur notre coopération avec la Chambre de Madrid et, au sein de la Team France Export, avec l’ensemble des acteurs qui accompagnent les entreprises françaises à l’international. Elle dépendra également de notre capacité à mobiliser le réseau mondial des chambres françaises.

Si nous avons contribué à faire émerger davantage de projets, à faciliter les investissements et à rapprocher durablement les écosystèmes français et espagnol, alors nous pourrons effectivement dire : nous avons réussi.

 

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