Élu depuis 2014, Pascal Bourbon entame un troisième mandat de conseiller des Français de l’étranger pour la Catalogne, l’Aragon et les Baléares. Ancien diplomate et entrepreneur, il revendique une approche indépendante, fondée sur la proximité et la coopération entre élus. Enseignement français, démarches consulaires, vie associative, entrepreneuriat… Il revient pour nous sur ses priorités et les limites d’une fonction qu’il exerce depuis douze ans.


Ce premier entretien ouvre notre série « Vos élus en Espagne », consacrée aux onze conseillers des Français de l’étranger élus en 2026.
Après douze années comme conseiller, qu’est-ce qui continue à vous motiver ?
Ce qui me motive, c’est de pouvoir être utile dans la vie des gens. Derrière une question de scolarité, de retraite, d’installation ou une difficulté administrative, il y a toujours une situation personnelle qui mérite qu’on lui accorde du temps. Cette dimension humaine reste essentielle pour moi : être un lien entre les Français de la circonscription et l'administration consulaire est très utile et correspond bien à mon profil (n'oublions pas que j'ai été diplomate pendant 7 ans au début de ma carrière professionnelle).
Mais mon regard a quelque peu évolué : je mesure mieux les possibilités de cette fonction, mais aussi ses limites. Un conseiller ne décide pas de tout. Il doit savoir écouter, trouver le bon interlocuteur, expliquer et suivre un dossier dans la durée. L’expérience permet d’être plus efficace, à condition de rester curieux et disponible. Ce troisième mandat, je l’aborde avec cette volonté : utiliser ce que j’ai appris tout en restant attentif aux besoins nouveaux.
Quels sont vos dossiers prioritaires pour cette rentrée ?
Je souhaite avancer sur trois sujets : l’accès à l’enseignement français, la qualité de la relation avec l’administration et le soutien à notre vie associative et à nos entrepreneurs français.
Pour les familles, les frais de scolarité et la compréhension des aides sont des préoccupations importantes. Nous devons les accompagner et défendre un accès aussi large que possible à notre réseau scolaire.
Pour les démarches administratives, je souhaite que chacun puisse mieux identifier son interlocuteur et comprendre les étapes de son dossier, notamment lorsqu’il vit loin de Barcelone. Les services consulaires à Barcelone sont devenus très efficaces et nous avons la chance d'avoir une très bonne équipe au Consulat au service des Français de la circonscription.
Enfin, les associations jouent un rôle quotidien dans l’accueil, la culture et la solidarité. Le STAFE (Soutien au Tissu Associatif des Français de l'Étranger) est un outil précieux. Lors du dernier conseil consulaire STAFE du 2 décembre 2025, nous avons examiné les dossiers de six associations.
Je souhaite poursuivre cet accompagnement en aidant les porteurs de projets à préparer leurs demandes suffisamment tôt et pour que cette procédure d'aide financière profite au plus grand nombre, notamment aux projets associatifs en dehors de Barcelone.
Que change concrètement l’indépendance de LIFE dans votre travail ?
Elle me permet d’apprécier un dossier en fonction de son utilité pour nos compatriotes. Je peux soutenir une proposition pertinente quel que soit celui qui la porte, et exprimer un désaccord lorsque je considère qu’une décision ne répond pas aux besoins locaux.
Cette liberté suppose aussi une responsabilité : expliquer ses positions et rendre compte de son travail. L’indépendance ne doit pas conduire à l’isolement. Pour obtenir des avancées, il faut travailler avec le consulat, les autres élus, les parlementaires, les associations et les acteurs économiques. Après douze ans, je reste convaincu que la qualité de ces relations de travail compte énormément.
Que retenez-vous de vos cinq années à l’Assemblée des Français de l’étranger ?
L’AFE m’a permis de relier les situations rencontrées ici à des enjeux qui concernent les Français établis dans de nombreux pays. On découvre que certaines difficultés locales sont partagées ailleurs et qu’elles appellent une réponse plus large.
D'autres, plus spécifiques, tels que les sujets relatifs à la sécurité concernent moins notre circonscription, mais sont par contre prioritaires dans certaines zones géographiques.
À la présidence depuis mars 2024 de la commission du Développement durable et du Commerce extérieur, j’ai notamment travaillé sur les liens entre activité économique et responsabilité environnementale. En mars 2026, notre commission a remis à la ministre Eléonore Caroit un rapport sur la conformité environnementale des entreprises françaises à l’international, comprenant dix recommandations concrètes issues de douze auditions au sein de la commission.
L’intérêt de ces travaux est de mieux éclairer les décisions publiques et les besoins d’accompagnement des entreprises. Il faut ensuite suivre leurs suites : remettre un rapport constitue une étape. Le Prix du Développement durable de l'AFE que cette commission organise tous les deux ans depuis 2019 permet également de faire connaître et de récompenser des initiatives de Français à l’étranger dont d’autres peuvent s’inspirer.
Les attentes des entrepreneurs ont-elles changé en dix ans ?
Certains besoins restent les mêmes : comprendre son environnement, trouver des partenaires fiables, constituer un réseau et rompre l’isolement des premiers mois. Connaître la France et aimer l’Espagne ne suffit pas à comprendre toutes les réalités d’une implantation professionnelle.
Étant moi-même entrepreneur et ayant pu constituer un réseau de contacts solide depuis plus de 25 ans à Barcelone, je me rends toujours disponible pour rencontrer et conseiller les entrepreneurs français qui souhaitent se lancer dans une nouvelle aventure en Espagne.
À ces besoins s’ajoutent des questions sur l’intelligence artificielle, l’évolution des métiers, le travail à distance, les aspects réglementaires et fiscaux et la transition environnementale. L’accompagnement doit aider chacun à identifier les compétences et les interlocuteurs dont il a besoin.
La récente visite d’État du président de la République en Espagne m’a donné l’occasion d’évoquer ces sujets à un autre niveau. Lors de la réception à la Résidence de France à Madrid, j’ai échangé avec Emmanuel Macron sur l’engagement des entrepreneurs français à l’étranger et le rôle de nos élus. Avec le roi Felipe VI, nous avons parlé de l’IESE et de la formation de dirigeants internationaux responsables. Ces échanges rappellent combien les liens économiques, éducatifs et humains nourrissent la relation franco-espagnole.
Comment améliorer la proximité au-delà de Barcelone ?
Il faut d’abord tenir compte de la diversité de notre circonscription. Vivre en Aragon, aux Baléares ou dans une commune catalane éloignée de Barcelone implique des contraintes différentes. La distance, les déplacements et l’accès à l’information peuvent compliquer une démarche pourtant simple en apparence.
Je souhaite développer des rendez-vous réguliers, en présence lorsque c’est possible et à distance, en m’appuyant aussi sur les relais associatifs locaux. Mais la proximité se mesure surtout au suivi : une personne qui nous sollicite doit savoir où en est sa demande et quelle suite elle peut en attendre. Personnellement, je me rend fréquemment dans le nord de la Catalogne (région de Rosas) où résident de nombreux retraités français.
Nous devons également aller vers ceux qui participent peu aux réseaux français. Ils peuvent avoir besoin de nous sans savoir précisément quel est notre rôle, mais ce n'est pas toujours facile de les identifier.
Sur quels dossiers les cinq élus peuvent-ils travailler ensemble ?
L’accès aux services consulaires, les bourses scolaires, l’aide aux personnes en difficulté et le soutien aux associations constituent une base évidente de travail commun. Sur ces sujets, nos compatriotes attendent de nous de la disponibilité, de l’équité et des solutions.
Le STAFE illustre bien cette responsabilité collective : examiner les projets avec sérieux, apprécier leur intérêt pour la communauté et formuler des avis argumentés. Nous pouvons aussi mieux partager les informations utiles et faire remonter ensemble les difficultés récurrentes auprès de l’administration.
Nous conserverons nos sensibilités et nos désaccords. C’est normal. Mais nous devons pouvoir nous retrouver sur des demandes précises lorsque l’intérêt de nos compatriotes le justifie.
Qu’aimeriez-vous avoir contribué à obtenir d’ici 2032 ?
J’aimerais que les Français de toute la circonscription identifient mieux leurs élus et puissent les joindre facilement. Que les familles comprennent mieux les possibilités de scolarisation et d’accompagnement. Que les associations disposent d’un soutien plus lisible et que les personnes qui s’installent professionnellement trouvent plus rapidement les bons réseaux.
Je souhaite aussi que nous accordions davantage d’attention aux personnes isolées ou fragilisées. Notre communauté comprend des parcours très différents, et la solidarité doit garder toute sa place.
En 2032, j’aimerais pouvoir constater des améliorations concrètes dans ces domaines et expliquer ce à quoi nous avons contribué, avec nos partenaires. La confiance se construit ainsi : par une présence régulière, des engagements suivis et la capacité à rendre compte des résultats comme des difficultés.
Sur le même sujet











