Édition internationale

Renaud Le Berre : « Le système des bourses est à bout de souffle »

Réélu pour un troisième mandat dans la circonscription de Barcelone, Renaud Le Berre tire la sonnette d’alarme sur les difficultés financières de l’enseignement français en Espagne. Après douze années de mandat, cet ancien président de la commission des finances et de la fiscalité à l’Assemblée des Français de l’étranger entend également poursuivre son engagement pour les personnes en situation de handicap, les entrepreneurs et les Français éloignés des services consulaires. Dans le cadre de notre série « Vos élus en Espagne », il revient sur ses priorités pour 2026-2032 et sur le travail qu’il souhaite mener aux côtés d’Ana Saint-Dizier.

Renaud Le Berre Renaud Le Berre
@Renaud Le Berre, DR.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 22 octobre 2026

Vous entamez un troisième mandat après douze années comme conseiller des Français de l’étranger. Dans quel état d’esprit abordez-vous ces six nouvelles années ? 

L'expérience me rend plus efficace pour soutenir nos compatriotes. L'enthousiasme est toujours présent malgré les difficultés que rencontrent les Françaises et Français de notre circonscription. Je prends les choses avec plus de recul et de patience. Les douze ans de mandat m'ont beaucoup appris et j'ai encore un certain nombre de projets à développer comme l'emploi des personnes handicapées, l'aide aux mères célibataires, la fiscalité des non-résidents, l'appui à l'entreprenariat et aussi les démarches pour prendre sa retraite.

 

Pendant la campagne, vous disiez vouloir à la fois poursuivre certains combats et préparer la relève. Votre liste a finalement obtenu deux sièges, avec l’élection d’Ana Saint-Dizier à vos côtés. Comment imaginez-vous cette transmission et le partage du travail au cours du mandat ?

Déjà, durant le mandat précédent, Ana Saint-Dizier et moi-même avons travaillé très étroitement en particulier sur l'éducation et les bourses. Nous allons poursuivre cette belle synergie et notre liste est composée de personnes souhaitant s'investir au profit des Françaises et de Français qui résident en Aragon, aux Baléares et en Catalogne.

Nous continuerons à travailler en complémentarité et le fait d'avoir gagné les élections nous donne davantage de légitimité et de poids auprès du consulat.  Cette victoire est la récompense de notre travail aux services des Françaises et Français. Mes thèmes de prédilection restent l'entreprenariat et la fiscalité, et pour Ana Saint Dizier les bourses scolaires par exemple.
 

La campagne est désormais derrière nous. Parmi les engagements que vous avez défendus, quels sont les deux ou trois dossiers sur lesquels vous souhaitez des avancées en priorité ?

Un dossier prioritaire est le sauvetage de notre réseau éducatif. La majorité des établissements français de notre réseau fait face à de graves difficultés financières. Nous devons faire pression sur le gouvernement pour sauver ses établissements. 

Il ne faut pas faire payer la facture aux parents et aux personnels. Pour l'instant nous n'avons que peu d'informations sur la réforme de l'Agence pour l'enseignement français à l´étranger ( AEFE).

Nous devons aussi poursuivre nos efforts afin d'appuyer les initiatives innovantes dans le domaine de l'économie sociale, solidaire et environnementale. Le manque de financement chronique empêche de nombreux projets innovants d'aboutir.

La situation des personnes et des enfants handicapés doit être améliorée. Il faut débloquer plus rapidement des financements pour les AESH ( Accompagnant des élèves en situation de handicap) et soutenir les familles d'enfants handicapés dans leurs démarches administratives et créer des opportunités d'embauche pour les adultes en situation de handicap.

 

L’éducation a toujours occupé une place importante dans votre engagement. Frais de scolarité, bourses, inclusion des élèves à besoins particuliers, avenir du réseau français : quel est aujourd’hui, le sujet qui vous préoccupe le plus et sur lequel vous pensez qu’un conseiller peut réellement peser ?

Comme je l'ai décrit plus tôt, nous faisons face à une crise sans précédent de notre système éducatif en français. Cela fait des années que j'ai alerté à l'Assemblée des français des difficultés financières de notre réseau en Espagne. Nous ne cessons aussi d'alerter nos parlementaires sur la situation.

Le réseau perd des élèves, les aides de l'État baissent fortement, les recettes chutent et les coûts ne sont pas maîtrisés. Nous faisons face à une impasse budgétaire dans la majorité des établissements. Les établissements de Reus, de Palma de mallorca et de Saragosse ont été vendus à l'AFLEC. Nous suivrons particulièrement ces établissements et nous saurons rapidement les intentions réelles de ce repreneur.

Le système des bourses est à bout de souffle, car incapable de répondre aux besoins des familles, et le nombre de boursiers est en chute libre depuis 10 ans, ce qui fragile d´autant plus nos établissements qui perdent des élèves boursiers.

Nous devons aussi soutenir les associations FLAM ( français langue maternelle) et nos deux instituts français de Saragosse et de Barcelone. Pour l'inclusion des enfants à besoin éducatifs particuliers de nombreuses avancées ont été faites depuis 12 ans en particulier grâce à l'association ALEDAS. Ils restent à améliorer, comme je l'ai rappelé à l’instant, le financement des AESH et les délais de traitement des dossiers.

 

Vous avez également siégé à l’Assemblée des Français de l’étranger lors de la précédente mandature. Avec le recul, qu’est-ce que cette expérience vous a permis de faire que le mandat local ne permet pas ? 

Ce fut une expérience fantastique et enrichissante. J'ai présidé la commission des finances, du budget et de la fiscalité pendant 5 ans. J'ai pu créer un climat de confiance avec l'ensemble des administrations du ministère des affaires étrangères, la direction des Français de l´étranger, le gouvernement, les parlementaires, la DINR (direction des impôts des non- résidents) et la CNAV (caisse nationale d'assurance vieillesse).

Cela m'a permis de débloquer de nombreux dossiers (retraite, fiscalité, bourses, droit au compte…) et j'ai gardé de nombreux contacts qui me permettent de continuer à faire suivre une grande quantité de cas.

 

Depuis vos premières campagnes, vous défendez l’idée d’un conseil consulaire plus proche des citoyens et davantage connecté au tissu associatif. Douze ans plus tard, estimez-vous que cette institution est mieux connue et plus accessible ? 

En 12 ans de mandat, je n'ai pas pu réellement faire mieux connaître le rôle du conseil consulaire. Il faut faire plus de publicité sur notre travail de conseiller et réaliser sans doute  davantage de conseil consulaire thématique mais les conseils sont très encadrés par la loi et le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.

Nous devons être encore plus proches de nos concitoyens. C'est avant tout l'objectif de sa présidence et je ferai tout pour l'aider. Nous sommes bénévoles et parfois le temps nous manque.


Cinq conseillers issus de quatre listes différentes ont été élus. Une fois la campagne terminée, sur quels sujets pensez-vous qu’un travail collectif entre les cinq élus est possible, voire indispensable ?

Nous avons l'habitude de travailler ensemble et sur de nombreux thèmes nous sommes d'accord. Une fois élus, nous défendons avant tout nos compatriotes quelque soit la couleur politique. Nous travaillons principalement ensemble sur les sujets des bourses, de l'éducation et de la qualité des services publics consulaires.

 

Enfin, si vous vous projetez à l’horizon 2032, quelles avancées aimeriez-vous avoir contribué à obtenir pour les Français de Catalogne, d’Aragon et des Baléares au cours de ce nouveau mandat ?

Nous devons défendre encore une plus grande facilité à l'accès des services consulaires pour la délivrance des titres d'identité et des aides sociales. Nous devons concevoir des bourses mieux adaptées aux situations des familles, des financements pour nos entrepreneurs. 

En 2032 , je souhaiterais voir des établissements français ( lycées et instituts français ) en bonne santé financière et faire tout pour améliorer la cohésion sociale entre nos concitoyens afin de réduire la polarisation politique.

 

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