Mercredi 20 octobre 2021
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"La situation s'est énormément dégradée pour les Français à Barcelone"

Par Francis Mateo | Publié le 25/03/2021 à 12:43 | Mis à jour le 26/03/2021 à 09:36
Photo : Serge Bourgeois, président de la Société Générale Française de Bienfaisance de Barcelone / © F. Mateo
Bienfaisance Barcelone

Installé à Barcelone depuis 1973, Serge Bourgeois a toujours été au contact de la communauté française dans la capitale catalane. Depuis 2014, il est président de la Société Générale Française de Bienfaisance de Barcelone, qui a pour mission principale d'aider les Français et binationaux en situation de précarité. Interview.


Comment mesurez-vous l'impact de la crise sanitaire depuis un an ?

La situation s'est énormément dégradée pour les Français de Barcelone cette année à cause des baisses de ressources, liées à la perte d'emploi ou un arrêt brutal de l'activité en raison de la crise sanitaire. Nous le constatons notamment à travers une croissance des demandes d'assistance qui ont augmenté de 40%. Concrètement, nous avons aidé 24 familles en 2019, et nous en avons secouru 34 en 2020. Sans compter évidemment ceux qui sont rentrés en France. 


Quel est le profil de ces personnes ?

Ce sont d'abord des personnes âgées sans revenus suffisants, auxquelles nous apportons une aide économique supplémentaire. Ce sont ensuite tous ceux qui ont eu ce que nous appelons des "accidents de vie", comme un divorce ou une perte d'emploi, pour la plupart d'ailleurs des familles monoparentales, et généralement des femmes avec enfants. Nous apportons par ailleurs une aide financière aux familles dans le besoin dont les enfants nécessitent un appui psychologique. Nous finançons ainsi l'intervention de professionnels, psychologues ou orthophonistes, pour permettre de prendre en charge ces enfants. Ce qui est particulièrement important en cette période de crise, avec toutes les angoisses voire les détresses qu'elle génère. 


Soutien psychologique


Y a-t-il justement des besoins particuliers liés à la pandémie ? 

Au-delà des aides financières directes, le soutien psychologique est extrêmement important, en particulier pour des personnes qui se retrouvent isolées, souvent des personnes âgées. Nous avons des volontaires qui vont les voir pour discuter, faire la lecture, les aider dans leurs démarches administratives ou simplement prendre rendez-vous pour une visite médicale. Nous avons affaire à des personnes qui sont totalement isolées, totalement seules, et qui souvent ne sont pas capables de gérer des situations quotidiennes. Ce sont très peu de personnes bien évidemment par rapport à l'ensemble de la communauté française, mais ce sont des personnes invisibles, qui parfois échappent aux radars du consulat et des services d'aides locaux. Et qui peuvent ressentir une véritable détresse dans leur isolement. C'est d'autant plus important que pendant cette période de pandémie, je le répète, il y a eu une détérioration des états mentaux et psychologiques, donc ce besoin d'assistance se fait particulièrement sentir. 

Au cours de ces derniers mois, nous avons aussi collaboré avec l'opération de Romain Fornell "Comer Contigo", pour distribuer des aliments aux plus démunis. Et nous avons organisé des collectes de vêtements, en coordination avec l'association Barcelone Accueil, l'Institut Français et le Lycée Français de Barcelone.


Comment se porte la Société Générale Française de Bienfaisance de Barcelone ?

Comme toutes les entreprises et associations, la Bienfaisance souffre de cette crise, parce qu'il faut justement faire face à la forte augmentation des demandes d'aides. Comme la Bienfaisance vit grâce à ses revenus de logements locatifs dont elle est propriétaire, la crise a impacté nos recettes, et donc notre budget, qui tourne aux alentours de 300.000 €. Je tiens à souligner que nous sommes une association apolitique et aconfessionnelle, et que nous ne percevons aucune aide de l'Etat, à l'exception de la subvention exceptionnelle que nous avons reçue pour publier notre livre d'histoire sur les Français de Barcelone (1). 

Par ailleurs, le mouvement associatif est également en crise : nous avions 500 adhérents il y a cinquante ans, et nous sommes aujourd'hui 70 membres, dont la moyenne d'âge est au-dessus de soixante ans. Nous restons cependant très actifs, mais sans doute trop méconnus de la population française de Barcelone. Nous espérons donc que d'autres personnes de bonne volonté vont nous rejoindre pour prolonger cet élan d'entraide et de solidarité qui anime la Bienfaisance depuis 175 ans.


(1) "Les Français de Barcelone - Ombres et lumières - du XVe au XXe siècle", de Guillaume Horn. En vente à la Librairie Jaimes de Barcelone (www.jaimes.cat)

Plus d'infos sur la Société générale de Bienfraisance de Barcelone, ici.


 

francis mateo

Francis Mateo

Journaliste spécialisé en économie et tourisme, correspondant pour lepetitjournal.com en Catalogne, Francis Mateo est également directeur des éditions Barnanews.com (Barcelone).
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