À Barcelone, l’intelligence artificielle a trouvé son “festival”. À l’origine de l’AI Summit Barcelona, quatre entrepreneurs français aux profils complémentaires : Guillaume Rostand, également président de la French Tech Barcelona, Jérémie Benhamou, Adam Hruska et Tanguy Wincker. En à peine un an, leur pari un peu fou — créer un événement IA différent, plus créatif que corporatif — est devenu l’un des rendez-vous tech les plus ambitieux d’Espagne. Rencontre avec Guillaume Rostand, chef d’orchestre enthousiaste d’un projet qui veut faire rimer Barcelone, innovation et optimisme.


Avec une centaine d’événements à votre actif, à quel moment avez-vous compris que l’AI Summit ne serait pas “juste un de plus” ?
Je travaille dans la tech depuis plus de vingt ans. Et ça fait quinze ans que je vis à Barcelone. Depuis presque sept ans, je suis dans la French Tech Barcelona — et franchement, il y a quelque chose de magique ici. J’ai eu la chance d’arriver au moment où la “magie Barcelone” rencontrait le dynamisme de la tech. Et depuis, je m’éclate.
En sept ans, j’ai en effet organisé près d’une centaine d’événements — entre cinq et cinq cents personnes — environ une dizaine par an. Mais l’AI Summit, c’est autre chose. C’est le moment où on a voulu matérialiser tout ce qu’on aime : Barcelone, la tech, et cette révolution gigantesque qu’est l’IA.
Au départ, ça devait être un petit événement de 300 personnes.
À l’origine, on voulait faire un événement sympa. Deux ou trois cents personnes. Un format proche de ceux que j’organise tous les deux mois. Et puis… la réponse de l’écosystème a été incroyable. Les intervenants, les sponsors, la communauté locale. On s’est rendu compte que Barcelone se vend déjà très bien toute seule. Alors si on ajoute la couche IA par-dessus, ça peut devenir… légendaire.
Mais attention : on ne voulait surtout pas faire un salon classique. Des allées, des stands, des gens derrière des roll-ups en train de distribuer des goodies… très peu pour nous. On veut quelque chose de dynamique, créatif, vivant. Un événement qui ressemble plus à la Primavera qu’au Mobile World Congress. Pour moi, ce n’est pas un salon. C’est un festival.
De 1.200 à 10.000 personnes.
La première édition ? Montée en trois mois. La deuxième ? Plus de temps, plus de moyens. Notre objectif est clair : passer de 1.200 à 10.000 participants au W Barcelona, sur l’eau, avec une vraie dimension spectaculaire. À terme, on veut créer le premier grand rassemblement européen dédié à l’IA. Et Barcelone nous aide énormément. Bord de mer. Octobre. Soleil. Atmosphère internationale. On est objectivement des enfants gâtés !
L’AI Summit repose sur une aventure collective. Un mot sur les trois autres cofondateurs ?
Ils ne foutent rien (Rires). Moi je les appelle à 11h, ils dorment. Plus sérieusement, l’histoire est assez accidentelle. Je rencontre l’ambassadrice de France qui me parle d’un événement sur l’IA pour montrer que la France est en avance. Deux jours plus tard, Jérémie m’appelle : “On était en train de boire un verre, on s’est dit qu’il fallait faire un truc sur l’IA.” Et le truc a pris.
Heureusement, je m’étais déjà associé avec Tanguy et Adam sur des learning expeditions. Ce sont des machines de travail. Il y a une alchimie entre les “deux boomers un peu barrés” — Jérémie et moi — et les deux jeunes ultra structurés.
Adam est obsédé par la logistique. Il peut compter les lattes de parquet d’une salle. Tanguy est sur le sponsoring et le commercial. Jérémie gère énormément la communauté. Moi, je m’occupe plutôt des relations institutionnelles et de la scénarisation. Chacun son rôle. C’est ça qui fonctionne. J’ai monté des dizaines de boîtes. C’est rare d’avoir un projet où l’enthousiasme est permanent. Et c’est clairement le cas ici.
Comment conciliez-vous l’euphorie d’un projet qui explose avec la pression énorme du jour J ?
Ce qui est fou, c’est la vitesse à laquelle tout a dépassé nos attentes. Il y a un an, l’événement n’existait pas. Aujourd’hui, on échange avec des dirigeants internationaux qui acceptent de venir sur scène.Tu reçois un mail. Tu crois à une blague. Puis tu réalises que non, c’est réel. Et là, il faut produire.
C’est ça la dualité : d’un côté, tu n’en reviens pas de ce qui t’arrive. De l’autre, il faut que le 23 septembre, 10.000 personnes soient là, que les speakers aient un micro, que le catering soit prêt. Dans l’événementiel, la motivation est la clé. Si tu ne fais pas le job, personne ne le fera à ta place. C’est épuisant. Mais c’est génial.
Barcelone est à l’endroit parfait : internationale mais encore accessible. Ambitieuse mais pas figée.
Vous pensez que ce format pourrait exister ailleurs qu’à Barcelone ?
Honnêtement, non. Malaga bouge, c’est vrai. Mais ça n’a pas encore l’aura internationale. Paris est trop cadrée, trop saturée. Londres, il faut arriver avec des millions pour exister. Barcelone est à l’endroit parfait : internationale mais encore accessible. Ambitieuse mais pas figée.
Ici, beaucoup de choses sont encore possibles. Et surtout, Barcelone est plus grande à l’extérieur qu’à l’intérieur. Son image dépasse sa taille réelle. C’est un levier incroyable.
Une bulle d’optimisme.
On vit dans un monde anxiogène. L’IA fait peur. La tech inquiète. Mais nous, on essaie de créer une bulle d’optimisme. Un espace où l’on célèbre l’innovation, la créativité, l’intelligence collective.
Tant que tu te lèves le matin avec une énergie un peu enfantine — celle de te dire “je ne sais pas ce qui va m’arriver aujourd’hui, mais ça va être dingue” — tu tiens. Et pour l’instant, chaque jour nous donne raison.
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