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Consulaires 2026 : Youssef Hanayen, tête de liste, répond à nos questions

À l’occasion des élections consulaires du 31 mai 2026, Lepetitjournal.com donne la parole aux différentes têtes de liste de la circonscription. Youssef Hanayen, tête de liste « Pour une gauche de rupture, sociale, citoyenne, écologiste et solidaire », revient sur ses priorités pour les Français établis en Espagne, entre défense des services publics, proximité consulaire et justice sociale.

Youssef Hanayen Youssef Hanayen
@Youssef Hanayen, DR.
Écrit par Vincent GARNIER
Publié le 14 mai 2026

Youssef Hanayen, 29 ans, vit à Barcelone depuis 2016. Employé administratif dans une entreprise de transport logistique, il termine actuellement un master en relations internationales. Né Français de l’étranger, il revendique un engagement politique centré sur la justice sociale, la défense des services publics et la proximité avec les Français établis en Espagne.

 

Pourquoi avez-vous choisi de vous présenter à cette élection ?

Je fais partie des rares têtes de liste à ne jamais m’être présenté à une élection auparavant. Cette décision n’est pas le fruit d’une démarche individuelle mais a été prise collectivement.

Nous avions un élu consulaire insoumis, Philippe Ogonowski. Il s’est présenté pour la première fois en 2014 et a obtenu un siège, avant d’être réélu en 2021. Dans une volonté de régénération démocratique, fidèle à une conception de l’engagement politique opposée à la professionnalisation et à l’installation durable des mêmes figures aux postes à responsabilité, il a choisi de passer le relais. Ayant été élu co-référent du mouvement en Espagne en 2022, c’est tout naturellement vers moi que plusieurs camarades se sont tournés pour me proposer de prendre la relève.

De mon côté, si je m’engage aujourd’hui, c’est par conviction et parce que je ressens l’obligation de le faire. Actuellement, beaucoup de nos compatriotes se sentent désabusés par le marasme politique. Ils ont le sentiment que tout cela ne sert à rien et que se tenir à l’écart leur permettra d’être plus sereins, de ne pas « se salir ». Mais vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique, elle, s’occupe de vous malgré tout.

De la conviction qui nourrit mon engagement émergent deux grands axes.

Le premier, intrinsèque à toute personne se définissant de gauche, est la lutte contre les inégalités, la défense des plus démunis et celle des services publics. C’est de là que découle l’ensemble de notre programme.

Le deuxième axe est tout aussi important : c’est un travail de sensibilisation et de pédagogie. Je souhaite défendre des valeurs, des principes. Malheureusement, cela devient de moins en moins commun à notre époque. À bien des égards, nous faisons aujourd’hui face à un renversement profond des valeurs.

Cet axe est d’autant plus important que nous vivons une période sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Un processus d’accélération de l’histoire semble s’être enclenché, comparable à celui qu’a connu le siècle dernier. Vous connaissez peut-être cette célèbre citation : « Il y a des décennies où rien ne se passe, et il y a des semaines où des décennies se produisent ». Nous sommes en plein dedans.

Entre l’essor de l’intelligence artificielle, l’offensive d’une extrême droite globalisée - dont l’apogée est la fascisation des États-Unis, longtemps considérés comme le précurseur de la démocratie contemporaine -, les crises politiques, démocratiques, économiques et sanitaires, ainsi que l’urgence climatique, il me semble plus important que jamais de monter au créneau pour défendre et préserver les valeurs qui nous tiennent à cœur.

 

L’information et la communication jouent un rôle essentiel dans la relation entre les conseillers des Français de l’étranger et les citoyens. Que proposez-vous pour les renforcer ? 

Les conseillers des Français de l’étranger, c’est avant tout la construction d’un contact humain avec nos concitoyens : créer du lien, jouer un rôle de relais et de proximité. Votre affirmation est donc tout à fait juste. C’est d’ailleurs cette dimension humaine que nous souhaiterions rétablir au sein de l’administration consulaire.

Le contact entre l’administration et les Français devient de plus en plus compliqué. La digitalisation et le tout-numérique ont évidemment leurs avantages, mais lorsque l’on perd le contact humain, tout devient plus difficile pour une partie de nos compatriotes. C’est particulièrement vrai pour celles et ceux qui vivent loin des consulats, mais aussi pour les publics les plus vulnérables face à cette dématérialisation à outrance.

Afin de renforcer ce lien entre les conseillers des Français de l’étranger et les citoyens, élément essentiel au bon fonctionnement de ce système démocratique que beaucoup nous envient, nous proposons l’organisation d’assemblées citoyennes. Celles-ci seraient organisées tous les six mois dans les différents territoires qui composent notre circonscription, selon un principe de rotation : une fois en Aragon, la suivante aux Baléares, puis en Catalogne. Nous veillerons également à alterner les villes.

Car notre circonscription ne se résume pas à Barcelone, Saragosse ou Palma. Des Françaises et des Français vivent aussi à Gérone, Huesca, Ibiza, Tarragone et dans bien d’autres territoires encore. Nous enverrons des LEC ciblés à toutes les personnes inscrites au registre consulaire afin de les informer de l’organisation de ces assemblées citoyennes.
Pour nos compatriotes, ces rencontres seront l’occasion de nous faire remonter leurs problématiques, mais surtout de formuler des propositions, d’échanger et de débattre. Nous voulons en faire une véritable agora, où chacun aura son mot à dire.

De la même manière, nous organiserons des permanences consulaires sur l’ensemble de la circonscription. En tant qu’élus des Français de l’étranger de la circonscription de Barcelone, nous ne comptons pas rester cantonnés à nos lieux de résidence. Nous irons à la rencontre de tous nos concitoyens, aux quatre coins de la circonscription.


Plusieurs sujets préoccupent aujourd’hui les Français de l’étranger (services consulaires, éducation, mobilités professionnelles). Comment comptez-vous agir sur ces priorités si vous êtes élu(e) ?

Effectivement, le chantier est vaste et nous souhaitons nous mettre au travail le plus rapidement possible.

Concernant les services consulaires, comme je le disais précédemment, nous voulons remettre de l’humain au cœur du dispositif. Notre objectif est de revenir à un véritable service public consulaire de proximité.

Récemment, le Consulat général de France à Barcelone a récupéré la compétence concernant le renouvellement des passeports et des cartes d’identité. Cela a été le résultat d’un long combat mené auprès de l’administration. Pendant des années, nos compatriotes devaient se rendre jusqu’à Madrid pour refaire leurs papiers, parcourant parfois plus de 650 kilomètres pour effectuer une première démarche, puis refaire le trajet afin de récupérer leurs documents. C’était absurde.

Aujourd’hui, le problème subsiste encore pour les actes d’état civil : naissances, mariages, décès, transcriptions ou demandes de copies. Nous nous battrons pour le rétablissement du traitement de ces actes d’état civil au Consulat général de France à Barcelone. Il n’y a aucune raison pour que cette compétence ne soit pas exercée localement.

Ce sujet est extrêmement symbolique, car il illustre parfaitement la disparition progressive des services publics de proximité. Il faut rétablir ce lien humain et ne pas systématiquement privilégier l’interface numérique. Nous ne devons pas oublier toutes les personnes peu à l’aise avec ces outils. Pour certains, simplement réussir à obtenir un rendez-vous en ligne peut déjà être une difficulté. En ce sens, l'accompagnement de nos aînés et des personnes les moins à l’aise avec l’usage d’internet est essentiel.

Par ailleurs, la nouvelle configuration des sites internet consulaires a entraîné la disparition de nombreuses informations locales, ce qui est très regrettable. Auparavant, les sites du consulat mettaient en avant des organismes et associations spécialisées. Il existait notamment une véritable valorisation d’associations œuvrant auprès des femmes en difficulté. À Barcelone, il existe des structures remarquables, compétentes et reconnues, que ce soit dans le domaine juridique, psychologique ou social. Les femmes concernées pouvaient accéder à ces ressources grâce au relais du consulat.

De la même manière, il est indispensable de promouvoir davantage les organismes locaux d’entraide et de solidarité. Soyons honnêtes : combien de Français savent réellement que ces structures existent ? Il est également primordial de soutenir et de valoriser des initiatives comme le Salon de l’emploi, qui met en relation les entrepreneurs français et les demandeurs d’emploi francophones. En la matière, le travail de Pierre-Olivier Bousquet est remarquable.

Tout cela participe de cette conception d’un service public de proximité, malheureusement progressivement démantelé aujourd’hui. Nous ferons tout pour enrayer cette dynamique et remettre de l’humain au cœur du fonctionnement consulaire.

En ce qui concerne l’éducation, nous avons également beaucoup de propositions. C’est d’ailleurs l’un des axes prioritaires de notre campagne, ce qui explique le nom même de notre liste.

Aujourd’hui, nous faisons face à un véritable cercle vicieux. Le désengagement de l’État entraîne une baisse importante des budgets. Cela conduit à la suppression de postes de fonctionnaires détachés de l’Éducation nationale, remplacés par des contrats locaux entièrement financés par les établissements. À cela s’ajoute le transfert du coût des pensions civiles vers les EGD et les établissements conventionnés.

Les établissements n’ont alors d’autre choix que d’augmenter les frais de scolarité. Les familles se retrouvent confrontées à une hausse des tarifs qui n’est même pas compensée par une amélioration de la qualité de l’enseignement. Conséquence directe : les établissements enregistrent moins de nouvelles inscriptions. Avec des revenus en baisse, les directions se retrouvent ensuite contraintes d’augmenter encore davantage les frais de scolarité.

Pour y remédier, l’une des solutions serait de revenir à un véritable système de bourses sur critères sociaux, et non à de simples aides à la scolarité. Ces dispositifs doivent également mieux prendre en compte la réalité locale de notre circonscription ainsi que le coût réel de la vie.

En tant qu’élus consulaires, nous nous battrons pour que les familles reçoivent les bourses nécessaires afin de permettre le maintien de leurs enfants dans le système français. Et à Paris, nous disposons d’un soutien important. En effet, les députés insoumis ont été parmi les seuls à défendre les Français de l’étranger sur ces questions. Des amendements ont été déposés pour augmenter les crédits consacrés aux bourses scolaires (à Barcelone nous sommes passés d’environ 3 M d’euros sur l’exercice 2014-2015 à environ 1 million d’euros sur l’exercice 2025-2026), obtenir des moyens supplémentaires pour l’AEFE et s’opposer à la coupe budgétaire de 58,9 millions d’euros.

Nous voulons que la France continue de rayonner à travers son système d’enseignement à l’étranger et que celui-ci ne soit pas simplement réservé à une élite locale. L’école française doit rester inclusive et accessible à tous les Français.

Enfin, concernant l’emploi, nous souhaitons renforcer les actions de formation et d’aide à l’insertion professionnelle. La mise en réseau des demandeurs d’emploi et des entreprises françaises, telle qu’elle est promue par le Salon de l’emploi, doit être davantage soutenue institutionnellement. Cela passe notamment par une meilleure promotion sur les sites consulaires, par l’envoi de communications institutionnelles à nos compatriotes, mais aussi par une présence officielle forte lors de ces événements. Et lorsque je parle de présence institutionnelle, je ne parle pas uniquement des élus qui participent déjà régulièrement à ces initiatives, mais également de représentants importants du consulat.

À l’image de ce qui existe dans le domaine social, le conseil consulaire pourrait aussi émettre des avis sur les demandes de soutien financier et sur la répartition des crédits consacrés à la formation professionnelle et à l’emploi, afin de garantir la pertinence des projets par rapport aux réalités locales.

Pour faire face à la crise de l’emploi chez les jeunes, dont beaucoup se retrouvent, une fois leurs études terminées, dans l’incapacité d’obtenir une première expérience professionnelle, nous mènerons un travail d’influence auprès de nos députés afin de relever l’âge limite du Volontariat International en Entreprise (VIE) à 35 ans. Cette mesure permettrait d’ouvrir davantage le dispositif, particulièrement aux personnes en reconversion professionnelle. Il serait également pertinent d’étendre ce dispositif à la formation professionnelle ainsi qu’à des profils non universitaires, notamment issus de filières telles que les CAP ou les BEP.

Nous devons également garantir un soutien financier et institutionnel aux petites et moyennes entreprises françaises touchées par les crises successives. 

Enfin, je considère utile la création d’un registre des entrepreneurs français à l’étranger, sur la base du volontariat, afin de disposer de données fiables et d’adapter plus efficacement les politiques de soutien.

 

Quelle valeur ajoutée spécifique votre liste apporterait-elle aux Français de l’étranger ?

Cette question est extrêmement pertinente. En effet, lorsque l’on regarde les programmes des différentes listes en lice aux élections consulaires, on constate que tout le monde défend à peu près les mêmes objectifs : mettre fin aux coupes budgétaires imposées aux Français de l’étranger, alors qu’ils ne représentent qu’environ 0,1 % du budget total de l’État ; accorder davantage de moyens à l’AEFE, au réseau FLAM et aux Instituts français ; faire vivre et rayonner notre culture française ; améliorer la qualité des services publics consulaires ; etc. 

Et pourtant, dans les faits, ces mêmes listes soutiennent à Paris des partis qui votent les budgets successifs des gouvernements d’Emmanuel Macron. Ce sont précisément ces budgets qui sont responsables de la détérioration de nos conditions de vie à l’étranger.

Alors, la valeur ajoutée spécifique de notre liste, c’est la cohérence. C’est le fait d’être droits dans nos bottes et de mener les mêmes combats à Paris, qu’à Barcelone, qu’à Madrid ou qu’à Lisbonne. Nous ne nous cachons pas et nous n’avons pas peur d’assumer qui nous sommes.

C’est aussi pour cela que nous serons plus efficaces que nos concurrents. Nous entretenons des liens étroits avec plusieurs députés importants. Ils sont à notre écoute et nous sommes à la vôtre. 

Tout cela nous permettra de porter concrètement les revendications de nos électeurs et électrices, et d’obtenir les avancées que nous leur avons promises. Nous nous engageons pleinement pour cela et nous n’avons qu’une seule parole.

 

Face à ceux qui jugent la fonction de conseiller des Français de l’étranger peu influente, comment démontrer son utilité concrète ? Et sur quels critères devrait-on évaluer, à l’avenir, le bilan des élus sortants ?

La fonction de conseiller des Français de l’étranger est souvent critiquée et rarement jugée à sa juste valeur, notamment parce qu’elle agit loin de la lumière médiatique.

Pourtant, son utilité se mesure précisément dans sa capacité à résoudre des problèmes concrets du quotidien et à faire remonter les réalités du terrain vers les institutions françaises. Mon collègue et camarade Philippe Ogonowski me racontait encore récemment comment, un dimanche soir, alors qu’il s’apprêtait enfin à se détendre devant un film après une semaine de dur labeur, il avait reçu l’appel d’un Français en détresse qui venait de se faire voler son passeport et ne pouvait plus embarquer sur son vol.

C’est un travail bénévole, exigeant et de longue haleine. Un conseiller des Français de l’étranger est disponible pour ses concitoyens quasiment 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Et il ne s’agit pas d’un mandat symbolique. Le conseiller intervient sur des sujets très concrets : l’accès aux services consulaires, la scolarité dans les établissements français, les bourses scolaires, l’accompagnement social ou encore les difficultés administratives rencontrées par nos compatriotes à l’étranger. Il constitue le premier relais entre les citoyens et l’administration consulaire.

L’influence de cette fonction ne doit donc pas être évaluée uniquement à travers la visibilité politique ou médiatique, mais à travers sa capacité d’écoute, d’action et de médiation. Un élu utile est un élu accessible, présent sur le terrain, capable de défendre des dossiers et d’obtenir des avancées concrètes pour la communauté qu’il représente.

À l’avenir, le bilan des élus sortants devrait être évalué selon des critères objectifs et transparents : leur présence réelle auprès de la communauté, la fréquence et la qualité des permanences ou consultations, les initiatives qu’ils ont portées, leur participation effective aux conseils consulaires, leur capacité à informer les Français de l’étranger de leurs droits, les résultats obtenus sur les dossiers locaux et, enfin, leur aptitude à créer du lien entre les citoyens, les associations et les institutions françaises.

La question essentielle n’est donc pas : « Cette fonction est-elle influente ? », mais plutôt : « Les élus utilisent-ils réellement leur mandat pour améliorer la vie des Français de l’étranger ? »

Enfin, je pense qu’il serait également nécessaire de donner davantage de compétences et de prérogatives aux conseillers des Français de l’étranger. Si nous voulons que notre démocratie fonctionne mieux et que nos compatriotes soient mieux représentés à l’étranger, il faut renforcer le rôle des conseillers consulaires. Cela passerait, par exemple, par une évolution de leur statut : aujourd’hui essentiellement consultatif, il devrait tendre vers un véritable pouvoir délibératif dans les conseils consulaires, les commissions de bourses (CCB) et autres instances locales. Il serait également pertinent d’ouvrir la réflexion sur l’attribution d’un véritable caractère délibératif à l’Assemblée des Français de l’étranger.

La participation électorale demeure faible aux élections consulaires. Comment la renforcer ?
 
C’est terrible et profondément triste pour notre démocratie.

Déjà, lors de la dernière législative partielle, lorsque nous distribuions des tracts devant des lieux fréquentés par la communauté française, très peu de nos compatriotes étaient au courant de la tenue de l’élection. Et c’est encore pire pour les élections consulaires.

Récemment, nous avons encore mené des opérations de tractage devant les écoles françaises et près de la moitié des personnes que nous avons abordées ne savaient même pas en quoi consistaient ces élections.

Je crois donc qu’il nous faut faire preuve de pédagogie et multiplier ce type d’initiatives. Il faut aller au contact de nos concitoyens, leur expliquer le rôle du conseiller consulaire et en quoi celui-ci peut concrètement leur apporter du soutien dans leur quotidien.

Si tous les candidats et toutes les listes s’attelaient réellement à ce travail de terrain et d’explication, il y aurait, je l’espère, une nette amélioration de la participation. Car, au fond, les gens se mobilisent lorsqu’ils comprennent l’importance concrète d’une élection pour leur vie quotidienne.

De notre côté, nous ne lâcherons rien. Jeudi prochain, nous serons à nouveau dans la rue pour faire ce travail de pédagogie et semer des graines auprès de notre communauté française.

 

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