

Le French TV Showcase est une initiative de TV France International, une association créée il y a 13 ans. Elle regroupe des producteurs audiovisuels français, et vise à promouvoir la télévision française à travers le monde. Rencontre avec Mathieu Béjot, son directeur
Mathieu Béjot, directeur de TV France International
Pourriez-vous nous expliquer ce qu'est le French TV Showcase ?
C'est un marché de programmes télévisés français pour les acheteurs du monde entier. L'idée est de susciter des rencontres et d'entretenir des relations. Il y a environ cinq ou six Showcases par an. En fin d'année dernière, nous sommes partis à Rio pour une opération ouverte à toute l'Amérique latine. En janvier nous étions à Dubaï et dans trois semaines c'est Tokyo.
Et l'Espagne dans tout cela?
En Espagne, on commence à voir les effets de la régularité. En plus, il y a une ambiance qui n'est pas la même qu'ailleurs. Les gens n'arrivent pas forcément à l'heure par exemple, mais ça n'est pas uniquement cela. Le marché espagnol, c'est une ambiance particulière.
En amont, comment se passe le casting des entreprises de production françaises ?
TV France International propose aux sociétés adhérentes de se joindre à l'évènement. Pour des raisons x ou y, certains vont préférer Madrid à Tokyo.
Comment se passe l'organisation du French TV Showcase à Madrid?
Pour les invités espagnols, on décide aussi avec les adhérents. Certains partenaires nous demandent la présence de certaines personnes. L'Ambassade invite également. On a l'impression que c'est naturel mais l'évènement nécessite une énorme organisation.
Comment définiriez-vous le marché espagnol?
C'est un marché compliqué, pour différentes raisons. Il y a la TVE (la chaîne publique nationale), qui est structurellement en difficulté depuis plusieurs années. Certains clients nous disent "on veut bien venir mais on ne sait pas si on pourra acheter". Malgré tout, ici les chaînes continuent à fonctionner 24h/24, ça veut bien dire qu'il y a des programmes. Depuis deux ans, on sent que le marché espagnol est reparti, après une période un peu creuse. C'est aussi grâce à l'apparition de petits nouveaux qui ont besoin de programmes et de se différencier: la chaîne Cuatro, qui a changé de statut et qui est devenue une chaîne en clair, l'arrivée de la Sexta et de la TDT (Télévision Digitale Terrestre, équivalent de la TNT). Cela crée de la concurrence, un appel d'air, et des possibilités.
La recette du succès du French TV Showcase ?
Ce qui fait la force de notre opération, c'est la diversité. Nos interlocuteurs espagnols savent qu'ils vont trouver leur bonheur parmi le panel de ce qui se fait en France.
Le succès est aussi celui des producteurs?
C'est surtout celui de l'évolution de la production française. Les séries actuelles sont beaucoup plus rythmées, plus en phase avec la société. Pendant des années, elles ont vécu sur des grands héros de la société: le médecin, l'infirmière, l'avocat, le flic, le prof. Des nouveaux formats comme Caméra Café sont aujourd'hui devenus emblématiques. Ils montrent qu'il existe autre chose en France que Navarro ou PJ (Police Judiciaire). Ces fictions se vendent encore très bien mais les acheteurs nous y avaient enfermés pendant trop longtemps. Aujourd'hui il est connu et reconnu qu'il existe une production française différente.
Peut-on parler d'un profil du téléspectateur espagnol?
Les différences résident dans les habitudes de consommation. Les Espagnols sont de gros consommateurs d'images, c'est la population qui regarde le plus la télévision en Europe. Ensuite, il y a le mode de vie. Ici le "prime time" est plus tardif. Mais à partir du moment où on arrive à vendre de l'humour, on peut tout partager ou presque.
Existe-t-il une exception culturelle française pour les acheteurs étrangers?
De nombreux pays nous disent qu'il y a une "french touch"indéfinissable. On a une chose qui nous est reconnue dans chaque genre. Notre animation est réputée moins violente, plus humaniste, plus universaliste par rapport à l'animation japonaise ou américaine. Mais la particularité française s'exprime aussi en terme de technique et de style. Nous bénéficions également d'une certaine reconnaissance dans les reportages d'investigation. Il y a des chaînes qui recherchent du documentaire français pour avoir une troisième voie.
Il y a tout un domaine où l'on est attendu. Celui des documentaires sur le luxe, la gastronomie, l'art de vivre, comme celui présenté cette année sur Le Fouquet's par exemple. Mais il ne faut pas caricaturer, ça ne couvre pas tout le champ de la production française.
Propos recueillis par Elsa HELIAU et Caroline RODRIGUEZ. (www.lepetitjournal.com - Madrid) lundi 26 février 2007







