

Embêté par des nouveaux soucis de santé au niveau de sa hanche gauche, le Roi d'Espagne a subi hier sa cinquième opération chirurgicale en moins d'un an et demi. Le constat évident de sa santé fragile, couplé à une baisse de popularité dans les sondages, a rouvert le débat sur une éventuelle abdication. Le gouvernement conservateur et l'opposition socialiste ont pris les devants pour débattre du rôle du Prince Felipe, à qui ils souhaitent donner plus de prérogatives, au moins le temps de la convalescence de Don Juan Carlos, estimée entre deux et six mois...
(Photo Creative Commons nicola_1933)
"La Couronne, au service permanent de notre société et de notre pays." Le Roi d'Espagne Don Juan Carlos a fait honneur à cette devise, qu'il a lui-même prononcé lors du discours télévisé traditionnel de fin d'année en l'an 2011, et qui figure en lettres blanche sur le portail internet de la Casa Real, en présidant hier matin, quelques heures avant de passer sur la table d'opération, une dernière cérémonie officielle. Durant une petite heure, Juan Carlos Ier a reçu seize nouveaux ambassadeurs qui lui ont remis leurs lettres de créances, cette même cérémonie à laquelle avait été conviée Jérôme Bonnafont, nouvel ambassadeur de France, au mois de février dernier, et qui marque la prise de fonction officielle de ces représentants diplomatiques étrangers en Espagne, conformément à une convention internationale. Sauf qu'exceptionnellement, dans le but d'alléger son agenda et de lui épargner un déplacement coûteux en énergie, la cérémonie avait lieu au Palais de la Zarzuela, où réside la Famille royale, et non au Palais royal comme il est de coutume depuis le 18e siècle.
Deux heures d'opération sous anesthésie générale, jusqu'à six mois de convalescence
Passée cette dernière représentation officielle, le Roi d'Espagne s'est rendu à l'hôpital universitaire Quirón de Madrid, un établissement privé situé sur la commune de Pozuelo de Alarcón, en proche périphérie, pour s'y faire opérer de sa hanche gauche. Le monarque souffre d'une rechute au niveau de sa prothèse de hanche, sur laquelle s'est développée une infection, selon les médecins de la Casa Real. Une conférence de presse devait avoir lieu hier soir - en dehors de nos horaires de bouclage - pour rassurer sur son état de santé et revenir sur le déroulement de l'intervention chirurgicale, effectuée sous anesthésie générale et estimée à une durée de deux heures. Don Juan Carlos devrait rester en observation à l'hôpital pour une durée de quatre à sept jours. Sa convalescence, qui va l'éloigner de son activité officielle et pousser sur le devant de la scène son fils, le Prince Felipe, est estimée entre deux et six mois.
Une santé fragile qui inquiète... les rois déchus de Belgique et de Hollande
À 75 ans, le Roi Juan Carlos n'en finit plus avec des ennuis de santé. Déjà opéré au niveau de la colonne vertébrale pour une hernie discale récalcitrante au mois de mars dernier, le monarque a vécu sa cinquième opération consécutive en l'espace d'un an et demi au niveau de ses hanches, sa huitième toutes pathologies confondues en moins de trois ans. Sa santé semble à tel point fragile qu'elle a fait resurgir l'hypothèse naturelle d'une abdication, chez les Espagnols en premier lieu, mais aussi chez ses homologues monarques européens. Le journal La Voz de Galicia rapporte, par le biais de ses correspondants à l'étranger, l'étonnement du Roi Albert de Belgique ou de la Reine Béatrice de Hollande sur cette obstination manifeste à ne pas passer la main, eux qui ont successivement laissé le trône à leurs fils aîné au cours de cette année et approximativement au même âge que le Roi d'Espagne.
Une popularité en chute libre, l'abdication n'est plus taboue
Cette question de l'abdication pour des raisons naturelles, à laquelle s'est toujours fermement opposée la Maison royale ("Je suis en pleine forme, j'ai toujours envie de continuer", disait-il en janvier), est d'autant plus prégnante dans les temps qui courent qu'elle vient s'ajouter aux récentes polémiques (la partie de chasse au Bostwana, coûteuse en pleine crise économique en 2011, le scandale de corruption qui touche son gendre, Iñaki Urdangarin, dans l'affaire Noos), qui ont écorné durablement l'image du Roi d'Espagne et creusé un déficit de popularité chez les Espagnols, que la Zarzuela avait commencé à résorber depuis le début de l'année. Taboue il y a encore quelques années, l'hypothèse d'une abdication du Roi Juan Carlos est aujourd'hui un sujet largement commenté dans les médias espagnols, dans les réunions publiques et au cours des repas de famille.
Les hommes politiques proposent de légiférer sur le rôle du Prince Felipe
Néanmoins, les hommes politiques s'étaient toujours abstenus à un quelconque commentaire, tenus par la Constitution qui unit l'Espagne dans une monarchie parlementaire démocratique depuis 1978. Ces derniers jours, des responsables politiques de tous bords sont montés au créneau pour s'interroger sur cette situation qui commence à trop se répéter selon eux, et porte préjudice à l'image du pays. Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, en la personne de Maria Dolores de Cospedal, numéro deux du parti, propose de "réguler le rôle du Prince héritier Felipe", comme l'a rapporté lundi le journal El País. Elena Valenciano, numéro deux de l'opposition socialiste, s'est elle-même aussi prononcé sur un élargissement des prérogatives confiées au Prince des Asturies, lorsque son père le Roi d'Espagne est en convalescence : "Il faut moderniser la monarchie" a-t-elle invoqué. La présence du Prince Felipe au sommet ibéro-américain, qui réunira mi-octobre les leaders de 22 pays, est toutefois exclue, car la condition de chef d'État ne peut lui être déléguée, renseignait hier Le Figaro. L'Espagne s'y rendra pour la première fois orpheline de son Roi.
Damien LEMAÎTRE (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 25 septembre 2013
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