Édition internationale

AVORTEMENT - Un projet de réforme restrictive suscite une nouvelle grande polémique

Écrit par Lepetitjournal Barcelone
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Sensible et sans fin, le débat chronique sur le droit à l'avortement est de retour sur le devant de la scène, en Espagne. Alberto Ruiz-Gallardón, ministre de la Justice, a récemment annoncé la volonté du gouvernement Rajoy de revenir, deux mois seulement après son triomphe lors des élections législatives, sur la loi promue par José Luis Rodríguez Zapatero, en 2010

(Photo AFP)

Un droit humain de premier plan pour certains, une aberration de l'ordre moral pour d'autres, une question centrale pour tous. Le débat sur le droit à l'avortement divise les Espagnols autant qu'il les passionne. Vingt-cinq ans après la première loi sur le sujet, promulguée par Felipe González, l'exécutif socialiste avait consacré en 2010 "le droit à choisir la maternité", à l'instar du reste des lois européennes basées sur le concept de délai, autorisant ainsi librement l'avortement jusqu'à quatorze semaines, voire vingt-deux en cas de malformation ou de risque pour la femme.
D'après les récents propos du ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardón, "l'exigence d'une autorisation parentale dans le cas des mineures" sera incluse dans un nouveau projet de loi. Les conditions du droit à l'avortement des mineures seraient en apparence au coeur de l'enjeu d'une réforme de la législation. A l'heure actuelle, les jeunes filles d'entre 16 et 18 ans peuvent avorter sans autorisation parentale, à condition de démontrer qu'elles risquent des violences si elles avertissent leurs parents. Un point polémique contre lequel le PP s'était insurgé lorsqu'il avait voté contre la loi de 2010, déposant même des recours devant le Tribunal constitutionnel.

En cause, le droit aux mineures de 16 à 18 ans d'avorter sans autorisation parentale

Désormais, le parti au pouvoir dispose d'une majorité absolue au Parlement pour réformer précisément ce qu'il n'a jamais accepté. Lors de la campagne électorale, le PP était resté évasif sur le sujet, évoquant une modification de la loi pour "renforcer la protection du droit à la vie ainsi que des jeunes filles mineures". Mariano Rajoy avait tout de même concédé, au cours d'une déclaration à la presse : "Ce que je n'accepte pas c'est qu'une enfant de 16 ans puisse avorter sans le consentement de ses parents".
Sans date fixée ni projet détaillé, les desseins du PP restent troubles pour une partie des Espagnols. Ainsi est née une vive polémique. "C'est un ballon d'essai mais certains membres du gouvernement espèrent défaire la loi ", estimait Santiago Barambio, président de l'Association des cliniques accréditées pour l'interruption de la grossesse (Acai), au cours d'un entretien pour El País, le 25 janvier dernier. Pour ce médecin comme pour d'autres, le gouvernement chercherait à revenir sur la législation votée par Felipe González, en 1985. "Ce serait un grave recul. Nous pourrions nous retrouver dans une situation identique à celle de la Pologne, où les femmes seraient soumises à l'autorisation ou à la pression d'un tiers".

Un projet de loi plus restrictif que celui voté en 1985 par Felipe González ?
A l'occasion d'une entrevue pour le quotidien conservateur ABC, publiée mardi, Alberto Ruiz-Gallardón étayait ainsi la volonté du gouvernement : "On me parle d'un recul ? Je réponds que c'est la mesure la plus progressiste de toute ma carrière politique. Les mineures de 16 à 18 ans ont bien l'obligation de demander une autorisation parentale pour un piercing ou un tatouage..." Un avis loin d'être partagé par la présidente de la Fédération des femmes progressistes, Yolanda Besteiro, dont l'Agence France Presse reprenait les propos le lendemain. "Les jeunes peuvent s'émanciper à partir de 16 ans en Espagne. Les mineurs peuvent notamment choisir de se marier, de donner un organe ou encore de se soumettre ou non à une opération à risques à partir de cet âge..."
La posture du PP est d'autant plus polémique qu'une étude de l'Acai, réalisée auprès de 36.718 femmes ayant avorté, indique que les mineures ne représentent que 1.186 cas, dont 151 sans consentement parental. Dans 87% des cas, elles avortent accompagnées de l'un des parents. "Nous parlons d'un groupe limité mais très vulnérable, issu de milieux déstructurés. Leur interdire l'accès à l'IVG serait les contraindre à la pratiquer à l'étranger, mais surtout, à avoir recours à l'avortement clandestin avec tous les dangers qu'il implique", s'alarmait Santiago Barambio, toujours dans les colonnes d'El País. Le recours à la clandestinité, un réel danger.

Le retour au premier plan d'un historique débat idéologique
Coutumière des charges anti-IVG, l'Église catholique également pris part à la polémique naissante. "Que le fait de tuer un enfant durant la période de gestation puisse être considéré comme un droit me paraît une aberration", déclarait lundi Juan Ignacio Munilla, l'évêque de Saint-Sébastien, sur les antennes de Radio Euskadi.
Le gouvernement n'a pas précisé pour le moment si d'autres points de la loi seraient modifiés ni quand cette réforme serait présentée, mais la volonté de la révision de la législation sur l'avortement confirme déjà le retour au premier plan d'un historique débat idéologique, extrêmement polémique.

Benjamin IDRAC (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 3 février 2012

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