CULTURE - Buñuel, les tourments de la chair et de l'esprit

Par Lepetitjournal Barcelone | Publié le 20/04/2009 à 01:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 13:29
L'Institut Français de Barcelone présente un cycle consacré à la période française du réalisateur Luis Buñuel. "Luis Buñuel Made in France"inclut cinq des films les plus représentatifs tournés dans l'hexagone entre 1963 et 1977. Au programme, surréalisme, sexe et satire de la bourgeoisie en langue française.

Avec Journal d'une Femme de Chambre, sorti en France en 1964, Luis Buñuel intègre définitivement le panorama de la création cinématographique du pays. Ce film interprété par Jeanne Moreau, Georges Géret et Michel Piccoli ouvrira le cycle "Made in France"qui aura lieu du 20 avril au 19 mai à l'Institut Français de Barcelone. La programmation comprend également le sulfureux Belle de Jour, qui a reçu le Lion d'Or à la Mostra de Venise en 1967. Catherine Deneuve y incarne le rôle d'une épouse qui s'ennuie et s'adonne à la prostitution. Suivent les films Le charme discret de la bourgeoisie, de 1972, une satire farfelue de la bourgeoisie qui casse les conventions cinématographiques et sociales, et Le fantôme de la liberté de 1974, au surréalisme prononcé et dont le titre fait référence à la première phrase du Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels. Le cycle s'achève sur Cet obscur objet du désir de 1977, où Angelina Molina et Carole Bouquet interprètent tour à tour le personnage de Conchita, "objet du désir"de Fernando Rey. Ces cinq films ont été co-écrits par Luis Buñuel et le scénariste et comédien Jean-Claude Carrière, avec qui le réalisateur espagnol a collaboré de 1963 jusqu'à sa mort.

"Sans la religion, l'érotisme est moins intéressant"
Jeanne Rucar, son épouse, définissait Buñuel comme un être tourmenté et rebelle. Un "anti-tout": anticlérical, antifranquiste, antirépublicain, antimonarchiste... Ses films se caractérisent par un regard sarcastique et burlesque mis au service de la critique de la bourgeoisie, de l'éducation religieuse et de l'ordre établi. La politique et la critique sociale, très souvent mises en corrélation avec la sexualité, ont été le moteur essentiel de sa créativité. En 1967, Buñuel déclarait au magazine Le Nouvel Observateur: "Sans la religion (chrétienne surtout) l'érotisme est moins intéressant. Plus on est chrétien, plus on jouit". Le réalisateur traite de l'hypocrisie régnant autour du sexe dans la bourgeoisie de son époque mais soulève aussi des questions universelles sur l'amour, le désir sexuel et la possession de l'autre. Comment la sexualité, les fantasmes et la perversion peuvent-ils faire ménage avec l'amour pur et indéfectible? A propos du travail du cinéaste, l'écrivain Henry Miller déclara: "Buñuel (...) a étudié ce que nous appelons l'amour derrière l'idéologie, la mythologie, les banalités et la phraséologie, afin de révéler le mécanisme complet et sanglant du sexe".
Elisabeth Chanard (www.lepetitjournal.com Barcelone) Lundi 20 avril 2009
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