L’imaginaire dans des matériaux de rêves de l'architecte Antonio Gaudi

Par Jill-Manon Bordellay | Publié le 04/04/2022 à 14:30 | Mis à jour le 04/04/2022 à 14:30
Photo : flickr creative commons
Gaudi, son célèbre lézard

L’atelier des Lumières à Paris vient de rendre hommage à l’architecte de génie Antonio Gaudi. On compte sept de ses œuvres au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Créateur exceptionnel, on ne peut concevoir la Catalogne sans prendre en compte son empreinte. Que serait Barcelone sans ce bâtisseur de génie ?

 

Personnage étonnant, sorte de dandy très élégant lorsqu’il était jeune, Gaudi ne se présentait plus en vieillissant que comme une personne négligée, ne faisant plus attention à son apparence. Il était végétarien, adepte des théories hygiénistes du docteur Sebastian Kneipp (1821-1897).

 

Photo de Gaudí lorsqu'il était jeune
creative commons

 

Né à Reus ou Riudoms le 25 juin 1852, d’une humble famille de chaudronniers, il fit ses études d'architecture à Barcelone tout en travaillant dans différents cabinets d’architectes et d’entrepreneurs. Il est l’architecte catalan qui représente sans doute le mieux le modernisme catalan mais aussi influencé par Lluis Domenech i Montaner (1850-1923) qui était à la recherche d’une architecture nationale, créateur notamment de l’Hospital de San Pau et du Museu de Zoologia à Barcelone. Ses édifices incorporent une profusion de mosaïques, de céramiques et de verres polychromes disposés harmonieusement, ce qui confère à l’ensemble un aspect grandiose.

 

Antonio Gaudi, ce génie de l’imaginaire, va aller plus loin dans les prouesses de la créativité avec des matériaux comme la céramique, la verrerie, la ferronnerie, ce qui aboutit à ”l’art nouveau”, créant un style personnel fondé sur l’observation de la nature et l’utilisation de surfaces géométriques comme le paraboloïde hyperbolique, l'hyperboloïde, l’hélicoïde et le conoïde, ce qui oblige les angles droits à devenir ondulants. Les immeubles sont ainsi intégrés dans l’environnement naturel.

 

Gaudi-El Capricho, bâtiment à Guadalajara.
El Capricho, à Guadalajara. / Diego Delso, CC BY-SA 4.0

 

Il aurait d’abord expérimenté ce style organique dans la région de la Cantabrie, notamment à Comillas. La nature du Nord de l’Espagne qui offre un paysage marin avec des roches modelées par l’eau et le vent et où prédomine la couleur verte va déterminer l’avenir de sa créativité. Il aura des commandes de riches "Indianos" qui lui permettront de construire des villas de vacances fantastiques où la brique aplatie et la céramique alternent, comme pour la villa d'Antonio Lopez y Lopez (1817-1883) pour lequel il imaginera El Capricho.

 

D’abord inspiré par Eugène Viollet-le-Duc, il rompt avec le style néo-gothique et se fait remarquer par son originalité et sa fantaisie. Il aime faire cohabiter l’architecture et le mobilier s'inscrivant dans la mouvance de "l’art nouveau”. Il influencera l’architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser (1828-2000) dans l’utilisation des couleurs, des courbes et des murs” vagues”.

 

Gaudi, façade de casa Batllo
Gaudi, façade de casa Batllo / jose cabeza pixabay

Nous pourrions dire que Gaudi est le lien entre le passé et l’avenir, en tant que dernier architecte médiéval et premier architecte moderne, créant la fusion entre différents styles mais aussi entre la lumière et les formes les plus extraordinaires. Il étudiait ses créations  dans les moindres détails, intégrant à l’architecture toute une série d’ouvrages artisanaux dont il maîtrisait les techniques .

 

L'œuvre la plus spectaculaire réside à Barcelone. Ses premières réalisations furent les lampadaires pour la Place Royale. L'industriel catalan Eusebi Güell(1846-1918) devient son mécène, mais aussi un ami. Il construit alors le palais Güell (1886-1891), les pavillons Güell (1884-1887), la maison Vicens (1883-1885) et la casa de los Botines, à Léon (1891-1894), bâtiment surprenant où l’entrée est une sorte de mâchoire de dragon et la grille les griffes de celui-ci; on rencontre alors dans ce bâtiment austère, inspiré du gothique, la fusion de la lumière et des formes.

 

Il y a également, la pedrera, ensemble d’immeubles surmontés de cheminées en forme de guerriers casqués, ou encore La casa Battlo (1904-1906) dont l’extérieur ressemble à des crânes et des os et l’intérieur à un univers marin, fait d’un assemblage d’écailles de poissons et dont les vitraux sont ornés de bulles. L’effet est féerique. Certains balcons ont les formes de masques vénitiens où les toits ondulent comme une échine de dragon, tout cet univers enlace des spirales, des couleurs éclatantes, des bâtisses colossales et vertigineuses.
 

 Gaudi-Sagrada Familia, de nuit
 Gaudi-Sagrada Familia, de nuit / jacinta lluch valero

Mais l'œuvre majeure de l’architecte est la Sagrada Familia qu’il n’a pu achever car il est mort à la suite d’un accident le 10 juin 1926 à l’âge de 74 ans. Il est enterré dans la chapelle Notre-Dame du Carmel de la crypte de la Sagrada Familia. Cette cathédrale inachevée pour l’heure a été fondée il y a déjà 130 ans, les Catalans pensent qu’elle sera achevée en 1926.

 

Ce prodige dont la verticalité renvoie à la spiritualité, finit par des céramiques. Cette cathédrale du XXe siècle est la synthèse de toutes les influences que l’architecte a maîtrisées au cours de sa vie. Les œuvres de Gaudi ont su peu à peu trouver leur public jusqu’à la reconnaissance internationale.

 

Gaudi en catalan veut dire ”plaisir”. Si cet architecte avait  plaisir à innover, à créer, il donne aussi du plaisir à ses admirateurs dans le monde entier, un plaisir bien partagé.

 

 

 

Sur le même sujet
Jill-Manon Bordellay

Jill-Manon Bordellay

Docteure en Philosophie, Littérature comparée et Psychologie, collaboratrice à l'Encyclopédie Universalis, elle a écrit plusieurs essais et nouvelles traitant de l'Art et de la relation entre les humains et les animaux.
0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale