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YWCA THAILAND – Rencontre avec la présidente Lantip Dvadasin

Par Ghislain Poissonnier  | Publié le 06/03/2014 à 23:00 | Mis à jour le 06/01/2020 à 16:13
Lantip-Dvadasin-YWCA-Thailand

Lantip Dvadasin est présidente de Young Women's Christian Association (YWCA) en Thaïlande. A l'occasion de la journée internationale de la femme, le 8 mars, Ghislain Poissonnier l'a interviewée pour le Petit journal de Bangkok, afin d'évoquer son action au sein de son association

LePetitJournal.com - Lantip Dvadasin : qui êtes-vous?
Lantip Dvadasin: (Rires) Je suis une femme thaïlandaise ordinaire de 65 ans, mariée et mère d'une jeune femme. Née et élevée dans une famille bouddhiste de Bangkok, je suis chrétienne car j'ai découvert le christianisme à la Christian School de Bangkok et lui suis toujours fidèle. Ma vie est guidée par l'idée que "chaque jour est une grâce". Mon engagement en faveur des femmes est ancien puisque j'ai travaillé pour Women National Council of Thailand, la fédération des associations de femmes en Thaïlande, puis pour Pan Pacific and South East Asia Women Association, une organisation qui - entre autres - encourage les femmes d'affaires et chefs d'entreprise. Je suis volontaire chez YWCA depuis près de 20 ans et ce grâce à une amie qui m'a fait découvrir cette organisation. Membre du bureau depuis 10 ans, cela fait maintenant 2 ans que je préside cette organisation. Il s'agit d'une fonction non rémunérée. Mais ma petite personne n'a guère d'importance. Parlons plutôt de YWCA.

Précisément, pourriez-vous nous présenter YWCA Thailand, l'organisation que vous présidez?
Il s'agit d'une organisation chrétienne à but non lucratif fondée en Thaïlande en 1947. En réalité, ses racines remontent à la fin du 19ème siècle, à une époque (durant le règne du roi Rama V) où des missionnaires et médecins presbytériens ont commencé à être actifs dans le royaume. Le mouvement YWCA a été fondé en Angleterre en 1855. C'est un mouvement actif maintenant dans près de 120 pays. YWCA Thailand fait partie de la fédération internationale et il est d'ailleurs prévu que le prochain congrès de la fédération internationale ait lieu en 2015 à Bangkok.
Les YWCA sont pour les femmes, ce que les YMCA (bien connus depuis une célèbre chanson) sont aux hommes. Au 19ème siècle, cette séparation des sexes était vécue comme une évidence, avec des auberges, des hôtels, des écoles, des lieux de formation et de détente unisexe pour assurer la sécurité et la tranquillité de chacun. C'est moins le cas aujourd'hui même si elle perdure, car ils nous semblent souhaitable d'avoir des activités spécifiquement destinées aux femmes ou aux hommes. C'est ainsi que les YWCA proposent activités domestiques : cuisine, couture, décoration etc. Mais si les personnels des YWCA sont exclusivement féminins et en général chrétiens, leur but est d'aider les pauvres et les personnes dans le besoin, quel que soit leur sexe, leur âge, leur religion ou leurs convictions.

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres pour bien cerner YWCA Thailand?
Notre budget annuel est d'environ 13 millions de bahts. Cela peut paraître peu à l'échelle du pays, mais en réalité, c'est beaucoup, car nous ne recevons aucune subvention ni de l'Etat thaïlandais, ni d'un Etat étranger, ni d'une organisation internationale. L'ensemble de nos fonds provient soit de dons, soit de revenus générés par nos activités. Par exemple, YWCA est propriétaire d'un immeuble sur l'avenue Sathorn et nous donnons en location nos salles pour des rencontres et des colloques et nos chambres pour de l'hôtellerie. Je le souligne, car c'est plutôt rare dans le milieu associatif de trouver des structures qui s'autofinancent.
Nous avons près de 80 personnes qui travaillent pour nous en permanence: beaucoup sont employées dans nos trois jardins d'enfants (deux sont situés à Bangkok et le troisième à Chonburi), jardins destinés à accueillir les enfants des travailleurs pauvres. Nous avons également une cinquantaine de bénévoles qui travaillent chaque semaine une ou plusieurs journées gratuitement. Nous ne sommes pas nombreux mais tous très impliqués. Notre force vient aussi du fait que nous avons des "sponsors", de nombreux donateurs privés et aussi des hommes d'affaires qui donnent de l'argent: Central Pattana Group, Nescafé Thailand et DZ Wine et quelques familles chrétiennes thaïlandaises fortunées.

Quelles sont vos relations avec les autorités dans un pays profondément bouddhiste?
Elles sont bonnes ! Aujourd'hui, il y a plus d'un million de chrétiens (catholiques ou protestants) en Thaïlande. C'est un fait. Par conséquent, notre association ne se cache pas d'être chrétienne dans un pays majoritairement bouddhiste. Nous sommes bien acceptés par les autorités et ce d'autant plus que la quasi-totalité de notre personnel et de nos bénévoles sont Thaïlandais. Toutefois, nous nous attachons à ne pas faire de prosélytisme, si ce n'est à travers le témoignage apporté par nos activités.

Quels sont les projets que YWCA finance et suit en Thaïlande?
Nous essayons de réaliser des petits projets concrets avec des bénéfices tangibles pour la population dans les domaines de l'éducation, l'aide à l'enfance, la santé publique, l'aide aux handicapés (par exemple, aux aveugles en leur offrant des livres en braille ou en organisant des activités de groupe comme le chant) ou aux orphelins, le soutien aux personnes âgées (par exemple, en leur offrant des lunettes). YWCA a ainsi financé la construction d'aire de jeux dans les quartiers ou de salles de jeux pour les enfants dans les écoles, de dortoirs pour des camps de vacances pour jeunes, de toilettes et de salles d'eau dans les écoles. Notre association a aussi financé la construction de centres aérés ou de salles communes. Enfin, nous apportons une aide en colis alimentaires, soins médicaux, dons de livres et de papeterie aux familles dans le besoin. Nos projets ont lieu partout dans le royaume (à l'exception du Sud frappé par la guerre, à notre grand regret, alors que la situation l'exige) et nous évitons de trop nous concentrer sur Bangkok. Vu de la capitale, on l'oublie un peu trop vite mais dans les campagnes, de nombreuses écoles ont encore des infrastructures très sommaires: pas de toilettes ou de salles d'eau, pas d'accès à l'eau potable, pas d'aire de jeux, pas d'équipement sportif, pas de lieux d'accueil pour des activités en cas de pluies, du mobilier sommaire. Les besoins sont importants et nous allons continuer.

Quel est votre projet le plus connu dans le pays?
C'est sans conteste notre programme de bourses d'études. Nous finançons et soutenons la scolarité de près de 500 jeunes garçons et filles (300 dans la région de Bangkok et 200 dans celle de Chonburi et Pattaya) issus des milieux défavorisés. Ils sont repérés dans les orphelinats, les temples, les foyers d'accueil dès leur plus jeune âge. S'ils sont motivés et travailleurs, nous leur proposons de les accompagner de l'école primaire jusqu'à l'université. Nous avons 500 donateurs qui consacrent ainsi entre quelques centaines et quelques milliers de bahts par mois pour un ou plusieurs jeunes. YWCA s'assure par des visites régulières du suivi de ces jeunes et de leur bonne insertion familiale et scolaire.

Quel est votre projet préféré?
A titre personnel, je suis vraiment sous le charme de nos trois jardins d'enfants. Je trouve que ce que nous y faisons est utile sur le plan matériel. En effet, en prenant en charge ces enfants issus de familles pauvres, nous aidons ces jeunes mais aussi les familles qui ont alors plus de temps et de moyens pour se consacrer à d'autres choses. C'est également très utile humainement. Notre personnel compétent et attentif leur donne de l'affection et des valeurs en vue d'en faire des personnes tournées vers l'entraide et la conciliation et non vers l'égoïsme et la violence. En retour, ces jeunes nous donnent plein d'amour et d'espoir.

Qu'est-ce que le club des épouses?
Cela fait des années maintenant qu'un club des épouses d'ambassadeurs et de diplomates a été créé au sein de notre organisation. Il est composé aujourd'hui d'une trentaine d'épouses, dont celle de l'ambassadeur de France en Thaïlande, qui en est d'ailleurs l'actuel responsable. Ce club organise une brocante chaque année et collecte des fonds pour nos projets. Il collecte ainsi plus du tiers de nos ressources annuelles et cela permet de financer chaque année près d'une quarantaine de petits projets. Les membres de ce club se déplacent à Bangkok mais aussi en province pour visiter nos réalisations. Ce qui est aussi une manière de leur faire connaître le royaume tout en les impliquant dans des projets concrets et utiles.

Voir aussi le site de la YWCA

Propos recueillis par Ghislain POISSONNIER jeudi 6 mars 2014

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Ghislain-POISSONNIER

Ghislain Poissonnier 

Ghislain Poissonnier est magistrat français. Il a été juge et vice-procureur à Béthune, Lille et Paris. Il a travaillé comme juriste au Kosovo, en Palestine, en République démocratique du Congo, en Thaïlande, en Afghanistan, en Guinée et en Côte d'Ivoire.
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