TRAFIC D’IVOIRE – La demande thaïlandaise grimpe aux dépens des éléphants d'Afrique

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 07/07/2014 à 22:00 | Mis à jour le 13/10/2018 à 03:24
Photo : Gavin Shire USFWS
Trafic ivoire Thailande

Les volumes d'ivoire en vente en Thaïlande, en augmentation, prouvent l'entrée sur le marché d'ivoire africain, a dénoncé mercredi l'organisation Traffic, appelant le royaume à agir contre ce commerce qui encourage le massacre des éléphants d'Afrique.

La Thaïlande autorise sur son territoire le commerce de l'ivoire de ses éléphants domestiques. Ce marché légal est accusé d'être une faille à l'embargo sur le commerce international de l'ivoire, car il permet aux trafiquants d'écouler sans encombre leur marchandise africaine, impossible à différencier visuellement de celle qui vient des éléphants d'Asie.

Selon le rapport de Traffic, le nombre d'échoppes vendant pendentifs, bracelets, bagues, baguettes et autres sculptures en ivoire a presque doublé entre janvier et décembre 2013 dans certains lieux clé de Bangkok.

Et l'enquête a révélé que dans ces lieux le nombre de produits en vente a pratiquement triplé entre janvier 2013 et mai 2014, de plus de 5.000 à environ 14.500, encouragé notamment par la demande des touristes chinois.

Compte tenu du nombre de pachydermes domestiques en Thaïlande (environ 4.000 enregistrés, dont quelque 1.200 mâles, selon Traffic, seuls à posséder des défenses), cela "signifie que la grande majorité de l'ivoire vendue est illégale en vertu des engagements internationaux", a insisté l'organisation.
Des centaines d'éléphants morts sur les étals de Chatuchak

Si une évaluation précise est difficile, l'auteur du rapport Naomi Doak a estimé mercredi devant la presse que "70 à 80%" des objets observés ne pouvaient pas venir d'éléphants domestiques thaïlandais.

Et la situation pourrait même être pire, l'enquête s'étant concentrée sur Bangkok, notamment sur le marché de Chatuchak, où les stands d'ivoire "représentent probablement des centaines d'éléphants morts", a déploré Doak.

"Il est temps pour les autorités de faire face aux faits, leur marché de l'ivoire est toujours hors de contrôle et nourrit la crise actuelle liée au braconnage des éléphants d'Afrique", a-t-elle insisté, estimant qu'une suspension de l'autorisation du commerce par la Thaïlande était "probablement nécessaire" en attendant que le marché soit régulé.

Selon la Convention sur le commerce international des espèces menacées (Cites), plus de 20.000 éléphants d'Afrique ont été tués en 2013 pour leurs défenses, après plus de 22.000 en 2012 et plus de 25.000 en 2011. Malgré cette légère diminution, ce braconnage menace toujours la survie de l'espèce.

La Thaïlande parmi les mauvais élèves

Lors de la réunion annuelle de la Cites à Bangkok en 2013, la Thaïlande s'était engagée à faire plus contre le trafic d'ivoire.

L'organisation avait alors officiellement mis en garde huit pays accusés de ne pas lutter avec détermination contre ce trafic: Thaïlande et Chine (principaux marchés), Malaisie, Vietnam et Philippines (transit), Ouganda, Tanzanie et Kenya (pays d'origine).

Ils ont dû soumettre à la Cites un plan d'action dont l'application doit être examinée la semaine prochaine à Genève.

Le plan thaïlandais prévoit notamment de meilleurs contrôles des vendeurs d'ivoire et l'inclusion des éléphants d'Afrique dans les espèces protégées en Thaïlande.

Mais le plan est programmé sur plusieurs années. Et "malheureusement, les éléphants n'ont plus le temps", a souligné Naomi Doak.

La Thaïlande a de son côté assuré faire de son mieux dans un contexte politique marqué par sept mois de manifestations suivi d'un coup d'Etat en mai.

"Nous essayons de contrôler le commerce. Quand nous aurons de meilleurs contrôles (...), le commerce illégal diminuera", a assuré à l'AFP Theerapat Prayurasiddhi, directeur adjoint du Département des parcs nationaux et de la vie sauvage.

Reportant en partie la faute sur les pays d'origine, il a appelé à "ne pas critiquer les pays" n'abritant pas les espèces concernées.
 

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