THAILANDE– Crise politique, échec du premier round de négociations

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 29/03/2010 à 00:00 | Mis à jour le 15/12/2018 à 13:30
Photo : Le chef du gouvernement entouré de son secrétaire général Korbsak Sabhavasu et du vice-secrétaire général du parti démocrate Chamni Sakdiset. Face à lui, Jatuporn Prompan, Veera Musikapong, et Weng Tojirakarn (Photo d'écran LPJ Bangkok.com)
pourparler abhisit reds

Les discussions entre le Premier ministre Abhisit Vejjajiva et les représentants des manifestants antigouvernementaux "Chemises rouges" n'ont abouti sur aucun compromis, hier, après deux semaines de manifestation. Mais elles auront au moins permis aux deux parties d'exprimer devant la population leurs points de vue sur la crise politique. Les pourparlers doivent reprendre aujourd'hui en fin d'après-midi

Diffusée sur plusieurs chaînes de télévision du pays, la rencontre a débuté vers 16h et s'est terminée environ 3 heures plus tard. Elle doit reprendre en fin de journée aujourd'hui. Le chef du gouvernement était accompagné de son secrétaire général Korbsak Sabhavasu, et du vice-secrétaire général du parti démocrate Chamni Sakdiset. Face à lui, ceux qui demandent la dissolution du Parlement et de nouvelles élections étaient représentés par Veera Musikapong, Jatuporn Prompan et Weng Tojirakarn.
Lors de ce premier débat télévisé, tenu à l'Institut du roi Prachadipok, le Premier ministre a refusé d'accéder à la demande des Chemises rouges, mais les deux parties ont néanmoins accepté de se retrouver aujourd'hui pour poursuivre les négociations.

Abhisit fait volte-face
"La dissolution de la Chambre ne peut intervenir que si nous y voyons la seule it unique issue possible pour les Chemises rouges mais aussi pour le pays tout entier," a défendu Abhisit.
Jatuporn Prompan, l'un des leaders du mouvement soutenu par l'Ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, a donné deux semaines à Abhisit pour répondre à leurs exigences.
"Nous vous demandons de dissoudre la Chambre d'ici deux semaines. Quoique vous décidiez, si nous discutons demain, je veux que vous considériez cette condition", a-t-il dit.
A cela, le Premier ministre et ses aides ont répondu que s'ils ne sont pas contre l'idée de dissoudre la Chambre pour organiser de nouvelles élections, le moment est selon eux mal choisi. Ils estiment en effet qu'un certain nombre de fondamentaux, comme les amendements constitutionnels, doivent être réunis, et que la relance économique a besoin de la poursuite des mesures engagées.
Depuis deux semaines, les Chemises rouges ont mené une série de coups médiatiques en vue de forcer Abhisit à remettre le pouvoir en jeu. Installés sur près de trois kilomètre d'avenue et des rues adjacentes sur un périmètre allant de Sanam Luang à l'avenue Pitsanulok, les manifestants venus pour la plupart des provinces du Nord et du Nord-est rassemblent chaque week-end au moins 100.000 personnes.
Abhisit avait, hier matin, refusé d'engager des négociations, avant de faire volte-face en milieu de matinée, alors que les protestataires se rassemblaient devant la caserne où il a établi son camp de base le temps des manifestations. Durant les discussions, le jeune Premier ministre a paru mal à l'aise face aux arguments des dirigeants des Chemises Rouges.

Le rôle de l'armée au c?ur des débats
Ces derniers estiment que le gouvernement actuel est illégitime, car issu d'un vote parlementaire intervenu à la faveur de la dissolution, fin 2008, du parti des lieutenants de Thaksin Shinawatra par une décision de justice controversée. Hier, ils ont notamment souligné qu'Abhisit ne pouvait tenir cette coalition de six partis que grâce au soutien de l'armée responsable du coup d'Etat de 2006. Ils ont également rappelé que ce gouvernement bénéficiait d'un soutien de la part des militaires qui n'avait pas eu son égal en 2008 lorsque le Premier ministre Samak Sundaravej et son successeur Somchai Wongsuwan avaient chacun déclaré l'Etat d'urgence pour protéger, l'un la Maison du gouvernement, l'autre l'aéroport de Suvarnabhumi de l'invasion de leurs opposants d'alors, les "Chemises jaunes", essuyant le refus d'intervenir de la part du chef de l'armée, Anupong Paochinda.
Abhisit a répondu que le jugement du 2 décembre 2008 était légal au regard de la Constitution de 2007, rappelant que cette dernière avait été approuvée par le peuple. Weng Tojirakarn a répondu à cela que le référendum d'août 2007 avait approuvé cette Constitution de justesse alors que la loi martiale était en vigueur dans la plupart des provinces du Nord et nord-est.
"Si vous êtes certain de gagner les élections, vous devriez rendre le pouvoir au peuple," a déclaré Jatuporn. Les élections sont prévues en décembre 2011, quelques mois seulement avant que les 111 membres du défunt parti Thai Rak Thai, qui avait permis à Thaksin Shinawatra d'être élu à deux reprises en 2001 et 2005, n'aient purgé leur période d'inéligibilité suite à la dissolution du parti prononcée par la Cour Constititionnelle en mai 2007.
Plusieurs dizaines de milliers de manifestants, dont beaucoup se plaignent de la désinformation de la part de la presse locale, tant sur leur nombre que sur leurs revendications, ont pu suivre hier les débats sur des écrans géants assis sur le bitume du quartier Rattanakosin.

Abhisit entre le marteau et l'enclume
Thaksin s'est adressé à eux, plus tard dans la soirée par vidéoconférence, les appelant à s'unir derrière leurs leaders. "Certains disent que c'était négatif pour les Rouges car Abhisit est un bon orateur, mais il manque de sincérité," a déclaré Thaksin, qui séjourne à Dubaï pour fuir une condamnation pour conflit d'intérêts.
L'analyste politique et biographe de Thaksin, Chris Baker, dit s'attendre à un long face-à-face, tout en questionnant la solidité du soutien pour Abhisit au sein de l'élite.
"Comment les militaires et les autres pensent qu'ils peuvent gérer au mieux la situation ? Je pense qu'ils doivent penser qu'Abhisit est tout simplement remplaçable," dit-il. "Je ne pense pas que ces pourparlers se termineront très vite."
Les Rouges, qui considèrent l'obtention de ces pourparlers en direct avec le Premier ministre comme une victoire, avaient déjà trouvé du ressort samedi après avoir forcé les soldats postés sur plusieurs endroits du quartier où ils se trouvent, à retourner dans leurs casernes.
Bien que la manifestation se déroule de manière pacifique, le plus souvent dans une ambiance festive, plusieurs explosions ont eu lieu depuis le 15 mars, avec une accélération ces derniers jours du nombre d'attaques visant la plupart du temps des sites militaires ou en lien avec la politique.
Une douzaine de personnes ont notamment été blessées durant le week-end par diverses attaques.
Une femme a été blessée hier soir par une grenade lancée dans la propriété de l'ancien Premier ministre Banharn Silpa-archa, lequel soutien la coalition d'Abhisit Vejjajiva.

0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale