STUDIO 28 - Laurent Couson: “Bangkok, c’est le centre de l’Asie!”

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 20/04/2016 à 22:00 | Mis à jour le 28/12/2018 à 13:51
Laurent-Couson

Habitué de la Thaïlande depuis dix ans et résident presque permanent depuis deux ans, le compositeur et chef d’orchestre français Laurent Couson avait depuis un moment le souhait de créer un orchestre symphonique en Thaïlande. Entouré de 65 musiciens, il vient de terminer l’enregistrement de deux albums pour Universal Music et ne compte pas s’arrêter là!

A la tête d’un orchestre symphonique de 65 musiciens thaïlandais, le compositeur et chef d’orchestre français Laurent Couson vient d’enregistrer en quatre jours deux albums pour Universal Music au Studio 28 à Bangkok, entre les quartiers de Huamak et Saphan Sung.

Au terme de cet enregistrement, il revient sur cette expérience, l’occasion d’en savoir plus sur ce nouveau studio et sur sa façon de travailler avec les Thaïlandais ainsi que sur la scène musicale au pays du sourire..

LEPETITJOURNAL.COM - Vous venez de terminer l’enregistrement de deux albums en 4 jours, pour une grande maison de disques, que pouvez-vous nous dire sur ce projet ?

LAURENT COUSON - Ces 4 jours étaient intenses, nous venons d’enregistrer deux albums pour Universal Music qui sont destinés à ce que l’on appelle de la librairie musicale. Le premier c’est de la musique de film, plutôt destinée à des “blockbusters” et le deuxième est plutôt destiné à de l’événementiel, le luxe, la musique de publicité… Les morceaux ont été composés par Nicolas Techer et July Touret, il y a trois titres que j’ai écrits aussi. Au final, c’était des styles de musique très différents que l’on a enregistrés avec un orchestre symphonique de 65 musiciens.

C’est la première fois qu’Universal nous confie un tel projet et il devrait y en avoir d’autres. J’essaye d’importer toutes mes productions en Thaïlande, cette fois-ci ça vient de France mais j’espère avoir des projets qui viennent du monde entier. Bangkok, c’est le centre de l’Asie, coincée entre la Chine et l’Inde, les deux plus gros producteurs de films et de musique. Je travaille beaucoup en Chine et des studios d’une qualité comme celui-ci (Studio 28, ndlr), il n’y en a pas ailleurs en Chine, ni même en Asie.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cet orchestre ?

Cela fait près de 10 ans que je viens en Thaïlande régulièrement et deux ans que j’y vis la majorité de l’année. Il y a environ un an, j’ai démarré ce projet, c’était un rêve quand je suis arrivé ici de monter un orchestre symphonique, un rêve qui a coïncidé avec ma rencontre avec l’équipe de Studio 28.

Je leur ai proposé de s’associer, de devenir leur directeur musical et de créer un orchestre symphonique. Nous avons auditionné les musiciens, ils sont maintenant soixante-cinq dans cet orchestre et ce sont les meilleurs de Thaïlande.

Un orchestre c’est en évolution permanente, plus on joue mieux c’est. D’ici 6 mois à un an, il devrait être à son niveau optimal, cela va varier en fonction du nombre de projets. Déjà ici, sur les 4 jours, il y a eu une différence, les musiciens se connaissent, ils sont plus complices, ils me connaissent moi aussi.

C’est important de savoir comment le chef dirige. Je suis très confiant, il y a un potentiel extraordinaire. Et eux aussi sont ravis. Travailler dans la musique classique et en Thaïlande,… il n’y a pas beaucoup de boulot pour eux.

Quant au Studio 28, c’est ce qui se fait de mieux en matière d'équipement d’enregistrement, de console, au parc de  micros en passant par l’acoustique concue par Jay Kaufman, il est à la pointe de la technologie. 

Vous travaillez avec un orchestre thaïlandais, comment cela se passe-t-il?

Dans la musique, on parle tous le même langage, on arrive facilement à se comprendre, partout dans le monde.

Ce que je ressens ici, c'est qu'il faut sans arrêt leur dire “Osez, n'ayez pas peur”. La timidité, le retrait, la peur de mal faire ou de perdre la face est très présente, à la fin ils n'osent pas assez. Je préfère un musicien qui va mettre trois notes à côté mais qui va prendre des risques. Les notes à côté cela arrive à tout le monde, moi le premier. Il faut donc pousser l'initiative.

C'est l'une des raisons pour laquelle j'aime travailler avec les mêmes musiciens pour qu'ils se sentent en confiance. Je ne suis pas là pour leur faire peur, j'essaye d'être détendu et ferme avec de la souplesse, en particulier avec les Thaïlandais.

Que pensez-vous de la scène musicale en Thaïlande?

Je ne connais pas trop la scène pop-rock, par contre je connais bien la scène jazz et je trouve qu’elle est d’un très haut niveau. La seule chose que l’on peut reprocher, c’est propre à la Thaïlande, c’est qu’ils sont tous de très bons exécutants mais pas forcément de grands créateurs. Ici, je n’ai pas encore entendu dans le jazz de créations vraiment originales, nouvelles. Je suis également directeur musical au Maggie Choo, j’essaye de programmer des jeunes talents thaïlandais et les pousser à jouer un répertoire original. A chaque fois ils me remercient, ce qui leur manque ce sont des occasions de jouer, on leur demande toujours de jouer les mêmes standards.

--

Studio 28
Situé un peu à l’écart du centre de Bangkok, entre Huamak et Saphan Sung, le Studio 28 a ouvert ses portes il y a 6 mois environs. Equipé des dernières technologies telle qu’une console SSL 9000J, le studio d’enregistrement propose 3 espaces, dont le plus grand de presque 400 m² peut accueillir 65 musiciens. La structure des salles et l’acoustique ont été désignés par la compagnie Jay Kaufman and Associates. 
http://www.studio28.co.th/

Est-ce lié à un manque d’infrastructure selon vous ?

Qui va voir des concerts de musique classique en Thaïlande ? Pratiquement personne. Le problème c’est que ce n’est pas promu, pas assez, pas encore, et ce n’est pas un réflexe de se dire "ce soir, je vais aller écouter un orchestre symphonique ou un groupe de jazz”.

En Thaïlande, les gens ont plutôt le réflexe de sortir pour faire la fête, pas pour s’enrichir culturellement, pas comme en France ou en Europe où les gens sont habitués à aller au théâtre, à un concert. Ici ce réflexe n’est pas encore là mais je ne vois pas pourquoi ça n’arriverait pas. Ce n’est que mon impression, mon analyse personnelle.

D’autres projets ?

Dans l’avenir proche, un album assez atypique, un mélange de musique électronique et symphonique, deux nouvelles musiques de films, dont une pour le nouveau film de Claude Lelouch (dix ans de collaboration déjà) Je vais aussi co-produire un film dans lequel je vais jouer un rôle de musicien. Je n’ai pas la prétention de jouer d’autres choses ! C’est un film que j’ai co-écrit avec Jérôme Cornuau et François Lelord, un film qui parle de musique bien sûr, mais aussi de la bonté d’âme et du don de soi, je ne peux pas en dire plus pour l’instant. On le tournera en Chine à la fin de l’année.
Propos recueillis par Catherine VANESSE (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 21 avril 2016

0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale