Prayuth menace d’exécuter les journalistes critiques

Par Agence France Presse | Publié le 25/03/2015 à 23:00 | Mis à jour le 10/03/2021 à 02:54
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Le chef de la junte thaïlandaise Prayut Chan-O-Cha, moqué sur les réseaux sociaux pour avoir qualifié son régime d'"à 99,99 % démocratique", a déclaré mercredi qu'il pourrait "probablement juste exécuter" les journalistes qui "ne rapportent pas la vérité" les appelant à écrire de façon à renforcer la réconciliation nationale dans le royaume

Lorsqu'un journaliste a demandé mercredi au chef de la junte Prayuth Chan-O-Cha lors d'une conférence de presse comment la junte agirait avec ceux qui ne souscriraient pas à la ligne officielle, le Premier ministre/chef de la junte a répondu : "Nous allons probablement juste les exécuter".

"Vous n'avez pas à soutenir le gouvernement, mais vous devriez rapporter la vérité", a ajouté Prayuth, insistant sur l'importance d'écrire de manière à renforcer la réconciliation nationale.

La Fédération Internationale des Journalistes (IFJ) et le syndicat national des journalistes de Thaïlande (NUJT) ont déploré ces commentaires, soulignant que cette nouvelle sortie verbale du chef de la junte illustrait le déclin continuel de la liberté de la presse en Thaïlande sur les 12 derniers mois.

Prayuth a également menacé de rester au pouvoir "pour longtemps", si ses détracteurs ne cessent de le critiquer.

"Pourquoi tout ce bazar au sujet des élections?", a-t-il lancé devant la presse. S'il n'y a pas d'élection, "est-ce qu'on va en mourir?", a ajouté cet adepte des déclarations à l'emporte-pièce, visiblement énervé, comme souvent.

 "Si la situation ne change pas, je peux vous dire que je vais être au pouvoir pour longtemps (...) Je ne suis pas découragé, mais je suis de plus en plus en colère. Je suis un combattant, alors ne dites rien qui puisse me décourager", a-t-il encore dit.

Le général Prayut Chan-O-Cha, meneur du coup d'État de mai 2014, a promis d'organiser des élections fin 2015- début 2016 et de rendre le pouvoir à un gouvernement civil.

Mais aucun signe d'organisation d'élections n'est donné. La junte tente d'ici là de faire passer une nouvelle Constitution, qui verrouillerait le jeu politique, affaiblissant notamment les grands partis.

Le but des militaires est d'empêcher les ex-premiers ministres Thaksin et Yingluck Shinawatra de revenir au pouvoir, selon les analystes.

Les partis des Shinawatra ont en effet remporté toutes les élections nationales depuis 2001, y compris après le coup d'État de 2006.

Depuis le coup d'État de mai 2014, les libertés civiques sont fortement restreintes, les manifestations interdites, ainsi que tout rassemblement politique.

Mais la colère est perceptible, notamment sur les réseaux sociaux, où se multiplient les moqueries contre le chef de la junte.

Celui-ci avait suscité la consternation après des propos sur la sécurité des touristes en bikinis, après le meurtre d'une jeune Britannique sur une plage du royaume. «Peuvent-elles être en sécurité en bikini (...) à moins de ne pas être jolies?», avait-il plaisanté.

Plus récemment, il a caressé longuement l'oreille et la tête d'un reporter, un geste déroutant devant les caméras de télévision.

Début mars, il avait été jusqu'à confier vouloir frapper «en pleine face» un journaliste qui l'interrogeait sur les résultats de son gouvernement, suscitant une protestation de l'Association des journalistes thaïlandais.

Les militaires ont justifié leur putsch par la nécessaire défense de la monarchie, dans un contexte d'inquiétude quant à la succession royale. Le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, âgé de 87 ans, est hospitalisé depuis des mois.

AFP jeudi 26 mars 2015

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