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MANIFS - Le "jour de la victoire" devra attendre encore un peu

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 30/11/2013 à 23:00 | Mis à jour le 23/10/2020 à 04:14
Photo : Pierre QUEFFELEC - Quelques dizaines de manifestants viennent d'essuyer des tirs de gaz lacrymogènes sur l'avenue Ayutthaya en fin de journée dimanche, envoyés par les policiers qui gardaient l'accès à la Maison du Gouvernement
Manifestation contre Yingluck Shinawatra a Bangkok

 Le "jour de la victoire" annoncé par les manifestants anti-gouvernement s'est achevé platement dimanche soir, ces derniers n'étant pas parvenus à pénétrer dans le périmètre de la Maison du gouvernement, ni à pousser les forces de l'ordre à la faute. Fortement barricadés, les policiers n'ont pas eu de mal à contenir des groupes de quelques centaines de manifestants rassemblés sur les différents points de barrages avec canons à eau et gaz lacrymogènes

La police thaïlandaise a utilisé gaz lacrymogènes et canons à eau irritante contre les manifestants menaçant dimanche de prendre le siège du gouvernement, après des violences qui ont fait quatre morts et des dizaines de blessés.

Au coeur de la colère des manifestants, alliance hétéroclite de bourgeoisie conservatrice proche du Parti démocrate, le principal parti d'opposition, et de groupuscules ultra-royalistes : une haine profonde du frère de la Première ministre Yingluck Shinawatra, le milliardaire Thaksin Shinawatra.

Les manifestants accusent Thaksin, renversé de son poste de Premier ministre par un coup d'Etat en 2006, de rester le vrai décisionnaire de la politique du gouvernement depuis son exil à Dubaï.

Manifestation anti-gouvernement a Bangkok
L'ambiance était bon enfant sur certains points de barrage, avec des groupes manifestants constitués principalement de femmes et de personnes d'un certain âge, comme ici sur l'avenue Ratchawiti ou encore sur la rue Phichai (Photo Pierre QUEFFELEC)

Deux visages du mouvement de protestation étaient visibles dimanche.

Avec devant une entrée du siège du gouvernement, les assauts répétés de quelques centaines de manifestants agressifs, déplaçant les blocs de béton et coupant les rouleaux de fil barbelé. Ils ont été repoussés systématiquement par des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

Nouvel appel à la grève des fonctionnaires

Devant une autre entrée, un sit-in pacifique était organisé et la formule "Berlin wall in Bangkok" ("le mur de Berlin à Bangkok") peinte en lettres de couleur sur les blocs. "Notre opération de ce jour doit être pacifique, non-violente, avec une entrée polie dans les lieux", a assuré Suthep Thaugsuban, principal meneur du mouvement.

Il a appelé les fonctionnaires à se mettre en grève à partir de lundi. Des rumeurs d'un départ à l'étranger de la Première ministre ont été démenties par les autorités, mais celle-ci restait invisible dimanche.
Après l'occupation et le siège cette semaine de ministères et d'administrations, que les autorités ont laissé faire de crainte d'aviver la tension, les manifestants ont été autorisés à pénétrer dimanche dans l'enceinte du ministère de l'Intérieur. Mais ils n'ont pas pris le contrôle de chaînes de télévision, contrairement à leurs menaces.

Manifestation anti-gouvernement a Bangkok
Photo Pierre QUEFFELEC

Les "rouges" s'effacent après des violences contre leurs partisans

Un peu plus tôt dimanche, les meneurs des "chemises rouges" pro-pouvoir, réunies par dizaines de milliers dans un stade à Bangkok, avaient appelé leurs troupes à se disperser, par crainte de violences. "Afin de ne pas compliquer davantage la tâche du gouvernement, nous avons décidé de laisser les gens rentrer chez eux", a déclaré leur dirigeante Thida Thavornseth.

Les violences ont éclaté samedi soir près du stade, quand des opposants ont attaqué à coups de pavés un bus rempli de "chemises rouges". Un homme de 21 ans, première victime de la crise, a été tué par balles dans des circonstances troubles. Trois autres personnes sont mortes et 57 ont été blessées, selon les secours. Au moins deux "rouges" feraient partie des victimes, selon la police.

Suthep rencontre Yingluck et lui donne deux jours de plus

Les meneurs du mouvement ont réclamé un ultime effort pour arriver dimanche à la "victoire" avant l'anniversaire du roi Bhumibol le 5 décembre, célébrations pendant lesquelles il est impensable de manifester, dans une société thaïlandaise très attachée à son roi.

Le meneur de l'opposition thaïlandaise, Suthep Thaugsuban, a annoncé qu'il avait rencontré dimanche la Premier ministre, Yingluck Shinawatra, ajoutant qu'aucun accord n'en était sorti pour mettre fin aux manifestations et occupations de bâtiments publics. "Yingluck n'a répondu à rien (...).

Nous maintenons nos plans. Cela sera fini dans deux jours", a dit Suthep à la télévision, alors que ses partisans ont tenté en vain dimanche de prendre le siège du gouvernement. "C'est la première et dernière fois que je rencontre Yingluck", a ajouté l'ex-vice-Premier ministre démocrate, sous le coup d'un mandat d'arrêt pour avoir pris la tête de l'occupation du ministère des Finances.

Manifestation anti-gouvernement a Bangkok
Les manifestants semblaient bien moins nombreux que dimanche dernier, le site principal n'allant plus, vers 20h, que du carrefour Khok Wa au pont Phan Fa sur lequel les véhicules pouvaient circuler (Photo Pierre QUEFFELEC)

Le mouvement s'essouffle

Les manifestants étaient dimanche, selon la police, 35.000 à travers Bangkok, beaucoup moins que les quelque 180.000 estimés dimanche dernier par les autorités - qui avaient avancé dans un premier temps des chiffres deux fois inférieurs (voir aussi notre article Guerre des chiffres : qui veut gagner des millions? de manifestants!).

L'escalade de la tension depuis un mois, qui a franchi un cap samedi avec le premier mort, fait redouter le pire dans un pays prompt à s'embraser. Plusieurs grands centres commerciaux, dont l'un avait été incendié lors de la crise de 2010, ont été fermés.

Au printemps 2010, quelque 100.000 "rouges" avaient occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la chute du gouvernement, avant un assaut de l'armée. La crise, qui avait fait environ 90 morts et 1.900 blessés, avait mis en lumière les divisions de la société entre masses défavorisées du nord et du nord-est, fidèles à Thaksin, et les élites de la capitale qui le voient comme une menace pour la monarchie.

Le mouvement actuel a été provoqué par un projet de loi d'amnistie, selon l'opposition taillé sur mesure pour permettre le retour de Thaksin, en exil pour échapper à une condamnation à la prison pour malversations financières. Malgré le rejet du texte par le Sénat, les manifestants n'ont pas désarmé.

Manifestation anti-gouvernement a Bangkok
Les manifestants n'étaient plus que quelques dizaines pour tenir le ministère des Finances dimanche soir, contre plusieurs centaines la semaine (Photo Pierre QUEFFELEC)

Sortie mal venue du chef de l'armée

Dans un pays qui a connu 18 coups d'Etat ou tentatives depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932, l'armée, appelée en renfort par la police dimanche, a appelé les manifestants à ne pas lui demander de prendre parti. Ce qui ne l'a pas empêchée de laisser apparaître des dissensions. Le chef de l'armée a en effet envoyé un signal inquiétant dimanche, suggérant que les forces de l'ordre devaient cesser de maintenir l'ordre face aux manifestants qui tentaient de forcer les barrages de police pour envahir la Maison du gouvernement. "J'ai contacté le chef de la police nationale et je lui ai demandé de cesser les tirs de gaz lacrymogènes, les deux parties doivent s'arrêter," a déclaré le Général Prayut Chan-O-Cha à l'AFP. "Les deux parties doivent cesser maintenant. J'attends une réponse du gouvernement".

En 2010, alors que les rôles entre anti et pro-gouvernement étaient inversés, l'armée, alors dirigée par le même Prayuth, avait tiré des balles en caoutchouc sur des groupes qui tentaient de freiner l'avancée des militaires et lâché depuis des hélicoptères des gaz lacrymogènes sur la foule de manifestants rassemblés autour du Monument de la démocratie ? parmi les manifestants qui campaient là depuis près d'un mois, se trouvaient des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette première tentative de dispersion des manifestants s'était soldée par des affrontements qui avaient fait 25 morts et des dizaines de blessés dans les deux camps.

Le Lycée français International de Bangkok ferme lundi

Le Lycée français International de Bangkok a envoyee dimanche un message e-mail aux parents d'élèves pour leur signifier que l'établissement serait fermé lundi par mesure de précaution vis-à-vis de risques éventuels pour certains sur le trajet.
"Les événements qui se déroulent actuellement à Bangkok nous contraignent une nouvelle fois à ne pas ouvrir l'établissement demain lundi 2 décembre" dit le message du proviseur Emmanuel Rivals.
"Décision prise par le Comité de Gestion, en accord avec l'Ambassade de France.
Il s'agit d'une mesure de précaution essentiellement liée aux risques que pourraient courir les élèves et les personnels en se déplaçant dans Bangkok".
Les universités de Chulalongkorn et Thammassat, Rajabhat Dusit et Ramkhamheng en ont fait autant.
L'Ambassade invite à éviter tout déplacement dans la ville.
Néanmoins, bien que la prudence soit en effet requise compte tenu de l'imprévisibilité des manifestants, la vie suivait son cours dimanche dans le reste de la ville. Même quartier de Khao San, quartier très touristique bien connu des routards vivait à son rythme habituel, malgré la proximité du site principal de manifestation.

Avec AFP dimanche 1er décembre 2013
 

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