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Les soldats thaïs, soutiens précieux de la population au Darfour

Par Ghislain Poissonnier  | Publié le 17/04/2012 à 00:00 | Mis à jour le 06/01/2020 à 18:09
Photo : L'armée thaïe a un devoir d'aide au développement des habitants du Darfour (photo DR)
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Près de 900 soldats thaïlandais sont stationnés au Soudan, dans la province du Darfour, depuis plus d'un an maintenant, pour participer à l'action d'une force des Nations unies, l'UNAMID. Pour la première mission de son histoire en Afrique, l'armée du royaume a pour rôles de protéger la population civile et aider à l'amélioration de ses conditions de vie

(Rediffusion du 11 avril 2012) - C'est en 2003 qu'a commencé le conflit meurtrier qui oppose le gouvernement soudanais à des groupes rebelles dans la province du Darfour, qui jouxte le Tchad. Afin de protéger la population civile des effets de la guerre, le conseil de sécurité de l'ONU a adopté le 31 juillet 2007 la résolution 1769 créant une force des Nations unies (UNAMID) de 20.000 hommes déployée au Darfour. La décision de participer à cette force a été prise par le cabinet du Premier ministre thaïlandais, Surayud Chulanont, dès octobre 2007. "Il y a eu un consensus parmi les pouvoirs publics thaïlandais sur cette participation à l'UNAMID, dès lors que trois critères étaient réunis : que la mission bénéficie d'un large soutien sur le plan international, que les troupes thaïlandaises ne soient pas déployées dans des zones trop dangereuses, et qu'une prise en charge des salaires des militaires soit assurée par les Nations unies", explique Panitan Wattanayagorn, professeur à l'université de Chulalongkorn, spécialiste des questions militaires. La décision de participer à cette mission au Darfour a reçu le soutien des ministères concernés. "Le ministère des Affaires étrangères souhaite donner une nouvelle image de la Thaïlande au sein de la communauté internationale et de l'ASEAN : celle d'un pays qui contribue à la paix dans le monde, y compris en Afrique, et assume ses responsabilités : d'où, par exemple, la participation à l'opération anti-piraterie au large de la Somalie", poursuit le professeur. L'armée, de son côté, souhaite acquérir une expérience internationale, suivant en cela l'exemple malaisien, dont les forces militaires ont amélioré leur niveau en participant à des missions à l'étranger.
Depuis les années 1990, les opérations militaires qui s'effectuent au sein soit des Nations unies, soit d'une coalition internationale, se multiplient. Or, ces opérations complexes nécessitent un savoir faire préalable que les militaires thaïlandais souhaitent acquérir. L'armée a aussi saisi cette opportunité, car les salaires payés par les Nations unies sont attractifs. Au Darfour, un simple soldat gagne en moyenne 1.200 dollars par mois, une somme à mettre en perspective avec une solde qui ne dépasse guère 250 dollars dans le royaume.

Premier déploiement de l'armée thaïe en Afrique

Le déploiement du bataillon thaïlandais, composé de 870 hommes, s'est effectué en décembre 2010. Stationné dans la ville de Mukhjar, ce bataillon, appelé la Task Force 980, est en charge du secteur sud de la partie ouest de la province du Darfour. L'armée thaïlandaise a déjà participé à une opération militaire conduite par les Nations unies (voir l'historique en encadré) mais dans cette province du Darfour, grande comme la France, aride, pauvre et dévastée par la guerre, les militaires thaïlandais sont confrontés à une mission inédite. "C'est la première fois que notre armée se déploie en Afrique et aussi loin des frontières du royaume", explique le major-général Pathanapong Ongartitthichai, qui dirige le centre de formation et de coordination pour les opérations de maintien de la paix au sein des forces armées thaïlandaises. "C'est aussi la première fois que les militaires thaïlandais travaillent aux côtés de troupes africaines, notamment avec celles du Burkina Faso et du Rwanda, sous l'autorité d'un général nigérian, commandant de secteur. Et c'est enfin la première fois que notre armée est confrontée à tel défi logistique, car elle a du se projeter au Darfour en toute autonomie, ce qui peut expliquer le retard dans le déploiement", poursuit le major-général Ongartitthichai, avant de détailler les contraintes qui ont du être surmontées pour réaliser cette opération : insécurité au Darfour, éloignement de la capitale Khartoum, chaleur étouffante, pénurie d'eau, rareté de la nourriture, absence d'équipement disponible. Pour la construction de la base accueillant les 870 hommes, tout a du être amené par voie aérienne. Or, cette fois-ci, la Thaïlande n'a pas été soutenue par une nation cadre, comme cela avait été le cas au Timor-Leste entre 1999 et 2004, lors d'une précédente opération des Nations unies, où elle avait bénéficié de la logistique australienne.

Un rôle de protecteur et d'aide au développement

La mission qui incombe à la Task Force 980 est de protéger la population civile du secteur de Mukhjar, soit environ 100.000 personnes qui subissent les effets de la guerre et de la sécheresse. Le secteur a connu des atrocités commises contre les civils : viols, massacres de villageois, bombardements indiscriminés, incendies de villages etc. Mais la situation tend à s'améliorer, notamment parce que depuis trois ans, le conflit au Darfour a perdu de son intensité et que l'UNAMID est active sur le terrain. La mission du bataillon thaïlandais est aussi de protéger les ONG internationales et les agences civiles de Nations unies qui viennent en aide à la population locale, afin qu'elles puissent effectuer leurs activités en sécurité. La réussite de cette double mission passe par la sécurisation de l'aéroport de la zone et par la multiplication des patrouilles effectuées en véhicules blindés ou en Toyota land Cruiser. "Cette mission s'inscrit parfaitement dans notre doctrine militaire qui insiste sur le soutien à la population locale et le développement afin d'obtenir un rétablissement plus rapide à la paix", indique le major-général Pathanapong Ongartitthichai. Par le biais d'une compagnie du génie, la Task Force 980 apporte également sa contribution directe à l'amélioration des conditions de vie de la population : forage de puits, travaux d'irrigation, plantation d'arbres et distribution de semences, formation des agriculteurs et d'ouvriers du bâtiment, construction d'ouvrages en briques. "A Timor-Leste, les militaires thaïlandais ont été très appréciés pour leur contribution au développement de l'agriculture locale, relançant la riziculture, révèle le professeur Wattanayagorn. Ils ont même aidé à la réintroduction du buffle d'eau. C'est ce que l'on appelle dans notre armée maintenant la water buffalo policy, une politique inspirée par les projets royaux". Il n'est dès lors pas étonnant que les militaires thaïlandais tentent de reproduire une recette qui a porté ses fruits. Pour l'instant, les perspectives sont plutôt bonnes. Aucun soldat thaïlandais n'a été tué au combat au Darfour, même si des convois de ravitaillement ont été parfois attaqués par des bandes armées. La première rotation d'effectifs vient d'avoir lieu. Les soldats rentrés estiment cette mission "éprouvante mais enrichissante". Et le soutien de l'opinion publique semble venir progressivement. Si la plupart des Thaïlandais ignorent tout du Darfour, ils sont de plus en plus nombreux à savoir, en particulier grâce à la chaîne de télévision Channel 5, que leurs soldats sont déployés dans le désert africain pour protéger une population civile en péril. Le 20 mars, le gouvernement a approuvé une demande de retrait de la Task Force 980 qui reste soumise à une approbation l'ONU, estimant que ses soldats avaient rempli leu mission. Les autorités espèrent que le retrait des troupes s'effectuera d'ici la fin du mois prochain. 

L'armée thaïlandaise et les Nations unies

L'armée thaïlandaise n'en est pas à sa première participation à une opération militaire conduite sous la bannière des Nations unies. Lors de la guerre de Corée (1950-1953), un bataillon de 4.000 hommes a été envoyé combattre, notamment aux côtés des militaires français, les forces communistes. Par la suite, la Thaïlande a fourni des militaires à la force d'observation déployée au Koweït et au sud de l'Irak, après la première guerre du Golfe en 1991. Lors de l'opération des Nations unies menée Cambodge (1992-1993) visant à stabiliser le pays et à organiser les élections, un bataillon de 700 soldats thaïlandais (dont une part importante de démineurs et de membres du génie chargés de construire des routes), a été envoyé, là encore aux côté des militaires français. Avec près de 1.500 soldats, l'armée thaïlandaise a également participé à la force des Nations unies déployée à Timor-Leste entre 1999 et 2004. En revanche, les soldats thaïlandais (environ 500 hommes) envoyés en Irak en 2003-2004, ne l'ont pas été dans le cadre d'une opération des Nations unies mais au sein d'une coalition internationale menée par les Etats-Unis, coalition à laquelle la France avait refusé de participer.

Ghislain POISSONNIER mardi 17 avril 2012

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Ghislain Poissonnier 

Ghislain Poissonnier est magistrat français. Il a été juge et vice-procureur à Béthune, Lille et Paris. Il a travaillé comme juriste au Kosovo, en Palestine, en République démocratique du Congo, en Thaïlande, en Afghanistan, en Guinée et en Côte d'Ivoire.
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