Le président de la Cour constitutionnelle droit dans ses bottes

Par Eric DESEUT | Publié le 22/04/2013 à 22:00 | Mis à jour le 10/03/2019 à 09:04

La Cour constitutionnelle est accusée de s'arroger un rôle d'arbitre de la vie politique thaïlandaise et son président apporte lui-même de l'eau au moulin de ses détracteurs.

Le député Korkaew Pikulthong a réintégré sa cellule de la prison de Lak Si. Son immunité parlementaire a pris fin samedi 20 avril avec la levée de la session parlementaire et la Cour criminelle a rejeté lundi sa demande de liberté conditionnelle. À la fois membre du parti majoritaire Puea Thai et militant du mouvement populaire dit des chemises rouges, ses discours jugés virulents lui valent deux chefs d'inculpation. Il est accusé d'avoir intimidé les juges de la Cour constitutionnelle et d'avoir incité à la rébellion. Pour justifier la sévérité du tribunal, le président a souligné l'absence de remords du parlementaire qui se prévalait pourtant d'un garant de poids: le ministre de l'Intérieur en personne, Charupong Ruangsuwan.

On ne badine décidément pas avec la Cour constitutionnelle. Accusée de jouer un rôle d'arbitre dans la vie politique thaïlandaise, la haute institution ne manque pas de susciter une polémique croissante. La semaine dernière des députés et sénateurs l'ont interpellée par écrit. Invoquant la séparation des pouvoirs, ils s'émeuvent de voir la cour interférer avec le processus parlementaire en cours qui vise à amender la constitution. Lundi ce sont 200 membres du mouvement des chemises rouges qui sont allés physiquement défier les neuf sages dont ils demandent la démission. Ils ont promis d'occuper pendant trois jours un carrefour à proximité des locaux de la cour.

Paradoxalement le président de la cour a lui-même attisé la rancœur de ses détracteurs. Le mois dernier à l'occasion d'un séminaire Wasan Soypisudh a reconnu que certaines décisions avaient été prises en fonction du contexte politique plutôt qu'au regard des textes de loi. En décembre 2008, le parti au pouvoir People Power Party favorable à Thaksin Shinawatra renversé par le coup d'État militaire de 2006 avait été dissous tandis que le Premier ministre Somchai Wongsawat était interdit de toute activité politique pendant cinq ans. Depuis des mois la Thaïlande s'enfonçait dans une crise politique et l'occupation des aéroports par le mouvement des chemises jaunes avait notamment alerté l'opinion internationale. "Si la situation avait été pacifique avec une conciliation entre la majorité et l'opposition, le pays aurait pu progresser et je suis convaincu que la majorité des juges n'aurait pas décidé de dissoudre les partis politiques (People Power, Chart Thai et Matchima Thipataya formant alors une coalition gouvernementale NDLR). Mais la situation était alors chaotique et la Cour constitutionnelle a dû exercer son jugement pour maintenir la loi et l'ordre".

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