La Thaïlande cernée par les mines

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 03/05/2006 à 00:00 | Mis à jour le 11/08/2019 à 07:35
Photo : Pierre QUEFFELEC - Un panneau avertit d'une zone de mines dans la province de Surin
Mines-Thailande-panneau

La Thaïlande est un coin de paradis entouré d'une ceinture d'explosifs. Vestiges du passé ou conséquences de conflits présents, des milliers de mines et engins non explosés polluent les sols des zones frontalières du pays du sourire. Le gouvernement a bien signé le traité anti-mines mais les résultats se font toujours attendre

Il y aurait plus de 2.500 kilomètres carrés de terrain piégés par des mines en Thaïlande, selon une enquête réalisée il y a six ans par NPA (Norvegian People's Aid), une ONG Norvégienne. Un demi million de personnes seraient directement affectées et, chaque année, une centaine de civils meurent ou sont estropiés à vie pour avoir marché sur de tels engins.

La région de loin la plus touchée est la frontière avec le Cambodge. De Trat jusqu'à Ubon Ratchathani, c'est une vraie barrière de feu, autrefois destinée à protéger le pays de la menace des Khmers rouges puis vietnamienne.

La frontière avec le Laos, théâtre de l'insurrection communiste dans les années 70 et 80, est, elle, concernée sur la partie non délimitée par le Mékong, allant de la province de Loei à celle de Chang Rai, avec un foyer pénétrant dans le nord de la province de Petchabun.

Mais si le cas des frontières cambodgiennes et laotiennes apparaît comme un vestige de conflits passés, à la frontière birmane la situation reste évolutive. Les incessants conflits entre la junte birmane et les différentes ethnies vivants sur la frontière, doublé des trafics en tout genre, amènent les forces en présence à recourir au minage. Cela dit, officiellement, la Thaïlande ne pose pas de mines, conformément à ses engagements.

Moins de 1% de la surface à déminer nettoyée

En effet, le pays a signéen 1997 la convention d'Ottawa interdisant l'utilisation et le transport de mines antipersonnel. Le traitéimplique par ailleurs un déminage total dans les 10 ans. Mais moins de 1% de la surface supposée minée a éténettoyédepuis 1999. La raison officielle évoque un manque de moyens bien que des pays comme les Etats-Unis et le Japon fournissent des fonds, du matériel sophistiquéet leur savoir-faire.

Un consultant impliquédans le domaine du déminage explique : "Les militaires [l'armée] dirigent les opérations de déminage, les mêmes qui ont minéla plupart des terrains dans un but bien précis. Alors si ces engins ont encore une utilitéstratégique quelconque, il est illogique pour eux de les enlever."

L'armée, maître d'oeuvre du déminage, aurait d'ailleurs diminuél'an dernier de 50% le budget du Thailand Mine Action Center (TMAC), l'organisme chargéde diriger les opérations. C'est pourquoi TMAC, avec l'appui d'ONG, a demandéàêtre dégagéde la tutelle du ministère de la Défense pour être placésous celle du Premier ministre.

Une requête qui ressemble àun défi lancéau gouvernement de prendre une bonne fois pour toute le problème des mines antipersonnel au sérieux.

Pierre Queffélec (LPJ - Bangkok) mercredi 3 mai 2006

En savoir plus :
www.tmac.go.th
www.icbl.org
www.handicap-international.org
www.mineaction.org

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Pierre QUEFFELEC

Pierre Queffélec a fait ses premières armes dans le journalisme à la Nouvelle République des Pyrénées en 1996. Arrivé en Thaïlande en 2004, il a rejoint lepetitjournal.com l’année suivante avant de prendre la direction du bureau de Bangkok en janvier 2006
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