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La junte très à l’aise avec l’achat des faux détecteurs d’explosifs

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 28/09/2018 à 00:00 | Mis à jour le 28/09/2018 à 06:01
faux detecteur d'explosif GT200

Le numéro deux de la junte a rejeté jeudi l’idée que l’armée aurait quelque "enseignement" à retenir de l’escroquerie tragique des faux détecteurs d’explosif après la condamnation mercredi du premier Thaïlandais à tomber pour ce scandale 

Un Thaïlandais a été condamné mercredi à neuf ans de prison pour sa participation à une escroquerie internationale ayant écoulé pour des millions d'euros de faux détecteurs de bombes à des armées, de la Thaïlande à l'Irak. 

L'homme d'affaires, Suthiwat Wattanakit, de l'entreprise d'équipement militaire AVIA Satcom, est le premier Thaïlandais condamné dans ce scandale pour lequel les deux cerveaux britanniques de l'escroquerie ont été condamnés en 2013. 

Il a été placé en liberté conditionnelle dans l'attente de son procès en appel. 

L'armée thaïlandaise a acheté à partir de 2008 pour plus de 17 millions d'euros de ces faux détecteurs, vendus entre 2.800 et 11.000 euros pièce, pour sa zone de conflit de l'extrême sud du royaume, en proie à un conflit séparatiste musulman. 

Or, le détecteur "GT200", censé repérer les traces d'explosifs résiduelles sur les individus mais aussi les bombes, s'est révélé n'être qu'une vulgaire boîte en plastique équipée d'une antenne... 

Des centaines d'habitants de l'extrême sud de la Thaïlande ont ainsi pendant des années été arrêtées par erreur, les détecteurs ayant "repéré" sur eux des traces d'explosifs qui n'existaient pas. Et des soldats sont morts à cause de cette fraude, s'avançant en toute confiance sur des terrains qu'ils croyaient exempts de bombes artisanales, se fondant sur les conclusions du GT200. 

Le boitier factice avait pourtant bien "marché"

Mais au lendemain de la condamnation de l’homme d’affaires, le général Prawit Wongsuwon, ministre de la Défense et numéro deux de la junte au pouvoir depuis un coup d'Etat en 2014, a balayé toute "faute" commise par les militaires. 

"Nous n'avons rien fait de mal, donc quel enseignement y aurait-il à tirer ? Ils (l’armée) n’ont commis aucune faute", a-t-il insisté jeudi, interrogé sur cette affaire qui avait fait scandale en Thaïlande à l'époque. 

Il a ajouté que les tests "avaient marché" à l'époque de l'achat mais sans expliquer comment l’armée était arrivée à de telles conclusions avec de simples boitiers vides de toute technologie.

Les créateurs du GT200 prétendaient que l’appareil portatif fonctionnait à l’électricité statique plutôt qu’avec une batterie et qu’il utilisait une "carte sensitive" capable de détecter des substances minimes d’explosif ou de drogues à plusieurs centaines de mètres, même à travers les murs et les bunkers.

Les premiers soupçons en Thaïlande concernant l'efficacité du GT200 étaient apparus en octobre 2009, lorsqu'une bombe dissimulée dans une moto avait explosé dans la province de Yala, alors que le véhicule avait déjà été contrôlé par un détecteur de ce type.

Anupong Paojinda, l'actuel ministre de l'Intérieur et acteur de premier plan du coup d'Etat de 2014, était chef de l'armée lorsque l'affaire avait éclaté fin 2009.

En 2016, le chef de la junte Prayuth Chan-o-Cha, avait affirmé aux journalistes en parlant des boitiers GT200: "Ils ont été utiles mais quand il a été prouvé qu'ils étaient inefficaces ils n'ont plus été utilisés".

Le budget de la défense de la Thaïlande a presque triplé en dix ans, une période durant laquelle les militaires ont réalisé deux coups d'Etat. Des achats dispendieux discutables comme celui de sous-marins chinois ou encore du porte-avion Chakri Narubet ont fait scandale
 

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