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La Bienfaisance en Thaïlande: "Le malheur n’arrive pas qu’aux autres"

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 15/11/2018 à 00:00 | Mis à jour le 16/11/2018 à 12:19
Photo : Pierre QUEFFELEC - Pour l’ancien gendarme Christophe Fromont, qui a œuvré sur des théâtres de guerre à l’étranger et de maintien de l’ordre en France, l’esprit d’entraide est un élément clé pour contribuer à faire un monde meilleur
Entraide francaise Thailande

Entretien avec Christophe Fromont, président de l’association Française de la Bienfaisance en Thaïlande qui vient en aide aux Français se trouvant en grandes difficultés dans le royaume

Où que l’on soit dans le monde, la vie réserve parfois des mauvaises surprises. Et quand on se trouve soudainement au bord du précipice à l’autre bout du globe, on est bien content de voir s’ouvrir une main amicale. Depuis plusieurs années, l’Association Française de la Bienfaisance en Thaïlande (AFBT) propose son aide à des Français en détresse et leur permet d’éviter le pire voire de rebondir. 

Souvent dans l’urgence et dans la majorité des cas avec l’appui du comité consulaire pour la protection et l’action sociale, cette association loi 1901 peut intervenir sous la forme d’avances pécuniaires pour des hospitalisations, des rapatriements dans des cas exceptionnels ou tout autre besoin s’avérant indispensable.

Les fonds de l'AFBT proviennent de cotisations des membres, une soixantaine à ce jour, et de dons divers mais aussi des bénéfices tirés d'évènements comme la soirée du Beaujolais Nouveau qui aura lieu le 24 novembre dans les jardins de la résidence de l'ambassadeur de France à Bangkok.

Elu président de l’AFBT lors de la dernière Assemblée Générale de l’association, Christophe Fromont, ancien gendarme de l’ambassade reconverti dans le conseil en sécurité, revient sur l’activité de l’association.

Lepetitjournal.com : Dans quel esprit l’action de l’AFBT s’articule-t-elle ?

Christophe Fromont : Nous sommes évidemment tous animés de l’envie d’aider notre prochain d’une part. Mais nous sommes aussi également conscients que le malheur n’arrive pas qu’aux autres : nous souhaitons avoir pour autrui les égards dont nous aimerions bénéficier si un jour le ciel venait à s’écrouler sur nous. 

En effet, il y a un manque en termes d’aides pour des cas de détresse ultime concernant nos compatriotes. Mais l’Etat ne peut pas tout. En revanche, les hommes peuvent faire beaucoup pour peu qu’ils s’unissent vers un but. Et le but de l’AFBT est aider l’autre et faire des émules. Cela parait idiot, sauf, évidemment, lorsque l’on en a besoin. L’AFBT agit comme une main tendue pour aider à s’extirper du tourbillon du malheur, un levier amical destiné à alléger ce genre de fardeau insoutenable qui peut vous tomber dessus à tout moment sur le chemin d’une vie.

Quel est le profil type du bénéficiaire de l’AFBT ?

Nous notons distinctement deux types principaux. L’un est une personne ne pouvant plus faire face aux coûts de la vie et doit rentrer d’urgence en France. L’autre est victime d’un accident ou une maladie et ne peut faire face aux frais médicaux. Il s’agit d’un touriste ou d’un résident.

Nous avons vu récemment le cas d’un Français en résidence depuis plusieurs années qui disait risquer la prison car il avait dépassé son visa et ne pouvait ni payer l’amende, ni se payer un billet de retour en France. Quelle est la position de l’AFBT sur ce type de cas ?

Afin de ne pas encourager les délits administratifs tels que "l’overtsay", l’AFBT ne paie jamais l’amende encourue, elle s’inscrit dans le respect de la législation thaïlandaise. Aussi, l’AFBT, n’apportant son aide qu’en dernier recours aux plus démunis, elle n’intervient pas dès lors qu’un appel aux dons est lancé – c’est précisément ce qu’il s’est produit dans le cas que vous citez.

Par ailleurs, lorsqu’un Français décide de rester en Thaïlande en dehors des règles administratives du pays, il est inconcevable de lui payer l’amende due par le fameux "overstay" –même dans le cas où il n’a d’autre choix que de rester dans le royaume. Nous pouvons toutefois convenir, sous certaines conditions, de l’aider à repartir et ainsi contribuer à réparer l’image de la France.

Quid du cas de cette jeune touriste française actuellement hospitalisée et dont l’assurance a atteint son plafond de couverture?

C’est effectivement toujours terrible et on aimerait tout faire et faire tout. Les parents également victimes aimeraient peut-être notre support, ne serait-ce que pour les aider à améliorer le quotidien lors des attentes interminables. Une voiture, un guide, une âme avec qui échanger humainement, c’est ça aussi la Bienfaisance, faire le bien en essayant de bien le faire …

L’AFBT est parfois décriée par des gens qui estiment que ce n’est pas à la société civile de mettre la main à la poche pour venir en aide à nos compatriotes à la place de l’État. Qu’en dites-vous ?

J’en pense que c’est un faux débat. Si l’état devait tout financer, il demanderait inévitablement une contribution forcée à la société civile et finalement, c’est tout le monde qui serait mis à contribution bon gré mal gré. Là, il laisse finalement tout loisir à ceux qui se sentent concernés et autres altruistes de s’exprimer activement et librement.

Le fait que l’AFBT inclut dans son champ d’action les visites aux prisonniers suscite également des désaccords. Quel est votre sentiment sur ce point ?

Effectivement, c’est un sujet qui a couté beaucoup de temps et qui vient de trouver sa juste place. Les prisonniers français entrent dans le cadre classique de l’aide apportée par la Bienfaisance à tout compatriote. Ce qui suscitait véritablement débat était la question des visites de prison. Nous souhaitions donner un caractère plus structuré afin d’encadrer cette action nécessaire mais qui est pour l’instant assurée par des volontaires n’ayant souvent pour seules compétences que leur bonne volonté. Or, il se trouve qu’un tel encadrement mettrait à contribution un certain nombre de secteurs et d’institutions, et il ne nous a pas été donnée la possibilité de mener cette transformation à bien. Pour l’heure nous cessons donc cette activité afin de ne pas mettre en péril l’ensemble de l’association. En effet visiter un prisonnier n’est pas anodin et peut être lourd de conséquences.

Qu’entendez-vous par là ?

J’entends par là que si cette question est prise trop à la légère, cela peut produire un large éventail de conséquences incontrôlées. Il ne s’agit pas seulement d’aller faire la causette ou prêter une oreille amicale. Une visite de prisonnier met en scène bien plus de monde qu’il n’y parait. 

Tout d’abord, le visiteur doit être prêt à tout entendre sans y prendre trop ombrage, accepter un jugement qu’il trouvera trop lourd, entendre des demandes et savoir faire preuve de discernement dans ses réponses.

Il ne faut pas perdre de vue que le prisonnier a souvent pour seul contact les mots et les attitudes du visiteur et se trouve souvent tributaire des informations sur l’extérieur qui lui sont apportées lors des visites. De fait, un visiteur malhabile ou animé de mauvaises intentions peut potentiellement contribuer à créer une vraie bombe à retardement. Car n’oublions pas que la prison peut changer une personne en mieux comme en pire. 

Et puis il y a la famille qui attend beaucoup du visiteur. La famille est une victime collatérale d’une incarcération. Un délit qui, en France, prévoirait une simple réprimande peut parfois couter des années de détention ici (un exemple est celui des deux touristes inculpés pour un graffiti à Chiang Mai). Et la famille, au pays, peut facilement être anéantie de savoir son fils ou sa fille, un frère ou une sœur, écroué(e) à 10.000 kilomètres et dans des conditions incertaines. Le visiteur constitue alors un fin mais vital trait d’union entre la famille et ce parent détenu… Mieux vaut donc qu’il soit solide et garde bien la tête sur les épaules.

Quant à l’image du détenu, il ne faut pas voir derrière chaque prisonnier un meurtrier sanguinaire qui "mériterait" d’être abandonné à son sort. Que diriez-vous si votre fils venu 15 jours en vacances était écroué 5 années sur un autre continent pour avoir fumé une cigarette comme dans toutes les boites de nuit française ? Ne seriez-vous pas content que quelqu’un se dévoue pour vous donner des nouvelles, lui passe des messages de votre part, lui fasse des courses, lui rende la vie moins pénible ?

Et la question qui nous préoccupe c’est de confier cette tâche délicate à des personnes formées, encadrées et animées des bonnes intentions. C’est loin d’être une action anodine et elle doit être régie.

Un mot sur les fonds dont dispose l’AFBT à l’heure actuelle, estimez-vous que ce soit beaucoup ou peu, pourquoi ?

L’AFBT dispose actuellement d’environ 2,5 millions de bahts, ce qui n’est un secret pour personne puisque nos comptes sont présentés lors des assemblées générales. Compte tenu de population vieillissante, du tourisme de masse et de la cherté des soins hospitaliers, des transports, c’est bien peu. Ce "magot" comme certains l’appellent est donc bien fragile.

C’est pour cela que nous devons le gérer avec la plus grande transparence, en alliant égalité stricte dans le respect des règles et équité dans l’application.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur la façon dont est géré ce fonds, comment se traduisent les aides ?

Nous sommes tous engagés et volontaires. Rien de ce que nous faisons n’est payant et nous essayons de trouver parmi nos membres des compétences afin que l’association n’ait jamais à payer pour quelque fonctionnement qui soit. Nous pensons que l’argent dont dispose la Bienfaisance doit aller à 100% vers ceux qui n’ont rien et en ont un besoin urgent et vital.

En revanche, l’aide de la Bienfaisance ne doit pas être considérée comme un don. Il s’agit d’une avance, d’un prêt. Les bénéficiaires qui ont reçu une aide quand ils étaient en détresse sont censés rembourser après avoir repris le cours de leur vie.

Aussi, l’AFBT doit être la solution de la dernière chance. Les demandes d’aides doivent être présentées sous la forme de la constitution d’un dossier. Le dossier est ensuite étudié pour nous assurer nous que l’AFBT est bien le dernier recours, c’est-à-dire qu’aucune aide autre que la nôtre ne peut être envisagée. Après cette vérification, le dossier est exposé au Comité Directeur et soumis au vote.

Vous évoquiez le terme "magot". Il est notamment utilisé par une page Facebook dont le ou les animateurs tirent à boulet rouge sur l’AFBT tout en se cachant derrière l’anonymat. Qu’est-ce qui vaut à l’AFBT une telle rancœur à votre avis ?

Je ne suis pas certain de ce qui motive cet individu qui réside en Thaïlande et dont nous connaissons l’identité ainsi que l’adresse à Pattaya malgré ses efforts pour rester anonyme.

Mais il s’emblerait que l’AFBT soit un prétexte pour attaquer l’ambassade car il s’en prend systématiquement à l’ambassadeur, lui reprochant la participation de l’ambassade à l’association dont il dénonce le manque de transparence. Or, si ce monsieur veut tout connaitre de la gestion de l’association, il lui aurait suffi de répondre à nos invitations, ou même de prendre sa carte en cotisant 500 bahts pour assister à nos réunions.

Nous considérons bien entendu ses attaques comme diffamatoires et injustes. Néanmoins, l’AFBT ayant pour vocation de promouvoir l’entraide communautaire et de venir en aide aux Français en difficultés, personne dans l’association n’aura l’idée saugrenue d’attaquer cet individu devant des tribunaux thaïlandais. De même, nous ne répondons jamais à ce type de diatribes mais sommes désolés pour ses lecteurs…

C’est vraiment dommage que cet ancien journaliste à la retraite passe son temps libre à tirer à boulets rouges sur une association d’entraide sociale, car il sait plutôt bien écrire et pourrait mettre sa plume à contribution pour aider notre association -ou une autre- à être meilleure. Ce serait bien plus bénéfique pour la société que de lancer des critiques infondées tapi dans l’ombre.

Pouvez-vous revenir rapidement sur les évolutions récentes et à venir de l’AFBT en en expliquant les raisons et objectifs ?

L’association est de loi Français 1901 depuis décembre 2017 et d’autres évolutions sont à venir. L’AFBT vient d’élargir son comité directeur passant donc de 7 à 9. Elle s’oriente vers un travail plus réglementé et aimerait rayonner tant via l’ensemble des sites à caractère français que son site internet ainsi qu’au travers d’évènements communautaires.

Il ne s’agit pas seulement d’aider à réparer, mais aussi d’aider à éviter les pépins. Prévoyance, sécurisation, précautions, etc. Il y a du travail en matière de sensibilisation ! Même si les médias francophones qui œuvrent en Thaïlande font déjà ce travail, ce n’est manifestement pas suffisant.

A l’AFBT, nous vivons tous en Thaïlande depuis suffisamment longtemps pour avoir vu à peu près tous les scénarii les plus dramatiques qui soient en matière de détresse humaine chez nos compatriotes, qu’ils soient résidents ou de passage.

Nous voulons une association plus proactive au service des personnes dans l’urgence, mais aussi plus créative afin de développer différents outils pour informer les gens sur les pièges de toutes sortes qui se trouvent sur le chemin de l’expatriation et du tourisme en Thaïlande.

Il ne s’agit pas seulement d’argent, il s’agit aussi de guider, d’accompagner, de réconforter. Pour ce faire, l’AFBT a besoin de membres pour leurs talents, leurs connaissances, leur temps et, condition nécessaire, leur altruisme. Seuls, nous sommes si peu de chose…
 

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1 Commentaire (s)Réagir
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JPSIAM jeu 15/11/2018 - 01:34

L'expatriation en Thaïlande nécessite aussi la responsabilité de chacun. Hors comme en France, un certain nombre de français s'expatriant, veulent aussi être des assistés. Absence d'assurance santé, moyen de survie pas à la hauteur et comportement assez désastreux en pensant que le royaume de Thaïlande fera le reste. C'est vraiment une mauvaise image de la France et de ses retraités résidents qui ont un comportement normal en respectant les lois,les coutumes et les traditions du pays d'accueil. Nous sommes ici des invités privilégiés que chacun le comprenne et fasse l'effort nécessaire!

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