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ELECTIONS - Thaksin, en exil, inflige un camouflet à l'armée

Par Agence France Presse | Publié le 24/12/2007 à 01:00 | Mis à jour le 06/03/2019 à 05:53
Photo : LPJ Bangkok - Comme ils le font à chaque élection depuis 2001, les thaïlandais ont encore une fois choisi le camp de Thaksin Shinawatra, hier, malgré les manoeuvres de la junte pour éradiquer l'ancien Premier Ministre renversé par un coup d'état en 2006
Election Thailande

Les alliés de l'ex-Premier ministre et milliardaire thaïlandais Thaksin Shinawatra ont revendiqué la victoire dimanche aux premières élections législatives depuis le putsch du 19 septembre 2006 et se sont déclarés en mesure de former un gouvernement de coalition

Le scrutin a constitué un sérieux revers pour l'armée qui a tout fait pour affaiblir le camp de M. Thaksin, lui-même en exil mais susceptible de faire son grand retour en Thaïlande si ses amis parviennent effectivement à contrôler le pouvoir, estiment des analystes. "Je serai à coup sûr le prochain Premier ministre", a lancé Samak Sundaravej , dirigeant du Parti du pouvoir du peuple (PPP) au sein duquel se sont regroupés des alliés de M. Thaksin.

A deux doigts de la majorité absolue

M. Samak a dit que le PPP avait remporté quelque 230 des 480 sièges à pourvoir à la chambre basse du Parlement. "C'est seulement 10 sièges de moins qu'une majorité (absolue). Cela reflète la popularité du PPP (qui) formera le gouvernement", a-t-il affirmé. "J'invite tous les partis à se joindre à notre gouvernement", a ajouté M. Samak, ancien gouverneur de Bangkok, âgé de 72 ans. Le dirigeant du PPP a précisé que M. Thaksin, qui s'est réfugié à l'étranger après un coup d'Etat l'année dernière, l'avait appelé pour le féliciter et qu'il avait dit qu'il "reviendrait"en Thaïlande après la formation du nouveau gouvernement.

M. Thaksin, milliardaire de 58 ans et nouveau président du club de football anglais de Manchester City, fait l'objet de multiples enquêtes pour corruption en Thaïlande, où ses avoirs, estimés à deux milliards de dollars, ont été gelés par la junte militaire qui l'a chassé du pouvoir il y a 15 mois. Son ancien parti a été dissous et il a été interdit d'activités politiques pendant cinq ans, avec 110 de ses lieutenants. Dimanche soir, M. Samak a laissé entendre que M. Thaksin et ses 110 lieutenants pourraient bénéficier d'une "amnistie". Il a affirmé que les élections étaient "une victoire pour tous les Thaïlandais qui, d'une manière peu raisonnable, ont perdu leur liberté le 19 septembre (2006)".

Le Parti Démocrate refuse la coalition avec le PPP

De son côté, Abhisit Vejjajiva, 43 ans, dont le Parti démocrate est arrivé en deuxième position aux élections avec plus de 160 sièges, a refusé de s'incliner, affirmant être prêt à former lui-même un gouvernement de coalition si le PPP échouait. "Le PPP n'a pas réussi à remporter la majorité absolue qu'il recherchait", a-t-il dit. "S'il parvient à former une coalition, le Parti démocrate est prêt à devenir l'opposition. S'il échoue, le Parti démocrate est prêt à former sa propre coalition. Tout dépend de l'acceptation ou non par les autres partis de l'invitation de Samak".

A 22H15 locales (15H15 GMT), la Commission électorale a diffusé des résultats officieux sur la base de 93% des bulletins dépouillés, créditant le PPP de 228 sièges et le Parti démocrate de 166 sièges. Des tractations ont commencé entre des partis politiques. Plus de 45 millions de Thaïlandais étaient appelés aux urnes et devaient départager 5.154 candidats représentant 39 partis à ce scrutin visant à rétablir la démocratie. "Les gens veulent que Thaksin revienne", il reste "populaire, en particulier parmi les populations (rurales) vivant dans les provinces du Nord-Est", a estimé Ukrist Pathmanand, professeur de sciences politiques à l'université Chulalongkorn de Bangkok.

En renversant M. Thaksin, l'armée l'a accusé d'avoir pratiqué la corruption, d'avoir divisé le pays et d'avoir menacé la monarchie. "Le plus grand voeu est que les militaires retournent vraiment dans leurs casernes et qu'ils ne cherchent pas à garder un certain contrôle sur le Premier ministre", a écrit dimanche le quotidien The Bangkok Post. La loi martiale reste en vigueur dans plus d'un tiers du royaume, notamment le Nord et le Nord-Est, bastions traditionnels de M. Thaksin, et l'extrême Sud musulman, théâtre d'une insurrection séparatiste.

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