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COUP D’ETAT – Yingluck et d’autres anciens leaders détenus, premières manifestations anti-putsch

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 23/05/2014 à 22:00 | Mis à jour le 19/05/2020 à 04:42
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Le sort de plusieurs anciens dirigeants thaïlandais, qui ont répondu à une convocation de la nouvelle junte au pouvoir, restait incertain vendredi soir tandis que Washington a suspendu une partie de son aide militaire et réclamé un "retour à la démocratie".

Au lendemain d'un coup d'Etat qui a conduit à une limitation des libertés individuelles et à une suspension partielle de la Constitution, 155 personnes ont été interdites de voyage à l'étranger, sauf autorisation du nouveau régime.

Parmi eux figure Yingluck, soeur de Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre lui-même chassé par un putsch en 2006 et qui reste malgré son exil le facteur de division du pays.

Destituée début mai par la justice, Yingluck s'est présentée dans la matinée à une convocation des militaires et n'avait pas reparu en public plusieurs heures plus tard.

Son assistant Wim Rungwattanajinda a indiqué qu'elle pourrait avoir été emmenée dans un camp militaire hors de la capitale, mais la junte a gardé le silence sur sa localisation, tout comme sur celle des autres responsables convoqués, dont Niwattumrong Boonsongpaisan, qui avait succédé à Yingluck à la tête du gouvernement.

Les Etats-Unis ont pris contact avec la junte et ont appelé "à la restauration immédiate des lois civiles, à un retour à la démocratie", a indiqué le département d'Etat. Dans le même temps ils ont suspendu 3,5 millions de dollars d'aide militaire à la Thaïlande, soit environ le tiers de ce que Washington accorde chaque année à Bangkok.

La décision américaine est intervenu alors qu'au total, une centaine d'anciens responsables politiques du parti Puea Thai (ex-gouvernement) comme du Parti démocrate (opposition) ont été convoqués par la junte.

'Nous ne lécherons pas les bottes de la dictature'

Assurant vouloir seulement régler une crise politique de sept mois qui n'en finissait plus, les généraux ont imposé un couvre-feu et interdit les manifestations.

Mais signe de l'émergence d'un certain mécontentement, des dizaines d'opposants au coup d'Etat ont défié la junte vendredi en fin de journée dans le centre de la capitale.

Une cinquantaine de personnes dont des étudiants ont effectué une marche symbolique sur l'avenue Ratchadamnoen depuis l'université Thammassat jusqu'au monument de la démocratie. Dans le même temps, une centaine de personnes manifestait sur le carrefour de Pathumwan, devant le Bangkok Art and Cultural Centre (BACC).

Certains agitaient des pancartes où l'on pouvait lire : "Nous ne lécherons jamais les bottes de la dictature". Selon des témoins les soldats ont arrêté de nombreux manifestants mais aucun affrontement n'a eu lieu.

Le média Prachathai citait vendredi l'experte en politique de l'université Chulalongkorn, Puangthong Pawakapan, membre d'un groupe de défense de la démocratie, prédisant que les gens se soulèveraient bientôt contre .le coup d'Etat, à commencer par les anti-establishment et plus particulièrement les Chemises rouges qui s'estiment oppressés depuis longtemps par l'armée et les élites associées.

Le coup d'Etat a été condamné par l'ensemble de la communauté internationale. Des dirigeants européens au secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon, les appels à rétablir les libertés civiles se sont multipliés.

Le secrétaire d'Etat américain a dit qu'il était impossible de "justifier" le putsch tandis que les voisins de la Thaïlande ont appelé à la prudence, la Malaisie demandant à ses ressortissants de différer leurs éventuels voyages en Thaïlande.

Les usines Toyota et Honda ont arrêté leurs activités pour respecter le couvre-feu mais un porte-parole de Toyota a indiqué que son entreprise avait "reçu l'autorisation" de reprendre le travail.

Après moins de trois jours de loi martiale, destinée selon l'armée à forcer au dialogue les acteurs civils de la crise politique, le puissant chef de l'armée de terre, le général Prayut Chan-O-Cha, avait justifié jeudi un coup devenu selon lui nécessaire "pour que le pays revienne à la normale".

Un coup d'Etat temporaire ?

Le général avait mis en avant la violence dans le pays, qui a fait 28 morts depuis le début de la crise à l'automne dernier, la plupart lors de tirs ou de jets de grenades en plein Bangkok.

"Il espère que ce sera le dernier coup. Si nous travaillons vite, nous pouvons nous retirer vite. Il ne veut pas rester à cette position", a assuré à l'AFP Thawil Pliensri, haut responsable chargé de la sécurité.

Vendredi matin, toutes les chaînes de télévisions, fermées, diffusaient de la musique sur une image fixe montrant le nom du nouveau régime (Conseil national pour le maintien de la paix et de l'ordre), interrompue par des bulletins réguliers lus par un porte-parole de l'armée. Mais en fin de journée, certains programmes habituels avaient repris leur place sur certaines chaînes.

L'internet, et notamment les réseaux sociaux, fonctionnait toujours, mais l'armée a menacé de recourir à des fermetures en cas de contenu critique.

Certains observateurs estiment que la crise est avant tout liée à une lutte de pouvoir pour s'assurer de qui sera à la tête du gouvernement au moment de la succession du roi Bhumibol Adulyadej, 86 ans.

Se pose la question de l'investiture royale du nouveau pouvoir dans cette monarchie constitutionnelle qui compte désormais 19 coups d'Etat ou tentatives en 80 ans.

Le précédent coup, en 2006, avait entraîné une série de crises politiques faisant descendre tour à tour dans la rue les ennemis et les partisans de Thaksin Shinawatra, vu par les élites comme une menace à la monarchie.

La crise actuelle, soutenue par les élites traditionnelles selon les analystes, n'en est que le dernier soubresaut.

Avec AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) samedi 24 mai 2014

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