Le voyageur immobile, un roman entre belgitude et expatriation ratée en Thaïlande

Par Catherine Vanesse | Publié le 25/03/2022 à 10:00 | Mis à jour le 29/08/2022 à 06:53
Photo : Catherine VANESSE - Pour son quatrième roman, l’auteur belge Jean-Marc Segati emmène le lecteur pour un voyage entre Bruxelles et Bangkok
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Loin des clichés sur la Thaïlande, Jean-Marc Segati offre avec son nouveau roman ‘Le voyageur immobile’ un récit doux-amer d’un déracinement raté qui oscille entre dialectes thaïs et belgitudes. 

Pour son quatrième roman, l’écrivain belge Jean-Marc Segati relate les aventures de Michel, jeune trentenaire belge qui décide de tout quitter pour suivre Tom, un ami thaïlandais rencontré à l’université. 

Ce dernier lui propose une nouvelle vie : devenir son associé et l’aider à reprendre un restaurant à Bangkok. Mais lorsque Tom repart pour le plat pays, Michel se retrouve seul à la manœuvre.

Il perd bientôt pied. Le hasard mettra sur sa route des rencontres aussi curieuses qu'inattendues : une apprentie pâtissière baroudeuse, un ancien cuisinier à la retraite en mal d’occupation, un businessman jovial et magouilleur… Avec leur aide, Michel parviendra-t-il à relancer le restaurant et à trouver sa place ?

L'auteur belge Jean-Marc Segati devant le fleuve Chao Phraya a Bangkok
Originaire de Liège en Belgique, Jean-Marc Segati aime voyager et la Thaïlande est l’une de ses destinations de prédilection. Photo courtoisie

Le voyageur immobile explore l’envie de voyager et l’expatriation, deux choses tout à fait opposées et où la différence entre les deux est parfois ténue. Il est en effet tentant de s’imaginer commencer une nouvelle vie sous les tropiques à vendre des bières belges et des gaufres de Liège. Sauf que les choses ne se passent pas toujours comme prévu, qui est plus lorsqu’il s’agit de la Thaïlande.

Entre les incompréhensions liées à la langue ou la culture, la corruption ou d’obscures règles légales ou encore un coup d’État, démarrer une nouvelle vie en Thaïlande peut vite tourner à la gueule de bois, mais surtout à la désillusion. 

À travers Michel et ses réflexions sur les raisons de sa présence dans le royaume  alors que le contexte politique est de plus en plus instable, le livre fait office de miroir pour tous ceux qui ont tenté un jour l’expatriation, pour tous ceux qui rêvent d’aventures ou pour ceux qui se posent la question d’un retour au pays d’origine ou un départ vers ailleurs, le tout servi avec une plume fluide et une dose d’humour belge. 

Lepetitjournal.com a eu l’occasion de rencontrer l’auteur lors d’une de ses récentes visites à Bangkok. Publicitaire et directeur de l’agence Big Success, Jean-Marc Segati évoque sa relation avec la Thaïlande, ses origines belges et annonce déjà la sortie d’un prochain roman. 

LEPETITJOURNAL.COM: Dans votre roman Le voyageur immobile, le héros Michel s’envole pour démarrer une nouvelle vie en Thaïlande. Pourquoi avez-vous choisi la Thaïlande ?

JEAN-MARC SEGATI: J’ai pas mal voyagé en Asie et je suis déjà venu une dizaine de fois en Thaïlande. La dernière fois, c’était juste avant l’épidémie du Covid-19 pour glaner de la documentation pour ce livre. 

Pour ce quatrième roman, je voulais vraiment écrire sur le rapport au voyage. J’ai toujours été frappé en discutant avec des expatriés de la différence entre le voyage et l’expatriation. Lorsque l’on vit à l’étranger, il y a un rapport aux racines qui est beaucoup plus marqué, qui passe d’ailleurs par l’alimentation. Tandis que le voyageur, souvent, a envie de se déconnecter de ses racines. 

J’aurais pu placer l’histoire aux Philippines ou en Malaisie, des pays que je connais bien également, mais disons que la Thaïlande était plus intéressante. De plus, je voulais un pays où le lecteur pouvait facilement se projeter. La Thaïlande est souvent la porte d’entrée pour découvrir l’Asie, on connaît tous quelqu’un qui y est allé, si nous n’y avons pas voyagé nous-mêmes. 

Pourquoi avez-vous choisi Bruxelles comme point de départ plutôt que Paris ?

Je voulais prendre deux extrêmes vraiment opposés. Même vu de France, la belgitude ou la culture belge est perçue comme plus pittoresque et je la maîtrise mieux. Je suis né à Liège et aujourd’hui j’habite à Bruxelles tout en travaillant à Paris. 

Mon personnage, Michel, veut vraiment voyager, ce n’est pas un expatrié, il pense avoir trouvé une opportunité de rêver de voyage en acceptant la proposition d’un de ses amis de reprendre un restaurant thaïlandais à Bangkok. Sauf que paradoxalement, une fois à Bangkok, c’est l’ami thaïlandais qui ne se plaît pas et il repart à Bruxelles. Michel, une fois seul, ne s’en sort pas, et le hasard fait qu’il rencontre un chef belge qui va transformer son restaurant en cuisine belge. Des gaufres de Liège et des frites mayonnaise, c’est tellement à l’opposé d’une salade de papaye et de la Thaïlande. 

L’histoire démarre en 2013 au moment des manifestations qui ont précédé le coup d’État de 2014, pourquoi avez-vous choisi ce contexte politique ?

Je trouve intéressant le fait que, quand vous êtes expatrié, même si vous avez une bonne connaissance du pays et que vous y vivez depuis des années, vous n’avez aucune prise sur ce pays, et encore moins si les événements vous échappent. Lors du coup d’Etat, l’étranger est spectateur, il ne peut rien faire, juste espérer que tout se passe bien. 

Je passe également par quelques anecdotes véridiques. Par exemple, en Thaïlande, il est très compliqué d’importer du sucre de betterave perlé. Or, dans le livre, ils veulent faire des gaufres de Lièges et le secret de ces gaufres c’est le sucre perlé. À cause de monopoles pour protéger le sucre de canne, il est très difficile et cher d’en trouver. Je voulais montrer la difficulté de comprendre la législation ou même les règles informelles pour faire des affaires en Thaïlande. 

Comment passe-t-on du monde de la publicité à romancier ?

J’ai toujours bien aimé écrire, mais par mon métier, je n’avais pas toujours le temps et je n’avais pas non plus la conviction de pouvoir écrire un bouquin complet. Dans le cadre professionnel, j’ai souvent l’occasion d’écrire des articles, plutôt courts. Il y a une différence entre un sprint et un marathon. Écrire un récit long, c’est comme un marathon, il faut pouvoir tenir sur la distance. Beaucoup de gens ont des idées, mais peu écrivent, je me rends compte que ce ne sont pas les idées qui manquent, mais la capacité à tenir la distance. 

Pendant longtemps, je me décourageais d’avance et paradoxalement, c’est la nécessité d’écrire des livres professionnels qui m’a apporté une certaine assurance. J’ai écrit sur la publicité, le marketing, j’étais payé pour rédiger ces livres et j’avais des délais précis. J’ai réalisé que je pouvais écrire des récits longs. 

Il y a une dizaine d'années, j’ai écrit un premier roman ‘La fin de l’histoire’ qui se passe à Rome. Je suis actuellement en train de l’adapter pour la bande dessinée. Les gens ont aimé ce premier roman et cela m’a encouragé à continuer et à en écrire un deuxième ‘Aux Philippines’, le troisième ‘Une carte postale’ se déroule entre la Grèce et Paris et enfin, ‘Le voyageur immobile’. 

Quel sera le sujet de votre prochain roman ?

‘Avant la fuite’ est un livre que j’ai écrit pendant la pandémie du Covid-19. Un jeune homme hérite d’une affaire de son père dans la vente de voitures de luxe. Le personnage a, malheureusement, la très mauvaise idée d’investir beaucoup. Plein d’ambition et convaincu par ses rêves, il inaugure son nouveau showroom le 15 février 2020, juste avant le Covid-19 et il perd tout peu après! Des mois plus tard, il ne lui reste plus qu’une seule voiture de luxe, une Bentley et pour survivre, il devient chauffeur tout en cherchant autre chose pour vivre. 

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Catherine Vanesse

Après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine s’est expatriée en Thaïlande de 2013 à 2022, collaborant avec des médias locaux ainsi que Lepetitjournal.com pour qui elle a notamment co-dirigé la rédaction de Chiang Mai de 2020 à 2022
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