Le Likay chante Marivaux à l'Alliance Française de Bangkok

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 11/05/2007 à 02:00 | Mis à jour le 31/03/2022 à 04:24
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Des Thaïlandais en costume à paillettes échoués sur une île grecque, chantant l'abolition de l'esclavage et plaisantant sur les Français,... En voilà tout un programme ! C'est celui que proposera l'Alliance Française le 12 mai à travers une adaptation à la sauce thaïe d'une pièce de Marivaux. Un pari plutôt réussi, "sanouk" assuré !

L'Alliance Française présentera demain pour la deuxième fois cette semaine une pièce de Théâtre Likay, «L'île des esclaves». Cette pièce, adaptée de l'oeuvre de Marivaux et interprétée par la troupe Niran Anchalee, a déjà ravi jeudi soir un public éclectique de quelque 300 personnes, composé d'expats de tous horizons, et de Thaïlandais.

Pour ceux qui ne connaissent pas le Likay (prononcer likê), il s'agit d'une forme de théâtre populaire chanté, entrecoupé de nombreux intermèdes comiques. Les acteurs récitent leur texte tantôt de manière parlée tantôt chantée en esquissant de temps à autre une danse légère marquée par une gestuelle des mains caractéristique.

L'improvisation prenant une part importante dans le Likay, il ne faut pas s'étonner de voir les acteurs faire des digressions. Sortant même parfois du cadre de la pièce, comme pour plaisanter sur les Français ou tout autres sujet de circonstance. C'est selon l'endroit et le contexte.

Les acteurs, accompagnés tout au long de la pièce par un orchestre de musique traditionnelle, sont vêtus de costumes étincelants. "Les costumes ce soir étaient plus modernes que ce que l'on a l'habitude de voir," commentait jeudi soir une spectatrice, des lunettes de soleil sur le nez. "Ils sont particulièrement étincelantsà tel point que j'ai dû mettre mes verres fumés pour regarder le spectacle !, plaisantait-elle"

Un spectacle accessible à tous

Les textes de «L'île des esclaves» sont dits en thaï, mais deux écrans afficheront de chaque côté de la salle des textes en français et en anglais, expliquant de quoi il retourne au début de chaque acte. Les locuteurs moyens peuvent déjà accéder aux dialogues et saisir quelques effets comiques tandis que les plus expérimentés profiteront pleinement des nombreux jeux de mots et autres finesses de la langue qui ont semble-t-il fait le bonheur des thaïlandais présents jeudi soir, à l'image d'Ajarn Sodchuen, professeur de littérature française à l'université de Silapakorn : "Les Thaïlandais aiment beaucoup les jeux de mots et les plaisanteries, nous dit-elle, c'était vraiment très bien. Ce croisement entre une oeuvre française et les arts thaïlandais de la scène n'était pas évident mais c'est une vraie réussite."

Cette pièce de Marivaux, adaptée pour la première fois pour le Likay, a été mise en scène par Kriengsak Silakong, plus connu sous le nom de Victor, directeur du World film festival de Bangkok.

Victor, qui a étudié à Paris et suivi l'enseignement du Cours Florent en 1992, a déjà plusieurs spectacles à son actif dont "Le Jeu de l'amour et du hasard", de Marivaux justement. Son souhait aujourd'hui est de remettre le Likay au goût du jour. Il est vrai qu'il ne fait plus vraiment recette dans la métropole, et parmi la jeune assemblée thaïlandaise jeudi, certains nous avoueront assister pour la première fois à une représentation du début à la fin.

En tout cas, à voir le collier fait d'une trentaine de billets de 500 bahts qu'une Mae yok (groupie) est venue accrocher amoureusement au cou de l'acteur principal à la fin de la représentation, il faut croire que cette nouvelle forme interculturelle et modernisée de Likay a de beaux jours devant elle .

Lire aussi l'article du Nation Week-end avec une interterview de Victor 

Pierre Queffelec

L'île des esclaves : Le 12 Mai à 19h30 à l'auditorium de l'Alliance Française de Bangkok. Entrée 250 bahts pour les membres de l'Alliance, 500 bahts pour les non membres
Alliance Française Bangkok 29 Sathorn Tai Road Bangkok 10120Tel. : (+66) 2 670 42 00Fax : (+66) 2 679 20 55

L'histoire
«L'île des esclaves» raconte l'histoire d'Iphicrates et son laquais Arlequin, et d'Euphrosine et sa servante Cleanthis. Tous quatre sont échoués sur une île, seuls survivants du naufrage de leur bateau. Les deux paires rencontrent alors Trivelin, un représentant du gouvernement local, qui leur explique que l'île est régie par une république égalitaire mise en place par des esclaves révoltés, et qui n'accepte pas les distinctions de classes. Ainsi, les maîtres, particulièrement attachés à leurs privilèges, doivent échanger leurs habits et leur statut avec leurs domestiques...

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Pierre QUEFFELEC

Pierre Queffélec a fait ses premières armes dans le journalisme à la Nouvelle République des Pyrénées en 1996. Arrivé en Thaïlande en 2004, il a rejoint lepetitjournal.com l’année suivante avant de prendre la direction du bureau de Bangkok en janvier 2006
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